Quinzième dimanche après la Pentecôte 2016 – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, dans le passage de l’Epître aux Galates, que vous venez d’entendre, l’Apôtre saint Paul nous dit de ne pas nous laisser emporter par le désir de la vaine gloire.

Qu’est-ce donc alors que la vaine gloire ? Sachons tout d’abord que la vaine gloire est appelée vaine, parce que l’âme ne retire aucune gloire spirituelle des mérites que celle-ci a pu acquérir. C’est ce qui arrive lorsque l’on fait connaître autour de soi des actes vertueux qui ne devraient pas être révélés.

La vaine gloire est donc de l’orgueil non combattu, non réprimé, qui va même affecter les actes d’humilité eux mêmes et les actes de pénitence. Dom Guéranger précise dans son commentaire sur ce dimanche que l’humilité « demande à l’homme qui veut servir Dieu, et non se plaire à lui-même dans la vertu, une surveillance des plus actives ».

Il faut donc, mes bien chers frères, surveiller ce que l’on dit et ne pas mettre en avant les œuvres que l’on accomplit. Si celles-ci se remarquent, sont évidentes, eh bien, faites comprendre qu’il s’agit de la mise en œuvre des dons que Dieu accorde, que Dieu nous accorde, et qu’il faut bien sûr tout mettre au service de Dieu pour sa plus grande gloire.

Mais, mes bien chers frères, combien cette vaine gloire se constate ! Elle se rencontre aussi, non seulement chez les laïques, mais dans le clergé séculier, comme dans le clergé régulier, dans les communautés religieuses par conséquent. Et évidemment le religieux, la religieuse, tout comme le fidèle qui en est atteint, ne tire malheureusement aucun profit de ses mérites.

Nous devons donc comprendre que toutes les mortifications du corps et de l’âme, de l’esprit, les pénitences, doivent avoir uniquement pour principe la véritable humiliation, celle de l’âme devant sa misère. Alors prenez donc bien garde, mes bien chers frères, à cette vaine gloire qui est fort nuisible à la vie spirituelle. Et pour cela méfiez-vous des apparences.

Je cite déjà depuis plusieurs années le cas de cet homme renommé pour sa doctrine et son savoir, un célèbre docteur de l’Université de Paris au XI° siècle, Raymond Diocrès. Cet homme vint à mourir et comme l’on portait le cercueil à l’église, le mort redressa la tête et cria d’une voix forte : « Je comparais devant le juste tribunal de Dieu ! ». Puis il reposa la tête. On n’osa plus toucher au cercueil jusqu’au lendemain. Et au matin, il fut de nouveau question de le transporter dans l’église. Mais le mort leva la tête et s’écria d’une voix terrible : « Je suis jugé par le juste tribunal de Dieu ! ». Le troisième jour, toute la ville était donc rassemblée pour porter le cercueil, quand le mort souleva une troisième fois la tête et poussa un cri encore plus terrifiant : « Je suis condamné par le juste tribunal de Dieu ! ». L’on dit alors que tous furent saisis de crainte en entendant la sentence d’un homme qui, pourtant, brillait parmi tous les autres…

Voilà donc cet exemple frappant, mes bien chers frères, et il y a aussi bien des enseignements sur ce sujet dans L’imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ, dans les Méditations du père Dupont, dans Le combat spirituel du Père Scupoli. Dans une des ses méditations, le père Dupont dit fort justement : tant d’œuvres saintes en apparence et abominables en réalité, pourquoi ? parce qu’elles ont été infectées par cette vaine gloire.

Alors, mes bien chers frères, je pense particulièrement, à ce que vous pouvez entendre ce que vous pouvez voir, je pense aux panégyriques sur les défunts. Les panégyriques d’une manière générale sont redoutables, car ils servent bien souvent de louanges, au grand dam de la recommandation des âmes à Dieu, vous voyez bien, de cette nécessité de prier pour le repos de l’âme des défunts et de faire célébrer des messes à cette intention comme l’Eglise nous le recommande. Si dans un panégyrique on laisse supposer que la personne est sainte, on aura pas l’idée non plus de faire célébrer des messes pour le repos de son âme.

Alors soyez donc toujours sur vos réserves quant aux louangés et aux louangeurs afin de ne pas être infectés par le venin de cette vaine gloire. Craignez, mes bien chers frères, surtout les louangeurs parce qu’ils réussissent ainsi plus facilement à faire adopter leurs idées. Ils vous donnent des grands coups d’encensoir pour commencer. Et donc ce sont des personnes qui sauront autant vous louanger que vous critiquer, vous enfoncer, si vous ne correspondez pas ou plus à leurs idées.

Après ces explications et ces recommandations, et puisque l’Eglise livre aussi à notre méditation ce matin, le passage de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, retenons également, comme l’expliquent les Pères de l’Église, mes bien chers frères, que cette mère désolée qui suit en pleurs le cortège funèbre de son fils, c’est l’Église Elle-même. Dom Guéranger dit qu’ « il nous appartient de compatir aux angoisses de l’Église, et d’aider en tout les démarches de son zèle pour sauver nos frères ».

Pour cela, mes bien chers frères, je pense tout particulièrement à l’affirmation de la doctrine sans diminution des vérités. Je vous dis encore récemment, à cause de l’attachement à soi-même, de la crainte d’être déconsidéré, et par fausse prudence, l’on manque dans la tradition, dans le monde de la tradition, à la charité de la vérité. En ne tirant pas également les conclusions nécessaires en théologie sacramentelle, sur la nouvelle messe, sur le nouveau rituel des sacres épiscopaux, sur l’infaillibilité de l’Église, autre domaine également. Eh bien, en ne tirant pas les conclusions théologiques qui se doivent, pour faire comprendre également l’illégitimité de ces personnages conciliaires, l’on tombe alors dans des positions qui ne sont pas catholiques.

Ainsi pour toutes ces raisons, il y a vraiment cette diminution des vérités de la foi avec toutes ses conséquences sur les âmes, alors que c’est au contraire [par] l’affirmation de toute la doctrine, des dogmes, comme le Magistère les a toujours compris et enseignés, et qui devrait se faire au détriment, mes bien chers frères du qu’en dira-t-on.

Dom Guéranger, dans son ouvrage Le sens chrétien de l’histoire, dit bien, et c’est presque à retenir par cœur ce passage : « Aujourd’hui plus que jamais, (déjà à son époque) qu’on le comprenne bien, que la société à besoin de doctrine forte et conséquente avec elle-même. Au milieu de la dissolution générale des idées, l’assertion seule, une assertion ferme, nourrie, sans alliage, pourra se faire accepter (vous en ferez l’application pour maintenant). Les transactions deviennent de plus en plus stériles et chacune d’elles emporte un lambeau de vérité. (…) Montrez-vous donc, écrit-il un peu plus loin, à cette société, à elle, tel que vous êtes au fond, catholique convaincu. Elle aura peur de vous peut-être quelques temps ; mais soyez-en sûr, elle vous reviendra ».

Voilà donc, mes bien chers frères, dans cette dissolution générale des idées, de la foi, de la morale catholique, dans le libéralisme et le modernisme actuels, retenez ce qu’il faut faire et maintenir, et Notre Seigneur a promis de pourvoir toujours à nos besoins si nous cherchons premièrement Son royaume et Sa justice, nous donnera tout le reste (comme) par surcroît.

Alors mettons toute notre confiance dans sa Providence : Dieu voit pour nous et, si nous correspondons à Sa volonté, il nous donnera tout (comme) par surcroît. Alors que nos actes vertueux soient donc sans mélange de vaine gloire, pour résumer l’enseignement de ce matin, et accomplissez tout pour la plus grande gloire de Dieu. [C’est] la devise des jésuites, vous le savez, Ad majorem Dei gloria,  pour la plus grande gloire de Dieu ! Et que Notre Seigneur règne vraiment dans nos cœurs ; c’est ainsi que nous pourrons également donner l’occasion à notre prochain d’être vertueux, que nous pourrons l’aider aussi à gagner le ciel. Ainsi soit-il.

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