Sermon du 14ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, au douzième dimanche après la Pentecôte, nous avions le rappel du combat que tout baptisé doit livrer contre les ennemis invisibles et visibles de nos âmes. Ce matin, avec le passage de l’Épître de l’Apôtre saint Paul aux Galates, l’Eglise nous indique le combat que nous devons livrer contre le démon, contre l’esprit du monde, et contre la chair ; trois ennemis qui demandent une vigilance toute particulière ainsi que des précautions afin d’en être vainqueurs.

Dom Guéranger fait cette remarque à propos du combat contre la chair : « N’eussions-nous aucune faute à expier, dit-il, la plus élémentaire sagesse nous dicterait encore, contre cette persévérante et trop intime ennemie qu’est la chair, des mesures de répression préventive ».

Ces mesures de répression préventives, mes bien chers frères, ce sont particulièrement les actes de pénitence qui constituent ce devoir de prudence face aux feux et au retour des feux de la concupiscence. Tous les auteurs qui traitent de la conduite des âmes, professent qu’aucun homme soucieux de la perfection et de son salut ne doit se borner seulement à l’observation des règles de la simple tempérance, qui prohibe l’excès dans l’usage des jouissances de tout genre, mais qu’il faut de plus s’armer de force, c’est-à-dire se refuser de temps en temps des plaisirs permis, s’imposer des privations et faire régulièrement des sacrifices.

Faites régulièrement pénitence, mes bien chers frères, même en dehors des temps qui sont plus spécialement réservés pour cela, et évidemment ayez l’esprit de sacrifice, cet esprit de sacrifice qui est à l’opposé de l’esprit du monde.

C’est cet esprit de sacrifice qui permet également de ne pas servir deux maîtres à la fois, de ne pas avoir d’attache avec les biens de ce monde, comme Notre Seigneur  nous l’enseigne dans ce passage de l’Évangile que vous venez d’entendre. Il nous enseigne que l’on ne peut servir Dieu et l’argent, et il est donc nécessaire de mettre Dieu à la première place pour pratiquer avec la vertu d’humilité, le détachement des biens de ce monde. Dom Guéranger dit que « celui qui se reconnaît humblement l’économe de notre Père qui est aux cieux, Mammon ne le domine pas (…). Il suit la parole du Seigneur, cherchant d’abord le royaume de Dieu ; et la richesse qui passe par ses mains en bonnes œuvres ne distrait point ses pensées du ciel où est son trésor et son cœur ».

Par contre, il en est tout autrement quand la richesse, les plaisirs de ce monde, deviennent le but de l’existence, et il faut régulièrement vous interroger, mes bien chers frères, si vous n’avez pas quelques attaches aux biens de ce monde au point peut être de vous faire négliger vos fins dernières.

Dans ces attaches il y a bien sûr l’amour de l’argent qui conduit toujours plus profondément les âmes dans les filets du démon, et cet amour de l’argent, souvent accompagné du désir d’être considéré, par les hommes, de réussir dans la vie, peut même aller jusqu’au reniement de sa foi.

Combien de personnes, pour réaliser des affaires, avoir le succès, ou le développement de leurs entreprises, par exemple, s’affilient à la Franc-Maçonnerie ? Ce qui leur est demandé en contrepartie, c’est bien sûr d’abandonner la pratique religieuse.

Ces attaches sont donc des moyens par lequel les âmes se laissent entrainées et vaincre par l’esprit du monde. Ces personnes seront alors hautement considérées, elles auront, comme certains le disent, réussi dans la vie. Mais, je le rappelle, mes bien chers frères, ce n’est pas réussir dans la vie qui importe, mes bien chers frères, mais réussir sa vie. Vous le savez, les richesses, les honneurs du monde, tout cela passe, et malheureusement ces honneurs, ces richesses n’auront alors réussi qu’une seule chose chez certaines personnes : mettre en péril leur salut. Et il est bien souvent trop tard sur la fin de leur vie, pour qu’elles le comprennent et se rattrapent. Le diable qui leur a fait miroiter ces choses matérielles, est un très mauvais payeur !

Voilà donc en quoi consiste cette forme d’attachement aux richesses de ce monde et ce danger de perdre son âme. Que sert à l’homme de gagner l’univers si vient à perdre son âme ?, nous dit la sainte Ecriture.

Et puis il existe une autre forme d’attachement, mes bien chers frères, c’est celui de l’attachement à soi-même. Alors c’est l’égoïsme bien sûr, mais il y a cet attachement qui empêche d’agir comme il se doit. Pour ne pas être déconsidérés, là encore, ou tout simplement en invoquant le fallacieux prétexte de prudence, l’on ne prend pas les bonnes résolutions.

C’est ce qui se passe depuis plus de 50 ans pour la fausse majorité traditionnelle. S’il y a eu, mes bien chers frères, de nombreuses réactions au concile, aux réformes de ce conciliabule Vatican II, il faut reconnaître aussi que c’est cet attachement, avec ce fallacieux prétexte de prudence, qui a fait que ceux qui dénonçaient toutes ces réformes, n’ont cependant pas dit ce qu’il fallait dire. Sous prétexte de ne pas heurter certaines consciences, les choses n’ont pas été dites comme il se devait ou l’on n’a pas dit ce qui devait être dit.

Je l’explique souvent, même Mgr Lefebvre n’a pas dit ce qu’il fallait dire. Au sermon des sacres épiscopaux le 30 juin 1988 particulièrement. Il craignait pour son œuvre, il craignait de perdre certainement encore plus de prêtres et de séminaristes. Dans son sermon, il n’a pas dit la phrase qui aurait totalement justifié la nécessité des sacres épiscopaux. Une phrase du genre : « Parce que nous considérons ces autorités comme illégitimes… ».

Mais parce que cela n’a pas été dit, voyez aujourd’hui toutes les conséquences ! La FSSPX maintient toujours les âmes dans une position qui n’est pas catholique, alors que cette phrase, sous une forme ou sous une autre, engendrant peut être plus de départ de séminaristes et de fidèles, aurait été vraiment une manifestation de la charité de la vérité envers tous ceux qui se réclament à juste titre de la tradition. Les libéraux qui n’auraient pas supporté, seraient partis, mais les autres, bien des clercs et des fidèles, auraient suivi et seraient maintenant avec les nouvelles générations, dans une véritable position catholique face à tout ce monde conciliaire.

Alors que ces différentes formes d’attachement, attachement aux richesses de ce monde, aux plaisirs et aux réjouissances de ce monde, à l’argent, à Mammon, et cet attachement à soi-même, comme nous venons de le voir, vous fassent comprendre, mes bien chers frères, cette nécessité de mener réellement le combat contre le démon, contre l’esprit du monde, et contre la chair.

Faisons donc tous pénitence dans cet esprit de sacrifice. C’est le rappel de la très sainte Vierge Marie à La Salette, à Lourdes où elle dit l’essentiel : « Prière et pénitence ». Ce n’est pas long ! Et puis à Fatima également. Pour ne pas écouter les avertissements et ne par faire pénitence, pour ne pas avoir ou avoir perdu cet esprit de pénitence, de sacrifice, voyez comment le monde court toujours plus profondément à sa perte.

Même parmi ceux qui ont compris le combat, mes bien chers frères, certains ne s’interrogent pas sur ce qui fait perdre tous leurs efforts, et dans ces conditions les pénitences ne peuvent évidemment pas porter leurs fruits et il ne peut y avoir de progression dans la vertu d’humilité. Exemple : cette personne qui est passée à deux doigts de la mort mais qui dès sa sortie de l’hôpital reprend son clavier d’ordinateur pour critiquer son prochain. Il est donc évident que dans ces conditions les sacrifices ne peuvent pas porter leurs fruits et qu’il n’y a pas de progression dans les vertus, surtout pas dans celle d’humilité, car cette personne ne supporte même pas une simple contradiction. Le Père Scupoli explique fort bien cela lorsqu’il traite des artifices dont se sert le malin esprit pour nous faire quitter le chemin de la vertu. C’est l’objet du chapitre 31ème de son ouvrage Le combat spirituel.

Alors, mes bien chers frères, menons donc réellement ce combat spirituel, contre le démon, contre l’esprit du monde, et contre la chair, cherchant premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et Notre Seigneur nous le dit, tout le reste nous sera donné comme par surcroît.

Demandons véritablement ces grâces nécessaires pour mener ce combat. Demandons-les à Notre Seigneur Jésus-Christ, bien sûr par l’intercession de sa très sainte Mère, la très sainte Vierge Marie, Médiatrice de toute grâce. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

Publicités
Cet article a été publié dans Sermons. Ajoutez ce permalien à vos favoris.