Sermon du 15ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, dans le passage de son Epître aux Galates, l’Apôtre saint Paul nous dit de ne pas nous laisser emporter par le désir de la vaine gloire. Je vous indique donc en quoi consiste cette vaine gloire et combien celle-ci est néfaste pour la vie spirituelle.

Tout d’abord comprenons bien les termes. La vaine gloire est appelée vaine, parce que l’âme ne retire aucune gloire spirituelle des mérites que celle-ci a pu acquérir. C’est ce qui arrive lorsque l’on fait connaître autour de soi des actes vertueux qui ne devraient pas être révélés.

Il s’agit tout simplement d’orgueil non combattu, non réprimé, qui affecte même les actes d’humilité et de pénitence. Dom Guéranger, dans le commentaire sur ce dimanche, précise que celle-ci « demande à l’homme qui veut servir Dieu, et non se plaire à lui-même dans la vertu, une surveillance des plus actives ».

Il faut donc surveiller ce que l’on dit ; et si des personnes viennent à relever les œuvres extérieures que vous accomplissez, mes bien chers frères, sachez, et faites-le bien comprendre, que ce sont des dons et des capacités que Dieu accorde ; qu’il faut donc le remercier et mettre tous ces dons, ces talents, au service de Dieu et pour la plus grande gloire de Dieu.

Mais, mes bien chers frères, combien cette vaine gloire est malheureusement courante ! Elle se rencontre aussi dans le clergé séculier, comme régulier, au sein des communautés religieuses. Par conséquent le clerc, le religieux, la religieuse, tout comme le fidèle qui en est atteint et qui ne réprime pas cette vaine gloire, ne tire évidemment aucun profit de ses mérites.

Nous devons donc bien comprendre que toutes les mortifications du corps et de l’âme, de l’esprit, les pénitences comme je vous le disais dimanche dernier, doivent avoir uniquement pour principe la véritable humiliation, celle de l’âme devant sa misère.

C’est pourquoi, prenez bien garde à cette vaine gloire, mes bien chers frères. Et ce serait encore plus nuisible à votre vie spirituelle, de feindre d’être vertueux au point de tromper l’entourage et de se voir louer des hommes.

Je cite déjà depuis plusieurs années le cas de cet homme renommé pour sa doctrine et son savoir, un célèbre docteur de l’Université de Paris au XI°siècle, Raymond Diocrès. Cet homme vint à mourir et comme l’on portait le cercueil à l’église, le mort redressa la tête et cria d’une voix forte : « Je comparais devant le juste tribunal de Dieu ! ». Puis il reposa la tête. On n’osa plus toucher au cercueil jusqu’au lendemain. Au matin, il fut de nouveau question de le transporter dans l’église. Mais le mort leva la tête et s’écria d’une voix terrible : « Je suis jugé par le juste tribunal de Dieu ! ». Le troisième jour, toute la ville était donc rassemblée pour porter le cercueil, quand le mort se souleva une dernière fois et poussa un cri encore plus terrifiant : « Je suis condamné par le juste tribunal de Dieu ! ». L’on dit alors que tous furent saisis de crainte en entendant la sentence d’un homme qui brillait parmi tous les autres…

Et puis, mes bien frères, il y a bien sûr des passages dans L’imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ, dans Le combat spirituel du Père Scupoli, dans les méditations du Père du Pont. Dans une des ses méditations celui-ci dit fort justement : tant d’œuvres saintes en apparence et abominables en réalité, parce qu’elles ont été infectées par cette vaine gloire.

Voilà donc deux citations, et si des personnes prennent cela pour elles-mêmes, eh bien alors qu’elles réfléchissent sérieusement sur ce qu’elles font, sur ce qu’elles disent, sur ce qu’elles écrivent. Je pense particulièrement aux panégyriques sur les défunts.

Les panégyriques d’une manière générale sont redoutables, mes bien chers frères, car bien souvent ils servent de louanges, au grand dam de la recommandation des âmes à Dieu, de cette nécessité de prier pour le repos de l’âme des défunts et de faire célébrer des messes à cette intention, comme l’Eglise nous le recommande. Par conséquent que l’on prenne bien garde sur ce qui est dit des défunts.

Et puis soyez toujours sur vos réserves quant aux louangés et aux louangeurs afin de ne pas être infectés par le venin de cette vaine gloire. Craignez surtout les louangeurs parce qu’ils réussissent plus facilement à faire adopter leurs idées. Ce sont généralement des personnes qui sauront autant vous louanger que vous critiquer si vous ne correspondez pas ou plus à leurs idées.

Après ces explications et ces exemples, puisqu’après l’Epître, l’Église livre à notre méditation le passage de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, retenons également, comme l’expliquent les Pères de l’Église, que cette mère désolée qui suit en pleurs le cortège funèbre de son fils, c’est l’Église. Dom Guéranger dit qu’ « il nous appartient de compatir aux angoisses de l’Église, et d’aider en tout, les démarches de son zèle pour sauver nos frères ».

Pour cela je pense tout particulièrement à l’affirmation de la doctrine sans diminution des vérités. Dimanche dernier je vous ai dit qu’à cause de l’attachement à soi-même, de la crainte d’être déconsidéré, et par fausse prudence, l’on manquait à la charité de la vérité. Par exemple en ne tirant pas les conclusions nécessaires, dans l’étude de la théologie sacramentelle, sur la messe, sur la nouvelle messe, sur les sacres épiscopaux, nouveaux sacres épiscopaux, sur l’infaillibilité de l’Eglise qui nous fait pourtant conclure à l’illégitimité de ces personnages conciliaires. Pour toutes ces raisons, il y a vraiment cette diminution des vérités de la foi avec toutes ses conséquences sur les âmes, alors que c’est au contraire l’affirmation de toute la doctrine, des dogmes, comme le Magistère les a toujours compris et enseignés qui devrait se faire.

Dom Guéranger, dans son ouvrage Le sens chrétien de l’histoire, dit bien : « Aujourd’hui plus que jamais, qu’on le comprenne bien, la société à besoin de doctrine forte et conséquente avec elle-même. Au milieu de la dissolution générale des idées, l’assertion seule, une assertion ferme, nourrie, sans alliage, pourra se faire accepter. Les transactions deviennent de plus en plus stériles et chacune d’elles emporte un lambeau de vérité. (…) Montrez-vous donc, écrit-il plus loin, à cette société, à elle, tel que vous êtes au fond, catholique convaincu. Elle aura peur de vous peut-être quelques temps ; mais soyez-en sûr, elle vous reviendra ».

Voilà donc, mes bien chers frères, dans cette dissolution générale des idées, de la morale catholique, dans le libéralisme et le modernisme actuels, ce qu’il faut faire et maintenir, et Notre Seigneur a promis de pourvoir toujours à nos besoins si nous cherchions premièrement son Royaume et sa justice.

Montrons-nous donc confiants dans sa Providence. Et que nos actes vertueux soient donc sans mélange de vaine gloire, accomplissant en tout, et tout pour la plus grande gloire de Dieu, et que Notre Seigneur règne vraiment dans nos cœurs ; c’est ainsi que nous pourrons également donner l’occasion à notre prochain d’être vertueux, que nous pourrons l’aider à gagner le Ciel. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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