Sermon du premier dimanche de Carême – abbé Marchiset

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Mes bien chers frères, si le Carême liturgique commence en ce dimanche, le temps du Carême est commencé depuis le Mercredi des Cendres. Dès la fondation de l’Église les disciples de Notre Seigneur se sont appliqués au jeûne et l’ont recommandé aux fidèles. Qu’elle en est la raison ? Dom Guéranger dit que l’homme étant demeuré pécheur, même après l’accomplissement des mystères divins par lesquels le Christ a opéré notre salut, l’expiation est donc encore nécessaire et l’on détermina tout naturellement pour cette carrière de pénitence le nombre de quarante jours, que l’exemple du Sauveur lui-même avait marqué.

Aussi, avant de vous parler des différentes résolutions à prendre pendant le Carême, je vous donne quelques explications sur les trois tentations que le démon suggéra à Notre Seigneur à la fin de ses quarante jours de jeûne dans le désert au dessus de Jéricho. Ce qui est important, c’est bien sûr de retenir comment Notre Seigneur repousse la tentation.

La première tentation porte sur la nourriture corporelle : « Si tu es le Fils de Dieu, commande que ces pierres deviennent des pains ». Notre Seigneur nous montre donc que l’on repousse celle-ci, en opposant à l’ennemi le bouclier de l’inflexible Parole de Dieu. « Il est écrit que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Alors faisons l’effort, mes bien chers frères, pendant le carême tout particulièrement, de mieux connaître et méditer la sainte Ecriture, de mieux connaître également le Magistère de l’Eglise. Le Christ et l’Eglise c’est tout un. Nous croyons à Notre Seigneur et à son enseignement, et nous croyons aussi à tout ce que croit et enseigne l’Eglise. Par conséquent aimons lire les Actes infaillibles du Magistère, les encycliques par exemple, et vous verrez que ces Actes du Magistère ne contiennent, non pas des opinions théologiques qui contredisent un ou plusieurs dogmes, mais uniquement ce qu’il faut croire et ce qu’il faut faire pour aller au ciel.

Car il y a bien des malhonnêtetés intellectuelles, même dans le clergé traditionnel. En effet l’on sort de son contexte, l’on tronque, où l’on fait des ajouts, et puis l’on traduit mal la sainte Ecriture, on interprète à sa façon certains points de doctrine, et puis voilà que l’on vous dit que vous êtes obligé de croire cela parce que ces théologiens que j’appelle de faussaires sont devenus des références incontournables. Oui, oui, même dans la tradition, mes bien chers frères, on se donne ainsi des maîtres à penser et l’on finit par se tourner vers des fables.

Mais mes bien chers frères, regardons pour notre instruction comment le démon utilise la sainte Écriture. C’est donc dans la deuxième tentation à Notre Seigneur. « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit que Dieu a confié aux anges la garde de tes voies ». En effet dans le Psaume 90 il est dit que les anges te porteront afin que tes pieds ne heurtent pas la pierre. Le démon cite donc ce passage, et l’on pourrait le croire, puisqu’il s’agit de la sainte Ecriture. Mais, mes bien chers frères, ce passage est sorti de son contexte car réfléchissez bien : il n’est nullement question de se précipiter en bas ! Le démon cite donc mal la sainte Ecriture.

Le Père Scupoli dans son ouvrage Le combat spirituel, dit au sujet des sortes de tentation au moment de la mort : « (…) n’écoutez même pas les autorités de la sainte Ecriture que l’ennemi vous alléguera ; car quelques claires et quelques certaines qu’elles vous paraissent, elles seront ou tronquées ou mal citées, ou détournées de leur véritable sens ». En effet le démon est le père du mensonge, et c’est bien pourquoi Notre Seigneur répond : « Il est aussi écrit : ’’Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu’’ ». Alors prenons la résolution, mes bien chers frères, prenant exemple là encore sur Notre Seigneur chassant cette tentation de l’orgueil, de réprimer cet orgueil qui bien souvent fait que nos pensées, nos actions, sont faites dans cet esprit de vaine gloire et qui, au lieu de nous faire gagner des mérites, nous les fait perdre.

Et puis en troisième tentation, mes bien chers frères, comprenons également que le démon va même jusqu’à usurper les honneurs divins. Il montre en effet à Notre Seigneur tous les royaumes du monde avec leur pompe ; c’est-à-dire qu’il montre son empire et tout cet esprit du monde qui est donc l’esprit du démon. « Je te donnerai tout cela, si tu veux te prosterner devant moi et m’adorer ». Notre Seigneur s’indigne évidemment et le repousse avec mépris : « Retire-toi Satan ! Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que Lui seul ». C’est donc le rejet immédiat de toute idolâtrie, et les efforts de carême doivent se concrétiser par le fait de ne pas être idolâtre de nous-mêmes mais de manifester par conséquent une plus grande dépendance de nous-mêmes vis-à-vis de Notre Seigneur. Voilà les exemples que Notre Seigneur nous donne, mes bien chers frères à travers ces trois tentations.

Alors après ces explications, il nous faut bien sûr regarder d’autres exercices de Carême.

Le Carême est vraiment un temps de pénitence, et ces pénitences s’exercent principalement par la pratique du jeûne. « Le jeûne, explique Dom Guéranger, est une abstinence volontaire que l’homme s’impose en expiation de ses péchés ». Même avec les adoucissements par rapport aux siècles passés, je vous recommande la privation de la viande en semaine. C’est un principe fondamental dans le jeûne que vous devez observer avec l’abstinence du vin également.

Et ce jeûne doit s’étendre, dans une certaine mesure, jusqu’à la privation de la nourriture ordinaire. Dans quelle mesure me direz-vous ? C’est tout simple : vous devez ’’sentir en creux’’ votre estomac pendant les jours de Carême et c’est évidemment une grande différence avec cet affaiblissement du jeûne et de la vie spirituelle dans la religion conciliaire.

Rappelez-vous ce que l’abbé Julio Meinvielle disait à ce sujet : « Les ennemis déclarés de l’Église commencèrent à avoir du succès dans leur criminelle entreprise seulement quand les chrétiens commencèrent à s’affaiblir dans l’esprit de leur vie intérieure ». Il ne faut donc pas s’étonner, mes bien chers frères, de ce que nous vivons aujourd’hui. Par conséquent, comprenez bien que le Carême est un moyen efficace de purifier vos âmes et de grandir dans l’esprit de sacrifice, et par l’abnégation de soi de suivre Notre Seigneur.

Et si nous nous séparons pendant ces quarante jours, de plaisirs légitimes et de tout ce qui nous distrait ou détourne de Dieu, c’est aussi parce qu’il nous faut triompher de trois ennemis : du démon, de la chair et du monde. Voilà donc pourquoi nous devons porter nos efforts, pour repousser les tentations, les occasions de pécher, et manifester certaines vertus, principalement l’humilité, et grandir en piété et pratiquer l’aumône.

Au sujet de la piété, Dom Guéranger parle de fréquenter plus assidûment la maison de Dieu et de se livrer à la prière avec plus d’ardeur. Je connais les conditions dans lesquelles vous êtes, mais vous pouvez réaliser ces efforts en vous unissant d’intention au saint sacrifice de la Messe, par des lectures pieuses, en faisant vos méditations, votre examen de conscience. Ayez donc sous la main quotidiennement les ouvrages nécessaires pour cela.

Quant à l’Aumône, mes bien chers frères, c’est le complément nécessaire du jeûne et de la Prière pendant le Carême. Voici ce que dit Dom Guéranger : « Elle renferme toutes les œuvres de miséricorde envers le prochain : aussi les saints Docteurs de l’Église l’ont-ils unanimement recommandée. C’est une loi établie de Dieu, et à laquelle Il a daigné Lui-même se soumettre ».

Alors pour la pratiquer comme il faut, pensez à ce que vos efforts, vos sacrifices dans le jeûne, qui se traduisent forcément par quelques économies financières, se concrétisent pour les besoins du Prieuré, qui ces temps-ci, se passerait bien d’une certaine opération financière. C’est comme cela : vous, vous êtes invités, comme le souhaite l’Eglise pour ce carême, par vos sacrifices à soutenir une œuvre, en l’occurrence le prieuré, mais par ailleurs cette sortie d’argent est forcément un préjudice qui, en morale catholique, devrait et pourrait être évité.

Par conséquent faites véritablement pénitence, mes bien chers frères. Observez le jeûne et ayez cet esprit de retraite et de séparation du monde. Que les habitudes de ce saint temps tranchent en toutes choses sur celles du reste de l’année. Mettons alors tout notre Carême sous la protection de la très sainte Vierge Marie. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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