Sermon pour la fête de l’Assomption 2016 – abbé Michel Marchiset

Mes bien chers frères, dans quelques instants je vais donc donner la soutane à Théo. C’est la seconde fois en deux ans pratiquement, et cela signifie que le bon Dieu appelle ces jeunes gens à la formation sacerdotale. Ayant compris que cette formation sacerdotale et la formation à la vie religieuse ne pouvaient être reçues et vécues que là où l’on conserve et où l’on vit de la foi, de l’intégralité de la foi, de la foi catholique, là où l’on professe malgré l’adversité tous les dogmes catholiques.

Alors puisque vous allez assister à la remise de soutane à celui qui, je l’espère persévérera en vue de la tonsure, comme son aîné, l’abbé Frédéric, tous deux en vue des étapes du sacerdoce, je vous donne quelques explications sur la soutane. Cela vous rappellera ce que j’avais dit il y a quelques mois.

La soutane, il ne faut pas l’oublier c’est l’habit distinctif du prêtre, et du clergé en général, j’ai bien dit l’habit distinctif. Car c’est un uniforme. Il donc faut le dire à ceux et celles qui se demandent aujourd’hui pourquoi l’on porte la soutane, que le code de droit canonique stipule expressément que l’on doit la porter partout et bien sûr pour les offices.

Oh, certains vous sortiront l’expression « l’habit ne fait le moine ». Évidemment ils vous sortiront cette expression. Mais lorsque l’on connaît ce que signifie la soutane, l’on comprend que si l’habit ne fait pas le moine, cependant il y contribue. C’est ce que rappelle le saint concile de Trente. « Encore que l’habit ne donne pas la vertu monastique, est-il dit dans ce saint concile, il faut néanmoins que les clercs portent toujours des vêtements convenant à l’ordre qu’ils ont reçu, et que l’honneur et la pureté de leurs mœurs reluisent dans la décence extérieure de leurs habits ».

Alors, vous l’aurez compris, à l’heure où le port de la soutane ne se rencontre pratiquement plus, car le pseudo clergé actuel porte l’habit laïque, s’assimilant à l’esprit du monde et à ses maximes, il faut savoir que le saint concile de Trente précisément, parlait déjà des conséquences, mes bien chers frères, des conséquences pour le clergé du port des habits laïques. Que dit en effet le saint concile : « Mais quelques-uns sont si téméraires, et si oublieux du respect dû à la religion, de l’honneur clérical et de leur propre dignité, qu’ils ne craignent pas de porter publiquement des habits laïques, voulant participer à la fois aux choses divines et aux charnelles » (session XIV). Alors [qu’]il faut choisir.

Tout cela est malheureusement vrai, et l’expression : « garde ta soutane et ta soutane te gardera » est donc fort juste, car le port de la soutane est le rempart contre l’esprit du monde. Malheureusement des milliers d’exemples existent où les prêtres ayant jeté la soutane, aux orties, comme on dit, ayant défroqué, n’ont pas persévéré dans leur vocation. Car ils étaient beaucoup plus vulnérables n’ayant plus ce rempart contre l’esprit du monde.

« L’habit ecclésiastique, disaient entre autres écrits, les statuts d’Angers, du diocèse d’Angers, inspire toujours de la vénération et du respect pour celui qui en est revêtu, en même temps qu’il porte le prêtre à se respecter lui-même, et qu’il l’empêche de s’écarter de la réserve et des convenances qu’exige sa dignité. » Donc c’est bien un rempart contre l’esprit du monde et ses maximes.

Ces citations, mes bien chers frères, m’amènent donc à vous expliquer aussi la raison de la couleur noire de la soutane. C’est saint Charles Borromée, évêque de Milan, au XVIème siècle, voulant se conformer au concile (de Trente), qui ne permit que la soutane noire aux clercs. La couleur noire fut ensuite universellement adoptée et rendue obligatoire dans l’Église latine. Les ordres religieux conservant la couleur propre à leurs habits bien évidemment. Donc marron pour les capucins et franciscains, et je pense à blanc particulièrement pour les dominicains, bien que les bénédictins soient en noir également, et bénédictines, sans oublier les ordres religieux et de religieuses.

Mais alors, vous allez me dire, pourquoi la couleur noire ? C’est bon de le savoir pour pouvoir répondre à certaines personnes. Alors, Monsieur Olier, qui comme chacun le sait est le prêtre fondateur des Sulpiciens, dit bien dans son traité des saints Ordres que « la couleur noire indique la première disposition qui doit être dans le clerc, qui est d’être mort à tout l’amour et à toute l’estime du siècle », je vous ai parlé de l’esprit du monde, c’est l’esprit du siècle également, et s’inspirant de la pensée de saint Bernard, Monsieur Olier dit : « Le vêtement noir signifie l’humilité de l’esprit et le mépris du monde ». De cet esprit du monde.

Voilà, donc mes bien chers frères, quelques précisions sur le port de la soutane et sur la signification de la couleur noire pour celle-ci.

Maintenant je voudrais, bien sûr, compléter ces précisions par ce que l’Eglise signifie dans l’oraison même de la bénédiction de la soutane. Oraison à la laquelle je vais procéder dans quelques instants, il y a une première partie qui est intitulé ainsi : « Seigneur Jésus, qui avez daigné vous revêtir de notre corps mortel, nous vous supplions de répandre sur nous l’abondance de vos inépuisables libéralités et de bénir ce vêtement nouveau dont nos pères ont fait choix, (et) en place de l’habit séculier, pour symboliser l’innocence ou l’humilité ». Nous retrouvons bien cette signification, signifiée dans cette première partie de l’oraison.

Et puis mes bien chers frères, vous l’aurez compris, « Seigneur Jésus, qui avez daigné vous revêtir de notre corps mortel », c’est donc en comparaison avec la sainte Incarnation de Notre Seigneur que la soutane enveloppe le corps entier, et que celle-ci représente la modestie ainsi que la mort au péché.

La longueur signifie aussi la pudeur et la chasteté. « La soutane, dit M. Olier, couvre tout le corps, en témoignage que toute la chair est morte, et que le clerc qui la porte, porte en soi la mort de Jésus-Christ en tous ses membres, c’est une façon d’imiter Notre Seigneur Jésus Christ. En effet, il faut que celui qui est élevé à ce saint état montre en sa personne la mort de Notre Seigneur et ses victoires, et il faut que toutes ses œuvres les prêchent et les annoncent partout. Alors il y a ce côté positif où l’on rappelle par le port de la soutane, tout cela, et puis il y a le coté négatif, c’est-à-dire que ceux qui vivent dans le péché et dans le vice, lorsqu’ils verront une soutane, grinceront toujours des dents. Donc nous pouvons être un reproche permanent en portant la soutane. Mais pour d’autres personnes mes bien chers frères, c’est le rappel [..] à l’ordre, le rappel d’être vertueux, c’est le rappel qu’il existe une Église, une institution, un clergé, des sacrements. Et il n’est pas rare d’entendre dire : « Ah, qu’est ce que cela fait plaisir de voir un prêtre encore soutane », même si vous n’êtes pas encore prêtre, et de voir donc le clergé en soutane, eh bien sûr je pense que cela s’adresse (surtout) aux anciennes générations, et beaucoup moins aux récentes qui n’ont pas connu le temps où tout le clergé était en soutane. Mais vous avez compris en vous rappelant donc aussi bien, l’oraison composé par l’Église pour cette occasion de bénédiction de la soutane aussi bien, le concile de Trente, et aussi bien, le droit canon, nous l’inventons rien : Nous ne faisons que faire ce qu’a fait l’Église.

Alors mes bien chers frères, c’est donc ce que figure la soutane qui couvre les clercs en général, qui environne tout le corps, et qui ne laisse rien voir d’eux que sous un habit de mort. Et bien cela veut dire que « comme ils sont tout à Jésus-Christ, continue M. Olier, et qu’ils se sont donnés à lui sans réserve dans la cléricature, non seulement ils doivent avoir crucifié leur chair en tous ses dérèglements, mais aussi en tous ses désirs. »

Voilà donc, mes bien chers frères, tout le programme de vie qui attend le jeune homme qui se destine au sacerdoce. C’est le programme de sanctification personnelle, il ne faut pas s’y tromper, et la soutane, vous l’aurez compris, en est toute l’expression extérieure. Alors l’on comprend mieux ce que nous devons répondre à certains interlocuteurs : que si l’habit ne fait pas le moine, il y contribue !

Alors, mes bien chers frères, et comme l’oraison de la bénédiction de soutane continue de l’exprimer, demandons par conséquent à Notre Seigneur Jésus-Christ, que Théo, et peut-être encore d’autres demain, qui veut vous servir, en revêtant ce vêtement se revête en même temps de vous, se revête de Notre Seigneur Jésus Christ, et qu’au milieu des autres hommes, par la sainteté de sa vie, il apparaisse à tous qu’il vous est consacré, à vous, ô Dieu, qui vivez et régnez dans les siècles sans fin. « 

Et puis enfin, mes bien chers frères, puisque nous accomplissons cette prise de soutane en cette Fête de l’Assomption de la très sainte Vierge Marie, demandons dans nos prières aujourd’hui, que la très sainte Vierge Marie soit la Médiatrice de toutes les grâces nécessaires pour que Théo qui désire vous servir, en revêtant ce vêtement, puisse en même temps se revêtir de vous, et qu’il puisse au milieu des autres hommes, je reprends l’oraison consacrée, par la sainteté de sa vie, apparaître à tous qu’il vous est consacré.

Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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