Huitième dimanche après la Pentecôte 2016 – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, la parabole de l’intendant malhonnête que vous venez d’entendre doit être bien comprise. Il s’agit de correspondre, de notre vivant, à ce que désire Notre Seigneur dans les gestions des biens qui nous sont confiés ici-bas.

Ici, lhomme riche dans cette parabole c’est Notre Seigneur Jésus-Christ, qui se réserve, avec ses droits absolus, tout ce qui nous est imparti ici-bas : les grâces, les vertus, ainsi que les talents. Tout ce dont nous disposons de par sa libéralité doit être géré et demeure soumis à des conditions qu’il nous faut, bien évidemment, respecter.

C’est la bonne gestion des ces biens, gestion totalement différente de celle de l’insensé qui ne pense qu’aux plaisirs d’ici-bas, qui troque le bonheur du ciel pour les joies éphémères de la terre. Alors qu’il faut toujours penser qu’à la mort, au jugement particulier, car tout être humain, mes bien chers frères, tout de même, on se demande pourquoi certaines personnes l’oublient, paraît devant son Créateur, et cela, comme le dit Dom Guéranger, dans la nudité du jour de sa naissance et entendant la parole du Maître : « Rendez-moi compte de votre administration ». Il faut sans cesse ce souvenir de cela, les hommes font tout comme s’ils restaient éternellement ici-bas.

Cette parabole nous enseigne donc que le serviteur qui se croit maître, l’économe qui se complaît à dissiper des biens dont il n’est que le dispensateur, réalisera à ce jugement toute l’erreur où l’a conduit finalement son orgueil. Oh, il passera peut-être pour honnête aux yeux du monde, vertueux, selon les apparences qui sont souvent bien trompeuses ; rappelez vous ces dangers de la vaine gloire. Mais, malheureusement, si bien des choses demeurent cachées mes bien chers frères, rien, rien n’échappera au jugement particulier où toutes les gestions seront passées au crible. Et puis comme Notre Seigneur le dit dans cette parabole : si le serviteur n’a pas tenu compte des intentions de celui qui lui a confié ces richesses, il sera dépossédé.

Alors comprenons bien qu’au delà de la mort, au delà de la mort il n’est plus possible de réparer les torts par une administration plus conforme aux volontés de Notre Seigneur, et c’est bien, c’est la leçon de cette parabole, c’est bien de son vivant qu’il faut le faire, s’il y a des torts à réparer. C’est la nécessité pour l’économe de réparer de son vivant la peine encourue par ses malversations. Alors pour cela il va imiter l’habileté, uniquement l’habileté, de l’économe infidèle. Car « les enfants de ce monde sont plus habiles que les enfants de lumière ».

Dom Guéranger explique : « parce que, dit-il, en disposant ainsi pour les serviteurs de Dieu des richesses mises entre ses mains, cet intendant, loin de frustrer le Seigneur de toutes choses, il ne fait que rentrer dans ses intentions ». Il a usé d’habileté pour réparer bien que l’intendant ait été malhonnête.

Voilà la signification de cette parabole, qui a effectivement besoin d’explications pour être bien comprise. Il n’est pas question que Notre Seigneur ne loue la malhonnêteté de quelque intendant que ce soit. Mais comme je viens de vous le dire en reprenant les paroles même de Notre Seigneur, « car les enfants de ce monde sont plus habiles que les enfants de lumière ». A nous alors, enfants de lumière depuis notre baptême, d’être habiles et s’il y a des torts à réparer, de les réparer de notre vivant. Après la mort c’est terminé, voilà la leçon de cette parabole.

Et puis en ce dimanche, l’Église ne manque pas d’établir une relation avec le passage de l’Épître de l’Apôtre saint Paul aux Romains. L’Apôtre dit en effet : « (…) si nous sommes fils, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ ». Par conséquent, dans sa justice et sa charité, Notre Seigneur nous assure de la pleine propriété de la part éternelle, du bonheur du Ciel, pour lequel nous sommes créés, en sachant que la possession, mes bien chers frères, de cet héritage dépend donc de la gestion des biens, qui nous est donc rappelée par la parabole d’aujourd’hui.

C’est ce qui me permet de vous dire alors que, dans l’ordre de la grâce bien sûr, pas des richesses matérielles, mais dans l’ordre de la grâce, l’Église est dépositaire de cette gestion des biens ; tout particulièrement des rites liturgiques institués par Notre Seigneur, des sacrements institués par Notre Seigneur. Alors, devant la constatation évidente de la mauvaise gestion depuis plus de 50 ans, il faut reconnaître que cette gestion qui n’est pas celle de l’Église – évidemment ! – car l’Eglise est infaillible dans la liturgie.

Avec les explications que vous avez depuis bien longtemps, les explications que vous possédez sur l’infaillibilité du Magistère, sur l’obéissance aux autorités, rappelez vous, heureusement que cela est précisé, aux autorités légitimes. Les explications que vous avez sur ce qu’est le Siège apostolique, c’est-à-dire, la fonction, la charge qui incombe au souverain pontife, vous êtes en mesure, mes bien chers frères, de faire la distinction nécessaire entre la véritable Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui, Elle, alors gère parfaitement voire même infailliblement les biens spirituels, les rites liturgiques, et cette secte conciliaire, avec tout ce pseudo magistère, qui n’est pas celui de l’Église mais qui est composé de loups ravisseurs déguisés de peaux de brebis.

Nous sommes rendus à un tel point aujourd’hui, que la grande majorité de ceux qui écrivent ou qui parlent sur ces sujets, mes bien chers frères, ne s’aperçoivent pas des énormités ! Des énormités théologiques qu’ils manifestent et dans la compromission dans laquelle ils sont.

Dom Guéranger dit dans son commentaire : « Malheur au temps dans lequel les dispensateurs de la parole sainte, ne laisseraient plus tomber sur les âmes, avec des principes diminués ou faussés, qu’une semence atrophiée ! ».

Pour ceux auxquels je fais allusion, il sera donc très difficile à tous ceux qui soutiennent de tels propos, de revenir sur leurs positions et sur leurs opinions. Très difficile.

De plus il y a ce phénomène bien réel aujourd’hui, comprenez le bien, qui fait qu’à force de penser ce que l’on croit être vrai, on finit par croire ce que l’on pense. Je reprends cette formule : à force de penser ce que l’on croit être vrai, on finit par croire ce que l’on pense. Ce phénomène aujourd’hui découle du fait que nous sommes maintenant à 60 ans de la Révolution conciliaire et de ce besoin de trouver une issue à cette situation. Alors des sortes de millénarisme surgissent, renaissent ; avec des personnes qui comme je viens de le dire, finissent par croire ce qu’elles pensent, par croire à leurs opinions, par croire à leurs compilations d’interprétations, pour que semble s’ajuster alors qu’au départ, le raisonnement est totalement abrupt, et faux.

Mes bien chers frères, puisque l’enseignement de ce dimanche nous rappelle que tous nous aurons à répondre de notre vie de baptisés, voyez combien il est nécessaire de rester à la place que le bon Dieu nous a assignée. On disait une expression que les plus anciens d’entre vous connaissent, cordonnier pas plus haut que la chaussure. Facile à comprendre, et c’est du bon sens, c’est une constatation. Alors cordonnier oui, on peut le dire pour certaines personnes, et bien, pas plus haut que la chaussure, ne vous érigez pas théologien, et grand historien. Voilà, mes bien chers frères, ce qui nous est rappelé avec cette relation que l’Église peut nous faire faire avec l’Epitre de Saint Paul aux Romains. Il est nécessaire de bien rester à la place que le bon Dieu nous a assignée, car nous aurons à répondre des obligations contractées devant Dieu ainsi que de notre devoir d’état et bien sûr de toute notre gestion.

Restons donc fidèles, à notre place, avec une grande honnêteté dans la gestion des biens qui nous sont confiés ici-bas, car c’est d’elle, je pense que vous l’aurez suffisamment compris, que dépend la mesure des récompenses éternelles.

A moi aussi, mes bien chers frères, il me sera bien sûr demandé compte de ma gestion. Et vous savez combien, parce que je suis conscient des conséquences des principes faussés ou diminués, je m’efforce de souligner les positions erronées. Cela ne nous donne pas que des avantages c’est évident, mais le bon Dieu est Providence.

Alors, pour citer encore Dom Guéranger, toujours dans son commentaire sur ce dimanche et à propos des dispensateurs infidèles de la parole de Dieu, il nous dit que « le Saint-Esprit n’est point tenu de suppléer par lui-même à leur insuffisance, et il ne le fera pas d’ordinaire, car tel est l’ordre établi par Notre Seigneur Jésus-Christ pour la sanctification des membres de son Église ».

Par conséquent, mes bien chers frères, que chacun considère sérieusement, l’enseignement de cette parabole ce matin : « Rendez-moi compte de votre administration », et alors que chacun s’examine sur la fidélité ou non de la gestion de biens, je parle, bien sur, dans l’ordre de la grâce. Car c’est en fonction de celle-ci, vous l’aurez compris, que sera marquée la mesure des récompenses qui nous attendent.

Alors demandons à Notre Seigneur Jésus-Christ les grâces, qui découlent de lui toujours, les grâces nécessaires pour mener une vie véritablement en règle avec tous les devoirs qui nous sont imposés par notre devoir d’état.

L’Église ayant cette intention dans l’Oraison Collecte aujourd’hui, écoutez bien : « Puisque, sans Vous, nous ne pouvons pas même exister, puisque, sans Vous, nous ne pouvons pas même exister rendez nous capables de régler sur Vous notre vie (…) », demandons alors cette grâce de régler notre vie sur celle de Notre Seigneur Jésus-Christ à la Très sainte Vierge Marie : que notre vie soit réglée sur celle de son divin Fils, pour le salut de notre âme. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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