3ème dimanche de l’Avent 2016 – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, en ce troisième dimanche de l’Avent, l’Eglise nous rappelle plus particulièrement la prédication de saint Jean-Baptiste. C’est avec lui que s’accomplissent les prophéties d’Isaïe.

Celui-ci dit en effet aux pharisiens : « Je suis la voix qui crie dans le désert rendez droites les voies du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe ». Saint Jean-Baptiste est donc ce messager, comme jadis l’on annonçait la fin de la captivité à Babylone et le retour des captifs. Il y avait un messager, un héraut, faîtes bien attention à l’orthographe de « héraut », donc qui annonçait cette fin de la captivité à Babylone.

Alors si l’Eglise nous rappelle cette prédication du Précurseur du Messie c’est pour nous demander si nous nous préparons bien à Noël, c’est-à-dire à la venue du Christ. De la même façon quand on préparait la route aux personnages importants pour leurs déplacements, et l’on demande donc si les voies tortueuses se redressent, si les collines songent à s’abaisser, si la cupidité et la sensualité ont été sérieusement attaquées dans notre cœur pendant ce temps de l’Avent.

Alors, je vais revenir aux applications pratiques pour la préparation de la venue de Notre Seigneur, mais auparavant je voudrais vous faire considérer les significations liées au lieu où saint Jean-Baptiste prêchait et donnait le baptême de pénitence.

En effet l’un des endroits où saint Jean-Baptiste prêchait était le lieu où s’était effectué la traversée miraculeuse du Jourdain.

Alors, nous nous souvenons, reportez-vous à l’Ancien Testament bien sûr, nous nous souvenons en effet que le peuple hébreux, à la fin de sa traversée dans le désert, au bout des 40 ans, sous la direction de Josué, et selon les ordres que Josué avait donnés aux prêtres portant l’arche d’alliance, était passé à pied sec dans le lit du Jourdain. Cela nous est rappelé et nous le disons dans le psaume, le (premier) dernier psaume des vêpres du dimanche, In exitu Israel de Aegypto, nous le disons, « Et toi Jourdain pourquoi es-tu remonté à ta source ? » Il y a la signification de la traversée de la mer Rouge, mais il y a aussi l’évocation de ce miracle de la traversée du Jourdain.

Alors, Josué avait fait déposer à cet endroit même douze pierres, douze pierres qui signifient bien sûr, les 12 tribus d’Israël ; il avait fait prendre, du lit du Jourdain douze pierres, qu’il avait transportées et placées à Galgala, c’est le lieu du premier campement des Hébreux, dans la terre promise, et il avait fait prendre douze pierres de Galgala pour les mettre dans le lit du Jourdain : Douze pierres, douze stèles donc pour les douze tribus d’Israël.

Alors Saint Jean Baptiste qui prêche à cet endroit là, désigne très certainement, mes bien chers frères, ces pierres lorsqu’il dit aux Pharisiens et aux Sadducéens : « Race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Faites donc de dignes fruits de repentir. » Et voici le passage qui nous intéresse plus particulièrement, « Et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ; car je vous dis que de ces pierres mêmes Dieu peut faire naître des enfants à Abraham ».

Cet endroit donc, a bien sûr une signification : c’est par le Baptême institué par Notre Seigneur que nous sommes désormais introduits dans le royaume de Dieu, symbolisé par la Terre promise. Et Josué qui fit traverser le Jourdain au peuple hébreu est une figure du Messie. Et puis, mes bien chers frères, rappelez vous aussi, c’est la même signification avec le miracle opéré par le prophète Élie, quand comment ? Car le Jourdain s’est également divisé en deux lorsqu’il a frappé les eaux avec son manteau, afin de le traverser, avant d’être enlevé par un char de feu.

Alors, ces explications nous font donc voir toute la portée de la mission du Précurseur. Saint Jean-Baptiste réclame un changement de vie intérieur, une sincère conversion. Ceux qui se soumettaient au baptême qu’il donnait, baptême de pénitence, se reconnaissaient pécheurs et confessaient leurs péchés, ce qui pouvait être une déclaration générale et globale des fautes commises. Ce n’était le sacrement de pénitence bien sûr.

Et si saint Jean-Baptiste donnait le baptême de pénitence à cet endroit, cela signifie que c’est par le Baptême institué par Notre Seigneur que nous sommes introduits dans le royaume de Dieu. Et en désignant ces pierres commémoratives de la traversée miraculeuse sous Josué, ces douze pierres pour les douze tribus d’Israël, préfigurant les douze Apôtres, il annonçait l’Église Elle-même. Dieu qui peut susciter donc de ces pierres des enfants à Abraham, c’est l’annonce de l’Église.

Alors une autre précision doit retenir encore notre attention : c’est l’attitude des contemporains de saint Jean-Baptiste. Elle nous fait voir que l’on retrouve toujours aujourd‘hui de bonnes ou de mauvaises dispositions : en effet, aux Israélites bien disposés, saint Jean-Baptiste indiquait en quoi consiste concrètement cette préparation spirituelle, ce sincère changement intérieur, cette préparation de la voie à Notre Seigneur. Et d’ailleurs, Dom Guéranger dit dans son commentaire, que « les sentiers et les voies de Dieu, se sont les dispositions morales et que le règne de Dieu ne s’établira dans l’âme qu’à la condition d’une droiture et d’une pureté parfaite; toute aspérité, tortuosité, ne peuvent que ralentir ou compromettre la venue du Seigneur ».

Alors avons-nous, mes bien chers frères, dans les applications pratiques de ces enseignements d’aujourd’hui, avons-nous ces dispositions morales ? Ou bien sommes-nous, comme j’aime encore à citer Dom Guéranger, sommes nous de ceux qu’il décrit ainsi : « mais il est entouré d’hommes pour qui ce divin Sauveur est comme s’il n’était pas » ? Alors vous pouvez faire, l’analyse avec nous monde contemporain, ou s’il est entouré d’hommes pour il n’existait pas, que signifie Noël maintenant ? Ou encore selon l’objet de sa remarque qui nous reporte au premier dimanche de l’Avent : « Si ces lignes tombaient sous les yeux de quelques-uns de ceux qui dorment au lieu de veiller dans l’attente du divin Enfant, dit Dom Guéranger, nous les conjurerions d’ouvrir les yeux et de ne plus tarder à se rendre dignes d’une visite qui sera pour eux, dans le temps, l’objet d’une grande consolation, et qui les rassurera contre les terreurs du dernier jour ». Rappelez-vous les trois avènements de Notre Seigneur, sa venue il y a deux mille ans, sa venue dans nos cœurs, tout particulièrement à Noël, et son retour glorieux à la fin du monde. Voilà pourquoi je reprends ce commentaire de Dom Guéranger.

Ce Temps de l’Avent est donc favorable pour redoubler de ferveur et nous mettre dans ces dispositions, tout particulièrement celle d’humilité que nous voyons en saint Jean-Baptiste. Devant l’Agneau de Dieu, le véritable Agneau de Dieu, devant Notre Seigneur Jésus Christ, il affirme humblement n’être que la voix qui crie aux hommes de préparer les sentiers du Rédempteur, et que lui n’est même pas digne de délier la courroie de sa chaussure.

Voilà donc, mes bien chers frères, l’enseignement de l’Eglise en ce troisième dimanche de l’Avent : l’Église nous montre comment se prépare la venue de Notre Seigneur : par la contrition et l’accusation des péchés ; par une sincère confession pour Noël.

Et puis, vous l’aurez remarqué, l’Église nous invite à la joie, pas n’importe quelle joie, cette joie qui doit s’accroître à l’approche de Notre Seigneur qui désire venir en nos âmes.

Ce troisième dimanche de l’Avent a donc reçu, je vous l’ai dit dans les annonces, le nom de Gaudete, par le premier mot de l’Introït qui reprend ce passage de l’Épître Saint Paul, aux Philippiens : « Mes Frères, réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur ». Alors mes bien chers frères pourquoi cette réjouissance ? Dom Guéranger dit : parce que même si l’Église soupire toujours après le Seigneur, elle sent cependant qu’Il approche, et elle croit pouvoir tempérer l’austérité de ce temps de pénitence par l’innocente allégresse des cérémonies religieuses. Voilà pourquoi, et c’est la raison pour laquelle la liturgie nous permet, je vous l’ai dit, de porter les ornements roses ou bleus, de disposer des fleurs à l’autel, et accorde la possibilité de faire sonner les grandes orgues.

Alors, réjouissons-nous donc comme l’Église le désir et demandons à Notre Seigneur de nous faire part de la grâce de Sa visite, comme le précise du reste l’Oraison Collecte de la Messe. Cette grâce qui apporte la lumière et dissipe les ténèbres. Pour reprendre la teneur de cette oraison, Demandons-la, bien sûr, par l’intercession de saint Jean-Baptiste, et par la très sainte Vierge Marie que nous saurons donc prier en ces Quatre-temps de l’Avent avec les mystères joyeux de notre Rosaire. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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