Sermon du 13ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, en ce treizième dimanche après la Pentecôte, avec l’Epître de l’Apôtre saint Paul aux Galates, l’Eglise nous rappelle les promesses faites à Abraham. L’âge et la stérilité de l’épouse d’Abraham, Sara, lui enlevaient tout espoir naturel de postérité. Mais Dieu lui faisant regarder le ciel et compter, s’il le pouvait, les étoiles, lui dit que sa descendance en serait aussi nombreuse. Abraham crut en Dieu et en cette bénédiction. A propos de cette bénédiction, Dom Guéranger dit que « c’était l’Esprit d’adoption des enfants descendu dans nos cœurs, pour faire de tous, les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ ». Et cette adoption se fait donc désormais par le Baptême.

Après ces explications, regardons maintenant la guérison des dix lépreux. Notre Seigneur guérit les dix lépreux après leur avoir dit d’aller se montrer aux prêtres. Notre Seigneur donne ici l’exemple du respect dû à la loi (ancienne) non encore abrogée, mais nous avons aussi l’annonce du sacerdoce catholique dont les jugements n’ont plus alors pour objet de constater l’état des corps, mais d’enlever, par l’absolution, la lèpre des âmes.

Le pardon des péchés nous est donc accordé par l’absolution que nous donne le prêtre lorsque nous nous confessons. C’est l’application des mérites que Notre Seigneur a acquis par sa passion, par sa croix, par sa mort sur la croix. Et dans l’Ancien Testament, les rites de la constatation de la guérison d’un lépreux en étaient la figure. En effet, la loi prescrivait l’offrande de deux passereaux dont le premier est expiatoire. Dom Guéranger explique que « son sang versé sur les eaux vives, délivre par le bois l’autre passereau son semblable (…). Son immolation sur la croix (deux pièces de bois) qui donne à l’eau la vertu de laver les âmes, communique aux autres passereaux ses frères la pureté du sang divin ». Ce rite sacré pour la purification des lépreux guéris, préfigurait donc la Rédemption de Notre Seigneur et par la même le pouvoir que Notre Seigneur accorde au sacerdoce de la loi nouvelle, au sacerdoce catholique, avec l’absolution des péchés.

Ces explications nous conduisent donc, mes bien chers frères, à réfléchir sur la confession des péchés, et pour cela il faut prendre conscience de deux dispositions nécessaires pour recevoir l’absolution. D’une part, la nécessité d’être instruit sur les vérités religieuses et morales, et d’autre part, la contrition.

Nous voyons dans les sermons du saint Curé d’Ars, l’insistance de saint Jean-Marie Vianney sur la nécessité d’avoir la connaissance ainsi que la compréhension des vérités religieuses et morales. Et puis, au sujet de la contrition, se référant au Concile de Trente, il précise bien que le confesseur se doit de différer l’absolution lorsque le pénitent ne manifeste aucun désir et aucune volonté d’éloigner l’occasion de pécher, et de ne donner alors l’absolution qu’à ceux en qui l’on voit la cessation du péché, la haine et la détestation du passé, la résolution et le commencement d’une vie nouvelle. « Qu’il est malheureux pour un prêtre et pour le pénitent, s’exclame-t-il, si le prêtre lui donne l’absolution lorsque le pénitent ne la mérite pas ! (…). Hélas ! Que le nombre de ces gens est grand, puisqu’il y en a si peu qui quittent le péché après avoir reçu l’absolution, et changent de vie ! »

L’on doit donc, mes bien chers frères, s’interroger sur la contrition ainsi que sur la façon dont on tient les résolutions, puisque nous affirmons dans l’acte de contrition, prendre la ferme résolution, avec le secours de la sainte grâce de Dieu, de ne plus l’offenser, d’en éviter les occasions, et de faire pénitence.

Aujourd’hui, les occasions d’offenser le bon Dieu sont démultipliées par les instruments de communications ainsi que par les moyens informatiques. Et tout réside évidemment dans la façon dont on les emploie ! Mais en ce qui concerne les occasions d’offenser Notre Seigneur, il est certain, mes bien frères, que vous devez être beaucoup plus prudent que du temps du saint Curé d’Ars où tout cela n’existait pas ! Malheureusement certains ne veulent vraiment pas se rendre compte qu’ils se damnent en employant ces instruments, en étant par exemple continuellement sur la toile ! Je préciserais même, en s’occupant continuellement de son site internet. Celui qui m’entendra, comprendra, ou ceux qui m’entendront, comprendront. Car il y a forcément des médisances, voire des calomnies qu’il faudra tôt ou tard réparer. C’est grave car ce n’est pas deux ou trois personnes qui entendent ou qui lisent ces médisances, ces calomnies, cela peut être des milliers puisque cela est écrit !

Mais pensez, mes bien chers frères, que nous serons jugés, et même sur le bien que nous aurions du faire et sur les conséquences de ne pas l’avoir fait ! Alors que va-t-il en être pour ces personnes qui pèchent sur internet, contre la vertu de justice, qui causent du tort au prochain, qui font des atteintes à leur prochain, qui ne réparent pas ce tort causé ou qui répandent des erreurs ?

Il faut lire, au huitième dimanche après la pentecôte, comment le saint curé d’Ars dans son sermon, parle très précisément de l’examen de notre vie au jugement particulier. Cet examen porte évidemment sur tout le bien et le mal que nous aurons fait, mais je reprends le passage du sermon ou le saint curé d’Ars précise que cet examen portera également sur le bien que nous aurions pu faire.

« Jésus-Christ, dit-il, remettra devant les yeux du pécheur toutes les prières qu’il n’a pas faites et qu’il aurait pu faire, tous les sacrements qu’il aurait pu recevoir pendant sa vie. Combien de fois, de plus, il aurait pu recevoir son Corps et son Sang, s’il avait voulu mener une vie plus sainte. Jésus-Christ lui demandera même compte de toutes les fois qu’il a eu la pensée de faire quelques bonnes actions et qu’il ne les a pas faites. Que de prières, que de saintes messes ! Que de confessions, que de pénitences ! Que de devoirs de charité il aurait pu faire au prochain ! (…) Hélas que de bonnes œuvres manquées, sur lesquelles nous subirons un jugement ! Jésus-Christ demandera même compte de tout le bien que les bons exemples auraient pu faire aux autres !  (…)».

Alors, mes bien chers frères, que cette exhortation vous aide à réfléchir à toutes vos pensées, à toutes vos actions, à toutes vos paroles et à vos écrits, si vous êtes dans la nécessité d’en faire, ainsi qu’à toutes vos omissions, et que ces explications vous aident dans vos confessions, dans vos confessions futures, vous fassent comprendre qu’il est nécessaire de réunir toutes ces conditions pour recevoir l’absolution des péchés.

Mettez-vous toujours alors sous la protection de la très sainte Vierge Marie pour la préparation de vos confessions, et demandez-lui sa maternelle assistance pour lutter contre les péchés, en éviter les occasions et faire pénitence, comme nous le disons dans l’acte de contrition.

Et qu’il en soit de même dans la confession de la vraie foi ! Ces dimanches passés, je vous ai parlé du mutisme spirituel dans la confession de la vraie foi, et puis des manquements à la charité de la vérité. Les conséquences des erreurs sur l’infaillibilité de l’Eglise, vous le savez bien, sont graves et demandent réparation. Avec ce passage du sermon du saint Curé d’Ars que je viens de vous citer, que ceux qui ont atteint à la réputation du prochain, prennent donc conscience, j’insiste, sur ce nécessaire devoir de réparation!

Alors, comme le dit le saint curé d’Ars, en remède à tous nos péchés, devant la considération de ce jugement particulier à l’heure de notre mort, rentrons-en nous même, pensons sérieusement que nous n’avons encore rien fait qui puisse nous donner espérance pour ce moment, et d’avoir une grande douleur de nos péchés (…).

Priez la très sainte Vierge Marie, mes bien chers frères, afin que ce soit Elle qui préside donc à la préparation de vos confessions. Elle exprime dans le Magnificat ses connaissances de la sainte Ecriture, puisqu’elle parle de cette promesse de Dieu faite à Abraham et à sa descendance que l’Eglise nous rappelle ce matin et puisque nous sommes de cette postérité promise à Abraham et à sa descendance, et semini ejus, c’est à dire les héritiers de Dieu et les cohéritiers du Christ, pour reprendre les termes de l’Apôtre saint Paul, par le saint Baptême, prions-la pour nos confessions futures ainsi que pour la confession de la vraie foi, mes bien chers frères, ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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