Fête de la Toussaint – sermon de M. l’abbé Marchiset

Mes bien chers frères, en cette Fête de la Toussaint, l’Eglise nous fait célébrer en une seule solennité les mérites de tous les saints. Elle nous fait aussi considérer le but que chacun d’entre-nous peut atteindre. C’est ce qui est signifié par le passage de saint Jean : cette multitude qui acclame la puissance et la gloire de Dieu, ces hommes et ces femmes sauvés, qui ont gagné le Ciel, et qui composent donc l’Église glorieuse du Ciel.

Et puis, bien que l’Eglise y ait dédié tout particulièrement le jour du 2 novembre, il faut penser aussi aux âmes des défunts, aux âmes du Purgatoire ; prier pour elles qui composent l’Église souffrante.

En cette fête de la Toussaint, nous célébrons donc les mérites de tous les saints. Ce sont les saints Apôtres et Evangélistes, les disciples de Notre Seigneur, les saints martyrs, les saints Evêques et docteurs, les saints confesseurs de la foi, les saints religieux et saintes religieuses, les saintes femmes, et tous ces saints selon la description que nous rappelle la liturgie. Les saints et saintes connus, canonisés, mais aussi tous les saints inconnus, c’est-à-dire les âmes parvenues au ciel après leur passage et leur délivrance au purgatoire.

Cette Fête nous fait considérer ce bonheur qui est déjà en leur possession. Et l’Eglise non seulement nous les montre en exemple, mais nous incite aussi à faire comme eux, écoutez bien, à employer les mêmes moyens qu’ils ont utilisés pour se sanctifier.

En cette fête je voudrais donc vous expliquer qu’il faut éviter plusieurs fausses idées sur la sainteté. Tout d’abord, l’argument de tous ceux qui sont imbibés de l’esprit du monde qui est opposé à Dieu. Ceux qui pensent par exemple, que l’on va directement au Ciel après la mort et qui prêchent par conséquent l’inutilité de l’effort, des efforts pour gagner le Ciel. C’est la fausse assurance que la religion conciliaire entretient dans les esprits, par des enseignements qui ne sont plus ceux de la foi catholique tout simplement.

Cette assurance d’aller très facilement au Ciel, et cet argument de l’inutilité de l’effort s’oppose bien sûr à l’enseignement de Notre Seigneur directement, tout particulièrement au précepte de se renoncer à soi-même, de prendre sa croix et de suivre Notre Seigneur. Dans un de ses sermons, le saint Curé d’Ars dit que nous n’aurons ce bonheur de voir Dieu qu’autant que nous aurons retracé en nous ici-bas son image, ses perfections, sa sainteté.

Et puis il y a un autre argument, celui qui consiste à faire croire que pour être saint, il faut accomplir des actions extraordinaires. « La sainteté, dit là encore le saint Curé d’Ars, ne consiste pas à faire de grandes choses, mais à garder fidèlement les commandements de Dieu, et à remplir ses devoirs dans l’état où le bon Dieu nous a placés ». C’est-à-dire son devoir d’état.

Cette fausse idée de la sainteté touche beaucoup de personnes, de personnes pieuses ainsi que les personnes engagées dans l’état religieux. Le Père Scupoli, au XVI° siècle, dit dans son ouvrage intitulé Le combat spirituel : «  en ce qui concerne les religieux, religieuses, que ces personnes croient que pour être parfait, il suffit d’être assidu au chœur, d’aimer la retraite et le silence, et d’observer les prescriptions de la règle ». « Mais il est certain que tous se trompent », dit-il. La raison en est que « les œuvres extérieures sont des moyens d’acquérir ; mais on ne peut pas dire qu’elles constituent la perfection chrétienne et la vraie spiritualité. Ce sont des moyens puissants d’acquérir la sainteté » ; « si saintes qu’elles soient en elles-mêmes, ajoute-t-il, ces œuvres, par le mauvais usage qu’elles en font (ces personnes) peuvent devenir l’occasion de leur ruine et leur causer plus de dommage même que des fautes manifestes ».

Pourquoi mes bien chers frères ? Car il s’agit de la vaine gloire… Ce qui importe donc, comprenez-le bien, c’est de pratiquer toutes les vertus uniquement pour la gloire de Dieu et en vue de Lui plaire, et comprenons-le bien aussi, c’est de travailler à mortifier les passions ! L’on pourrait effectivement être trompé par les apparences. Vous connaissez l’expression : ’’les apparences sont trompeuses’’. Un religieux, une religieuse qui suit absolument la règle, qui est fidèle aux horaires des offices, si elle ne mortifie pas ses passions, ce ne sont que des œuvres extérieures. Donc cela peut rejoindre aussi la vaine gloire. Ce religieux, cette religieuse, peuvent perdre tous leurs mérites par vaine gloire.

C’est pourquoi il faut travailler à mortifier les passions et « ce travail, dit le Père Scupoli, procure plus de gloire à Dieu que l’œuvre en apparence la plus importante que vous accompliriez avec un cœur dominé par la passion ».

Et à ce sujet, écoutez les recommandations du saint Curé d’Ars, mes bien chers frères : « un saint est un homme qui ne se laisse point enfler par l’orgueil, ni dominer par l’amour-propre, qui est vraiment humble et petit à ses propres yeux ; qui, étant dépourvu des biens de ce monde, ne les désire pas, ou qui, les possédant, n’y attache pas son cœur ; il ne cherche que Dieu seul, méprise les biens et les honneurs de ce monde. N’aspirant qu’aux biens du Ciel, il se dégoûte des plaisirs de la vie et ne trouve son bonheur que dans le service de Dieu ».

Voilà donc, mes bien chers frères, ces fausses idées sur la sainteté : d’une part l’inutilité des efforts pour gagner le Ciel, et d’autre part, croire que pour être saint il faut accomplir des actions extraordinaires, et puis ce danger de la fausse gloire qui ne permet pas d’atteindre la sainteté et qui fait perdre bien des mérites à tous ceux qui, finalement, même s’il y a beaucoup d’œuvres extérieures, ne travaillent par à mortifier les passions, et ne travaillent pas à lutter contre leur orgueil personnel et tous ses dérivés, puisque tout, vous le savez bien, tout découle de l’orgueil.

C’est alors un travail de tous les jours, toujours stimulé par l’exemple de Notre Seigneur et de tous les saints, et c’est ainsi que les âmes vertueuses appliquent quotidiennement l’enseignement de Notre Seigneur sur les béatitudes qui viennent de nous être rappelées: « bienheureux les humbles, bienheureux les pauvresbienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu ».

Dans les événements actuels, mes bien chers frères, c’est une grande consolation de savoir que nous devons souffrir pour la justice, aussi bien dans les calomnies, les médisances, que dans les jugements et les soupçons téméraires, lorsque nous défendons l’honneur Notre Seigneur et de l’Église, car Notre Seigneur nous dit que notre récompense sera grande (effectivement) dans les cieux.

Alors fuyez les occasions prochaines comme lointaines de pécher, afin de conserver purs votre âme et votre corps. Le désordre doctrinal qui engendre la licence des mœurs, ces lois iniques, immorales, certes ne nous facilitent pas la tâche, mais si nous avons vraiment ce désir d’aller au Ciel, mes bien chers frères, il ne peut être question pour vous d’attitudes et des tenues contradictoires et indignes.

Ainsi, déjà par l’observance des commandements de Dieu et de l’Église, puis par la fuite des occasions de pécher, par la pratique des vertus, vos pensées, vos paroles, vos actions, seront alors la réalisation de cet enseignement de Notre Seigneur sur le Mont des Béatitudes, la mise en pratique des béatitudes, l’imitation quotidienne de Notre Seigneur Jésus-Christ et des saints pour votre sanctification et parvenir ainsi au Ciel.

C’est tout cela, mes bien chers frères, que l’Eglise nous rappelle en cette Fête de tous les saints, et c’est bien un encouragement à devenir des saints. Pas simplement être en puissance des saints, mais des saints en actes.

Et puis vous avez, ici même, ici même, les mêmes secours, les mêmes grâces dont les saints ont bénéficié par la prière. Les sacrements auxquels ont eu recours les saints, qui, il est vrai, vous demandent des efforts, des déplacements, avec ce qui peut y avoir d’aléatoire dans ces déplacements, tout ce que comporte le fait de vouloir ne recourir qu’à ces sacrements et ces sacrements valides, car vous savez bien les réformes liturgiques en ont invalidé la plupart.

Alors, mes bien chers frères, vous qui bénéficiez ici des mêmes sacrements valides auxquels ont eu recours les saints, persévérez dans vos efforts, et bien sûr dans vos préparations à recevoir ces sacrements.

En cette fête de la Toussaint, ayons donc tous ce profond désir d’aller au Ciel. Nous ne sommes que pèlerins, que de passage ici bas ; et parce qu’il nous faut toute la miséricorde et les secours de Notre Seigneur, supplions alors Notre Seigneur, comme l’Oraison Collecte de cette Fête, de la Messe de cette Fête, nous le précise, de daigner octroyer à tant d’intercesseurs priant ensemble pour nous, cette miséricorde surabondante pour notre sanctification. Et demandons bien sûr cette miséricorde et ces secours par la médiation de la très sainte Vierge Marie, Reine de tous les saints. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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