Sermon du 16ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, l’Apôtre saint Paul parlant dans son Épître aux Éphésiens de « l’homme intérieur », regardons alors l’œuvre de notre sanctification qui se réalise par les trois voies de la vie intérieure : par la voie purgative, la voie illuminative et la voie unitive.

Tout d’abord la voie purgative. C’est la voie dans laquelle le pécheur, après une nécessaire conversion, se détourne de l’état de péché et poursuit la purification de son âme. Il accomplit alors tous les devoirs de notre sainte religion, et c’est l’occasion pour lui de prier Dieu avec confiance et d’obtenir des grâces de contrition et de bon propos ; des grâces qui vont purifier de plus en plus son âme et la préserver contre les rechutes.

Ce résultat sera obtenu d’une façon encore plus assurée par la méditation quotidienne, par la considération des vérités de foi, de la vie de Notre Seigneur, des saints, par l’examen de conscience quotidien.

Ainsi, dans cette voie, en se rendant compte de notre pauvreté et les prières jaillissant du fond du cœur, les résolutions que l’on prend et que l’on s’efforce de pratiquer, permettent cette purification de l’âme, en inspirant l’horreur du péché. L’âme est donc plus forte contre les tentations et plus généreuse dans la pratique de la pénitence. Dans cette voie purgative l’âme peut ainsi réparer ses fautes passées et pratiquer la mortification afin d’éviter le péché à l’avenir. Sans oublier la discipline des sens, l’intelligence et la volonté étant soumises à Dieu, tout se fait alors en conformité à sa sainte Volonté.

Il y aura inévitablement des tendances mauvaises qui peuvent résulter des mauvaises habitudes passées. Mais appuyée sur la grâce divine, l’âme entreprend de les déraciner ou du moins de les affaiblir, et un moment arrive, mes bien chers frères, où ces tendances mauvaises sont suffisamment maîtrisées.

Cela ne veut pas dire également que les dangers auront disparu, car une âme qui prend des résolutions et qui se purifie, vous pensez bien que cela ne plaît pas au démon. Mais, sans se décourager, appuyée sur Notre Seigneur qui a vaincu le monde et ses maximes, appuyée donc sur Notre Seigneur, l’âme luttera aussi longtemps qu’il faudra contre les assauts de l’ennemi, et avec la grâce de Dieu, la plupart du temps ces attaques seront l’occasion de victoires. Et si à ce stade une chute malheureuse survient, l’âme humiliée mais confiante se jettera alors aussitôt dans les bras de la miséricorde divine pour implorer son pardon. Cette chute ainsi réparée ne sera donc pas un obstacle à son avancement spirituel ; elle s’en servira au contraire pour son avancement.

Voilà donc, mes bien chers frères, cette voie purgative dont le travail va également continuer dans la voie illuminative, illuminative car elle a pour but de nous faire marcher à la lumière des exemples de Notre Seigneur Jésus-Christ, de le suivre en imitant ses vertus.

Alors, dans cette voie, l’âme pratique les vertus cardinales et les vertus théologales. Nous savons que les vertus cardinales assouplissent les facultés de notre âme pour les unir à Dieu. La vertu de prudence, la vertu cardinale de prudence accoutume l’intelligence à réfléchir avant d’agir. Certains devraient bien y réfléchir. La vertu de justice nous fait attribuer à chacun ce qui lui est dû. La vertu de force assouplit les passions violentes, et la vertu de tempérance qui amortit et discipline l’amour du plaisir, agit pour vaincre la volupté par la chasteté. Voilà donc les effets de ces vertus cardinales.

Quant à la pratique des vertus théologales, pratique qui constitue donc une seconde phase dans la voie illuminative, il y a bien sûr tout d’abord la foi qui nous fait croire fermement, fermement en Dieu, en ses vérités révélées et croire l’Église qui nous les enseigne. Puis l’espérance qui soulève la volonté, la détache des choses terrestres, et oriente les désirs du côté du Ciel, demandant et attendant avec confiance tous les secours nécessaires pour atteindre le Ciel. Regardez à nouveau votre acte d’espérance, c’est tout cela. Et enfin la charité qui nous fait puiser dans le Cœur Sacré de Notre Seigneur pour triompher de l’égoïsme. Comprenez alors qu’en pratiquant ces vertus cardinales et théologales, mes bien chers frères, et puis faisant nôtres les vertus de Notre Seigneur, l’âme arrive à une réelle pratique de l’imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors à ce stade, les tendances mauvaises que l’âme a entrepris de déraciner ou d’affaiblir dans la voie purgative, souvenez-vous, vont certes encore essayer de s’insinuer, et sous une forme atténuée, si nous n’y prenons garde, celles-ci vont faire tomber dans la tiédeur. Mais dans cette voie illuminative les âmes vigilantes, appuyées sur Notre Seigneur, repoussent ces attaques et en profitent même pour s’affermir dans la vertu. Et c’est ainsi, mes bien chers frères, que l’on se prépare aux joies mais aussi aux épreuves de la voie unitive.

La Voie unitive dont le but est une union intime et habituelle avec Dieu, ce qui permet à ceux qui sont parvenus à ce stade, non seulement de réunir les conditions de la voie purgative et illuminative, évidemment, mais de réunir également trois autres conditions : 1/ une grande pureté de cœur avec l’expiation et la réparation des fautes passées, ainsi que le détachement de tout ce qui pourrait conduire au péché. 2/ L’horreur pour toute faute vénielle de propos délibéré et même pour toute résistance volontaire à la grâce, et, 3/ une grande maîtrise de soi-même, acquise précisément par la mortification des passions et la pratique de vertus morales et théologales.

Et le Ciel ne sera atteint, mes bien chers frères, que si nous nous maintenons jusqu’au bout dans cette voie unitive. Saint Jean de la Croix nous en parle dans son ouvrage que vous connaissez certainement, La Montée au Carmel. Il parle en effet de trois chemins. Ecoutez bien. A droite, le chemin suivi par ceux qui restent attachés aux biens de la terre. Il semblait d’abord monter, mais ne tarde pas à redescendre. A gauche, le chemin d’esprit imparfait, celui qui est suivi par ceux qui s’attardent à la jouissance qu’ils trouvent dans les biens spirituels, dans l’estime et la louange d’autrui. Dans ce chemin il y a cette vaine gloire dont je vous ai parlé dimanche dernier, et ce chemin de l’esprit imparfait, n’arrive donc qu’à mi-côte. Au milieu, par contre, c’est le sentier étroit de perfection, dont l’entrée est beaucoup plus étroite que les deux autres, mais qui devient de plus en plus large au fur et à mesure qu’il s’élève, pourquoi ? car c’est à l’immensité divine qu’il conduit.

C’est le renoncement aux biens de la terre, mais aussi, mes bien chers frères, renoncement à la complaisance qui se prendrait même dans les biens spirituels. Dans ce chemin, sous forme de panneaux, le long du chemin donc, saint Jean de la croix écrit : « Depuis que je ne me suis attaché à rien, je trouve que rien ne me manque » ; car le détachement parfait, effectivement, conduit à cette union intime à Notre Seigneur Jésus Christ dans l’esprit et la pratique de l’humilité. Saint Jean de la Croix le démontre par cette phrase : « Vous grandirez d’autant plus que vous désirerez être plus petit ». C’est tout le sens, vous l’aurez compris de la parabole de Notre Seigneur que vous avez entendue il y a quelques instants dans l’Evangile. Et c’est aussi toute cette voie de l’enfance, vous connaissez ce voie de l’enfance de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, parce que c’est le chemin spirituel qui convient à toutes les âmes, attention, qui convient à toutes les âmes qui sont et qui se sentent petites devant Dieu. Et puis c’est un chemin, où portée par Notre Seigneur, l’âme réduit au minimum ses initiatives, se bornant à l’aimer et à offrir tous les sacrifices. C’est ce que l’on retrouve dans l’accomplissement, avec l’accomplissement de la vertu d’obéissance dans les communautés, donc à l’obéissance au supérieur ; pas d’initiatives personnelles, mais tout attendre de celui qui dirige votre âme ou de la règle qui dirige votre âme.

Alors, mes bien chers frères, comprenez que c’est très sérieusement qu’il faut travailler à sa sanctification, détruire l’orgueil, lutter contre l’égoïsme. Et comme il est nécessaire de pratiquer ce qui correspond à ces trois voies, purgative, illuminative et unitive, que chacun accomplisse ainsi cette œuvre de sanctification régulièrement. Gardez près de vous ce petit résumé, il vous sera profitable.

Mes bien chers frères, confiez, confions, à la très sainte Vierge Marie, l’édification de l’homme intérieur, l’œuvre de notre sanctification, et Médiatrice de toutes grâces, Elle saura nous communiquer les grâces nécessaires pour nous faire passer, selon le degré personnel de sanctification, de la voie purgative à la voie illuminative, et de la voie illuminative à la voie unitive et nous y maintenir. C’est ainsi que, trouvés fidèles à notre mort, Notre Seigneur nous dira, comme dans la parabole de ce matin : Amice, ascende superius, c’est-à-dire : Mon ami monte plus haut. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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