Obsèques de Madame Elisabeth Vouillot

Obsèques de Madame Elisabeth Vouillot

le 25 février 2019

      en la chapelle provisoire de la maison Sainte Philomène à Chantrans

Monsieur l’Abbé, chers membres de la famille, chers membres de la communauté et proches de notre communauté sainte Philomène, chers amis. Il me semble nécessaire tout d’abord, avant d’aborder ce que l’Église nous demande d’accomplir pour le repos de l’âme d’Elisabeth, de retracer quelques instants sa vie car c’est ce qui vous permettra de comprendre pourquoi nous célébrons ses obsèques dans cette chapelle en cours d’aménagement et pourquoi nous appelons Elisabeth notre bienfaitrice.

Elisabeth est née le 11 Novembre 1924 à Lods, dans le foyer de vignerons laborieux de Louis et Jeanne Demougeot (ce qui se trouve être l’actuel musée de la vigne). Comme celle-ci nous l’a suffisamment relaté, je puis dire qu’avec le dur travail de la vigne, elle fut à bonne école pour tous les travaux qu’elle a pu accomplir ensuite. Ayant reçu une bonne éducation scolaire et surtout une solide éducation religieuse à la paroisse (nous sommes bien avant la révolution conciliaire), celle-ci fut donc fidèle à la pratique religieuse que ce soit à Lods, à Besançon et encore à Longeville, puisqu’à l’unisson avec son époux Joseph, elle créa la chapelle du Christ-Roi afin de rendre possible, aux fidèles qui le désiraient, d’avoir chaque dimanche la messe traditionnelle.

Douée pour le dessin et la peinture, elle aurait pu faire une carrière dans le domaines des Arts plastiques, mais ses parents lui faisant vite comprendre que vivre de son art serait difficile, elle travailla alors comme beaucoup dans la vallée à son époque à  » la tricotte » à Ornans. A la mort de son papa Louis Demougeot, et tout en gardant la maison de Lods, elle vécut à Besançon avec sa maman. Passant son Brevet de préparatrice en pharmacie, elle travailla 6 ans dans une pharmacie de Besançon et trouvant de meilleurs avantages travailla ensuite à la Rodia.

Par son mariage avec Joseph Vouillot, elle vint alors s’établir, accompagnée de sa maman, à Longeville. Là ce fut l’élevage de plus de 100 moutons et brebis, de volailles, de lapins et de veaux de lait. On imagine facilement tout ce que cela représente de labeur.

Quand vint l’heure de la retraite, et après quelques années où Joseph et Elisabeth prirent le temps de faire des voyages organisés, d’autres activités allaient remplir leurs journées. Je vous l’ai dit, voulant rester fidèle à la messe traditionnelle, elle n’hésita pas avec Joseph à chercher où se célébrait encore le vrai saint Sacrifice de la messe ; se déplaçant alors à Besançon pour cela. C’est là qu’elle côtoya ma propre mère qui venait de Vesoul à Besançon pour avoir la vraie messe. En Janvier 1988, Joseph et Elisabeth se trouvaient aux obsèques de ma mère à côté de Vesoul. C’est à cette occasion que je fis connaissance de Monsieur et Madame Vouillot qui avaient créé la première chapelle dans leur ancien appartement à Longeville.

Le premier prêtre à desservir ce lieu de culte ne resta que quelques temps, mais persévérant, avec ténacité, elle obtînt qu’un prêtre de la Fraternité saint Pie X dise la messe le dimanche matin, et cette fois dans leur hangar aménagé en chapelle, avant de redescendre à Besançon. A partir de ce moment, il faut dire que Joseph et Elisabeth furent incompris pendant plusieurs années, ce dont je suis particulièrement témoin, puisqu’en 1997, après 19 ans de vie religieuse, je revins prendre contact avec Monsieur et Madame Vouillot et exercer mon ministère à la Chapelle créée par eux.

La suite, la plupart d’entre vous la connaissent, ce fut l’acquisition du prieuré de Mouthier Haute-Pierre, ce qui supposait de vendre les biens de Longeville et de tout investir au prieuré pour un meilleur exercice de mon ministère.

Deux ans donc de vie partagée avec Joseph et Elisabeth à Longeville, cinq ans encore avec son époux au prieuré puisque Joseph est décédé en 2005, et puis douze autres années où Elisabeth fut toujours d’un précieux secours dans toutes les activités et les travaux au prieuré. Elle partagea avec moi bien des soucis, des soucis causés principalement par des personnes qui avaient plus en vue leur gloire personnelle et qui manquaient totalement de jugement dans les projets possibles au prieuré.

Et puis, enfin, sur ces quatre dernières arrivèrent des vocations et la nécessité de mettre en place un programme. Ce fut alors la décision de créer une communauté. Les bâtiments du prieuré le permettaient, mais le manque de soutiens de la part de proches, nous fit envisager une autre solution : celle de trouver des bâtiments plus adéquats.

C’est ainsi, que tout en ayant mis en vente le prieuré, nous avons trouvé ces bâtiments à Chantrans, en tout beaucoup plus avantageux pour l’organisation et la vie en communauté. Elisabeth fut donc une fois encore partante, du moment qu’il s’agissait de la continuité de la tradition. 

Toujours avec nous dans les déplacements, dans l’aménagement des nouveaux locaux, désherbant encore les allées à 92 ans passés, elle vivait à notre rythme, présente à tous les offices.

Et si depuis plus d’un an, elle connu des problèmes cognitifs, nous obligeant à être constamment avec elle, c’est encore dans les travaux d’aménagement de cette chapelle qu’elle nous répétait : «Est-ce que je peux vous aider ?». Nous lui donnions alors un balai pour quelle puisse nettoyer deux, trois mètres carrés du sol où vous vous trouvez actuellement.

Se cassant le col du fémur au lendemain de ses 94 ans, le 12 novembre dernier, la convalescence s’avéra malheureusement impossible au fur et à mesure que les semaines s’écoulaient, et c’est consciente de nous quitter qu’elle reçut tous les sacrements de l’Église, assistée jusqu’à la fin, jusqu’à son dernier souffle, des prières prévues au rituel catholique et de toute notre dévotion et attention.

N’était-il pas normal, qu’elle fût assistée ainsi ? Elle qui a tant fait pour le maintien de la vraie messe dans la région, et tant soutenu, malgré les défections, la position que nous maintenons, la seule qui soit catholique aujourd’hui, celle qui résulte de la vacance du Saint Siège. Ce n’est d’ailleurs pas sans un effet de la Providence que celle-ci est décédée après que j’ai fini de chanter auprès d’elle les premières Vêpres de la Fête de la Chaire de Saint Pierre à Antioche, car l’objet de cette fête est bien le Souverain Pontificat conféré par Notre Seigneur à Saint Pierre et à ses successeurs, avec toutes les prérogatives de primauté et de magistère doctrinal qu’il comporte. C’est en effet cet objet qui constitue aujourd’hui la pierre d’achoppement pour beaucoup, car imbibés des erreurs sur l’infaillibilité de l’Église.

Voilà donc chers amis, ce rapide parcours sur la vie et le combat pour le maintien de la tradition, de la vraie messe, de notre chère bienfaitrice.

Maintenant il me reste tout simplement à vous rappeler ce que l’Église nous demande d’accomplir pour le repos de son âme.

Tout d’abord le saint sacrifice de la messe bien sûr avec cette belle liturgie des défunts qui manifeste toute notre foi en la résurrection de la chair, à la vie éternelle, à l’existence du purgatoire, en l’espérance du bonheur éternel. A l’heure où les véritables prêtres, validement ordonnés et célébrant le véritable saint sacrifice de la messe sont de plus en plus rares (je parlerais de deux seulement dans le département dont moi-même), Elisabeth va donc bénéficier pour le repos de son âme du saint sacrifice de la messe et puis de messes à venir selon les offrandes que vous ferez pour cela, comme je vous l’ai rappelé il y a quelques instants.

Et puis bien chers amis, de vos prières, car c’est un devoir de charité de prier pour le repos de l’âme des défunts. Elisabeth récitait par cœur depuis bien longtemps, principalement sur la tombe de ses parents, de Joseph son époux, le De profundis et cette prière que nous avons tenu à imprimer sur son image mortuaire: « Ô Dieu, Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et servantes la rémission de tous leurs péchés, afin qu’elles obtiennent, par nos humbles prières, le pardon qu’elles ont toujours désiré. Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez, avec Dieu le Père et le Saint Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi-soit-il ».

Gardez bien cette image mortuaire afin de pouvoir réciter cette prière pour vos défunts et bien sûr pour le repos de l’âme d’Elisabeth. La foi catholique nous enseigne qu’au purgatoire les âmes ne peuvent plus rien pour elles-mêmes, mais qu’elles attendent dans la communion des saints, nos suffrages, nos prières, l’application des mérites que Notre Seigneur Jésus-Christ nous a acquis par sa passion et par sa croix.

Alors prions ainsi et faites en sorte qu’elle puisse bénéficier de la vraie messe pour le repos de son âme. C’est ainsi que nous pratiquerons cette charité envers elle et qu’à son tour parvenue au bonheur éternel, au Ciel, elle pourra nous aider encore plus efficacement dans nos œuvres spirituelles et matérielles qu’elle ne l’a fait ici-bas. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

Cet article a été publié dans Notre communauté. Ajoutez ce permalien à vos favoris.