Dimanche de la Septuagésime 2017

Mes bien chers frères, nous voici donc en ce temps de la Septuagésime où l’Église nous rappelle, pour notre future rentrée en Carême, nous rappelle notre condition de pécheur.

Cette condition, vous le savez bien, résulte de la chute de nos premiers parents, Adam et Eve. Mais tout de suite après le péché originel il y a aussi la promesse que Dieu leur a fait. Dans son commentaire sur ce dimanche, Dom Guéranger dit bien : « Cependant un cri d’espérance se fait entendre au milieu de cette désolation. Adam et sa race peuvent encore implorer la miséricorde céleste (…) ; qu’ils confessent leur misère, et le Dieu même qu’ils ont offensé deviendra leur libérateur ». Le question et réponse dans votre catéchisme sur ce sujet, n’est-elle pas, Dieu abandonna-t-il les hommes après le péché originel. Réponse : Non, il leur promit un sauveur.

L’Eglise nous rappelle donc notre condition de pécheur et nous invite à concourir à notre salut. C’est la raison de ce passage de l’Épître de l’Apôtre saint Paul aux Corinthiens, que vous venez d’entendre.

Saint Paul précise en effet que nous devons châtier notre corps et le réduire en servitude, car les conséquences, mes bien chers frères, du péché originel sont telles qu’une inclination mauvaise nous entraîne et nous ne pouvons garder l’équilibre qu’en sacrifiant la chair à l’esprit. Et en comparant ce monde à une arène, l’apôtre saint Paul dit qu’il faut concourir, et nous met en garde contre tout ce qui pourrait appesantir notre course et nous faire manquer la couronne impérissable qu’est le Ciel.

Considérons alors, mes bien chers frères, les sacrifices que cela implique, d’autant plus que nous vivons dans un monde qui a perdu le sens du sacrifice, qui a perdu le sens des choses de Dieu.

Rappelez-vous ce que répond Notre Seigneur à Simon-Pierre qui s’interpose lorsqu’il annonce sa Passion. « Arrière de moi, Satan ! Tu m’es un scandale. Car tu n’as pas le sens des choses de Dieu, mais (celui) des choses des hommes ». Et c’est après ce reproche, que Notre Seigneur enseigne le renoncement à soi-même : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive ».

Comprenons, mes bien chers frères, cette nécessité, par conséquent, de manifester cet esprit de sacrifice. Ce qui prédomine aujourd’hui c’est tout le contraire : c’est la satisfaction de soi-même, se faire plaisir, c’est l’égoïsme, voir l’égocentrisme. Voyez tout ce qui est mis en œuvre pour le bien être de l’homme, et évidemment pour son indépendance vis-à-vis de son Créateur et de son Rédempteur. Tout cela se fait bien sûr au détriment de ce qu’il faut croire et de ce qu’il faut faire pour gagner le Ciel.

Alors que la nature déchue est déjà si enclin au péché, comment les âmes peuvent-elle se sauver sans esprit de pénitence, c’est impossible. C’est impossible, mes bien chers frères ! Et la voie qu’il faut suivre, est radicalement opposée. Rappelez-vous les trois chemins que décrit Saint Jean de la Croix, dans la montée au Carmel. Parce que c’est l’abnégation de soi, c’est le combat de tous les jours, quotidiennement, dans la foi et la morale catholique, par le respect des préceptes de l’Evangile et des commandements, par la pratique des vertus.

Par conséquent avec notre condition de pécheur, c’est toute notre condition, considérez le bien, notre condition de pèlerins ici-bas pour le Ciel qui nous est rappelée en ce dimanche de la Septuagésime. Et c’est bien parce que l’on peut compromettre cette récompense qui nous est destinée, que l’Apôtre saint Paul parle des Hébreux qui tous passèrent la Mer rouge, mais dont le grand nombre cependant n’entrèrent pas en terre promise. Car se rebellant contre Moïse, ils s’opposaient à la volonté de Dieu et ils retournaient à l’idolâtrie.

Le monde dans lequel nous vivons, est idolâtre, sous bien des formes, idolâtrie des temps modernes et tout particulièrement, je vous en ai parlé ces dimanches derniers, de cette exaltation de l’homme avec cette Révolution conciliaire, qui exalte l’homme et qui se retrouve même dans, bien sûr la liturgie, dans cette liturgie conciliaire.

Alors, mes bien chers frères, demeurez fidèles, suivant l’étymologie même du mot fidèle, constant dans la foi, inébranlable dans la foi. A l’heure où, faisant allusion aux événements tous récents, où la fausse majorité traditionnelle, qui s’est pourtant constituée par une saine réaction à cette Révolution conciliaire, n’attend plus qu’un coup de tampon pour être reconnue par cette contre-église à Rome ! J’emploie les termes qu’il faut, je pense, pour qu’il n’y ait pas de confusion, cette contre-église donc à Rome, ou cette secte conciliaire.

C’est, puisqu’il ne manque plus qu’un coup de tampon, pour être reconnu par cette contre-église, c’est, mes bien chers frères, le résultat des erreurs et de l’aveuglement dans laquelle elle se trouve. Elle va se trouver mêlée officiellement à tout ce monde conciliaire qui n’a plus le sens du saint Sacrifice de la Messe. Alors que le cheval de bataille, c’était le saint Sacrifice de la Messe.

Défection d’un grand nombre, annoncée, et qui se réalise sous nos yeux, et certains finirons par manquer cette couronne impérissable dont nous parle saint Paul. Alors, mes bien chers frères, faites tout, avec la grâce de Dieu, pour mériter et gagner le Ciel ! Qu’il n’y ait pas de relâchement. « Rien n’est sûr pour nous, tant que nous ne sommes pas au bout de la course », nous dit Dom Guéranger en commentant ce passage de l’Épître aux Corinthiens.

Et celui-ci précise également dans son commentaire : « que celui qui se croit dispensé de cette vigilance continuelle tant recommandée par le Sauveur est déjà sous la main de l’ennemi ».

Aussi, puisque nous devons commencer en ce temps de la Septuagésime, à accomplir quelques efforts. Faisons quelques sacrifices, non seulement sur le jeûne, mais aussi sur la mortification de l’esprit, mortification de l’orgueil. « Ce serait bien en vain, dit Dom Guéranger, que l’on retrancherait au corps une partie de sa nourriture, si en même temps on n’éloignait pas son âme de l’iniquité ».

Et, là aussi vous le savez bien, l’une des raisons évidentes des victoires du démon et de tous ceux qui travaillent à son service, c’est l’affaiblissement chez les catholiques, de leur vie intérieure. Alors faisons preuve avec une foi inébranlable et une volonté ferme, de courage, mes bien chers frères, et d’abnégation. Travaillons, travaillons à notre salut.

Et pour nous le faire mieux comprendre encore, l’Église nous indique cette parabole de Notre Seigneur. Le royaume des cieux est semblable à un père de famille qui sortit dès le matin afin de louer des ouvriers pour sa vigne. La vigne, c’est l’Église et cet appel que Dieu adresse à chaque homme, c’est l’invitation à mériter le bonheur éternel par tous les pieux labeurs de la vie. C’est l’appel que Dieu nous adresse pour mériter le bonheur éternel, mes bien chers frères, ce même salaire qui est donné à tous, à tous les ouvriers, qu’ils soient les premiers ou les derniers à venir dans ce travail de la vigne.

Travaillons alors à gagner cette couronne impérissable, confiant tout à Notre Seigneur. Dom Guéranger, donc dans ses commentaires, mais tout particulièrement dans son commentaire sur l’Oraison Collecte de ce dimanche, dit que « si le cœur se confie en Dieu, s’il se fortifie par la pensée que le secours divin ne manque jamais à celui qui l’implore, il parcourra sans faiblir l’arène de cette vie, et il arrivera heureusement au terme ».

Alors, mes bien chers frères, confions, toujours par l’intermédiaire de la très sainte Vierge Marie, ce temps des exercices préparatoires au carême, ce temps de la Septuagésime. Elle nous obtiendra de son divin Fils les grâces nécessaires pour accomplir les efforts, pour persévérer dans le sens du sacrifice, persévérer dans le sens des choses de Dieu, et c’est ainsi que vertueux et fidèle jusqu’à la fin de notre vie, nous recevrons cette couronne impérissable qu’est le Ciel. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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