Sermon du 12ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, en ce dimanche, c’est la grandeur et la gloire du Nouveau Testament par rapport à l’Ancien que l’Église souligne.

En effet, dans l’Epître, saint Paul parle du ministère de mort gravé en lettres sur la pierre. Il dit que si le ministère de la condamnation est entouré de gloire, le ministère qui justifie, en aura bien davantage. Cette gloire, ce rayonnement divin qui jadis s’échappait du front de Moïse, c’est désormais celle de Notre Seigneur qu’il nous communique par les canaux de l’Église. Et puis, comme le précise Dom Guéranger, si ces canaux nous arrivent dans des proportions différentes, la différence ne vient pas de la nature diverse de ce rayonnement et de cette vie de la grâce pour les uns ou les autres, mais que chaque membre de l’Eglise est appelé à se faire à lui-même son degré de capacité pour la gloire.

Ces propos nous rappellent donc que pour mériter ce degré de gloire, il nous faut aimer Dieu et son prochain, selon la foi catholique, selon la nouvelle promulgation de Notre Seigneur du grand commandement qui renferme alors toute la Loi et les Prophètes.

Dom Guéranger dit très exactement : « C’est appuyé sur les données sublimes de la foi, éclairé par elle, que l’homme peut et doit, ici-bas, aimer le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et de tout son esprit, et le prochain comme lui-même ».

Ainsi, puisque c’est appuyé sur les données de la foi que nous mettons en œuvre la charité, considérons alors le combat que nous avons à mener tout particulièrement aujourd’hui. Je vous en ai parlé hier, dans l’évocation à Notre-Dame, Gloire de l’Eglise militante.

Tout d’abord il nous faut une considération générale : il y aura toujours des pusillanime et des libéraux qui s’offusqueront de ce qui est dit dans ce combat et de la manière dont cela est dit. Beaucoup s’imaginent en effet que citer les fauteurs d’erreurs, est un manquement à la charité.

Or, Léon XIII dit bien qu’il est nécessaire d’arracher le masque aux ennemis de l’Eglise. Ainsi démasqués l’on peut donc empêcher les âmes de prêter attention et suivre ces fauteurs d’erreurs et leurs enseignements. Saint Thomas d’Aquin explique bien qu’il faut « d’abord empêcher ceux qui enseignent l’erreur, ensuite empêcher le peuple de prêter attention à ceux qui enseignent l’erreur ». Alors c’est bien de dénoncer l’apostasie mais il faut dénoncer les apostats. C’est bien de dénoncer l’hérésie, mais il faut désigner l’hérétique.

J’attire donc votre attention sur ce point, mes bien chers frères, sans oublier que ce combat de l’Eglise militante, est une lutte, comme le dit l’Apôtre saint Paul aux Éphésiens, « contre les principautés et les puissances (infernales), contre les gouverneurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les airs ». Il s’agit donc d’un combat contre les ennemis invisibles de nos âmes, mais aussi d’un combat contre les ennemis visibles de nos âmes qui servent alors d’instruments à ces ennemis invisibles.

Après cette considération, regardons maintenant le principe que tout polémiste catholique (la polémique ce n’est pas péjoratif, les Pères de l’Eglise ont des écrits polémiques), donc le principe doit observer dans ce combat. Dans son ouvrage Le sens chrétien de l’histoire, Dom Guéranger dit que « le chrétien juge les faits, les hommes, les institutions au point de vue de l’Église ; il n’est pas libre de juger autrement, et c’est là ce qui fait sa force (…) ».

Alors aujourd’hui, nous le constatons bien, c’est le manque de rigueur et de connaissances religieuses, ou les erreurs dans la doctrine qui empêche de juger objectivement les faits.

Un cas très concret, vous le savez bien, à vu le jour, pour nous ici, il y a un an, à propos du dogme en dehors de l’Eglise point de salut. Et la polémique a bien comme origine le manque de rigueur et les erreurs en matière d’infaillibilité de l’Eglise. En écoutant ou en lisant ceux qui traitent de ce sujet, nous le faisons encore tout récemment, l’on découvre combien ils sont dans l’erreur, tout particulièrement en ne faisant pas correctement la distinction entre documents infaillibles et documents faillibles.

Je reprends ce que dit Dom Guéranger : « le chrétien juge les faits, les hommes, les institutions au point de vue de l’Église » ; donc dans la polémique, il faut juger selon le Magistère de l’Eglise.

Alors dans ces conditions, il est aisé de remarquer pour ceux qui sont dans les erreurs sur l’infaillibilité de l’Eglise, que tout est faussé dès le départ, dès le départ, au grand dam de la vérité et donc au grand dam de la charité. Inutile maintenant de revenir et de revenir sur les commentaires qui ont été fait, c’est le manquement à la vérité et forcément le manquement à la charité.

Alors qu’au contraire, mes bien chers frères, lorsque l’on est bien appuyé sur les données de la foi, éclairé par elle, que l’on juge au point de vue de l’Eglise, de son Magistère infaillible, on peut alors en toute quiétude, en toute quiétude, reprendre, exhorter, à temps et à contre temps, dans le souci d’enseigner, comme le dit si bien l’Apôtre saint Paul dans la seconde Epître à Timothée, car le temps est bien venu où les hommes ne supportent plus la saine doctrine, ou encore selon le verset du Psaume 11ème, constater combien les vérités ont été diminuées par les enfants des hommes.

Et puis, vous remarquerez aussi que dans ce combat à mener dans la charité, dans la charité de la vérité, ce ne sont pas des questions qui ne soulèvent aucun désaccord dans l’opinion publique, comme le dit Dom Félix Sarda y Salvani dans son ouvrage « Le libéralisme est un péché », et qui n’ont rien d’hostile aux droits sacrés de la vérité, qui doivent être débattues. Et c’est bien la raison pour laquelle je vous parle souvent des faits religieux précis, que je dénonce les fauteurs d’erreurs, et que je vous souligne régulièrement qu’il ne faut rien avoir de commun avec eux, tout particulièrement avec les libéraux conciliaires et même avec les libéraux de la fausse majorité traditionnelle. Pour bien vous le faire comprendre je vous cite encore Dom Sarda y Salvani : « L’équilibre que donne le libéralisme, dit-il, soit à l’esprit humain soit à l’ordre civil, est un équilibre instable ; il les place sur un plan incliné où ils glisseront peu à peu (ces libéraux) ». Et il ajoute : « Cette pente est fatale ; on ne s’y arrête que si on la quitte résolument pour rentrer dans l’esprit catholique ».

Nous avons donc ici, mes bien chers frères, le cas de la fausse majorité traditionnelle, qui, malheureusement, teintée de libéralisme, ne serait-ce qu’en ses supérieurs, se trouve sur ce plan incliné où nous la voyons glisser peu à peu, insensiblement. Cette pente est fatale, et les quelques prêtres ne s’y arrêtent que parce qu’ils l’ont quittée pour rentrer dans le véritable esprit catholique, dans la position catholique.

Voilà donc, mes bien chers frères, à partir de ce commentaire de Dom Guéranger ce que je voulais vous dire du combat que nous devons mener dans la charité, et particulièrement dans la charité de la vérité. Et l’application pratique que l’on peut faire ce matin, à partir de la parabole du bon samaritain, c’est que tous ceux qui refusent de mener ce combat, ou qui ne mènent pas ce combat selon ce principe, manquent à la charité de la vérité. Ils laissent nos contemporains, nos proches, notre prochain sur le chemin, à demi mort, à demi vivant, semi vivus, parce que sans affirmation des vérités de la foi, des dogmes de la foi compris selon le magistère de l’Eglise, on laisse nos contemporains sans les secours de Notre Seigneur Jésus-Christ pour le salut des âmes.

Au contraire, et comme la parabole nous l’indique ce matin, qu’importe ce que nous coûte cette affirmation correcte de la foi ; je pense particulièrement à ceux qui font défection aujourd’hui, à cause de cette affirmation correcte des dogmes, car ce que nous faisons ici bas n’est pas dans le but d’attendre une récompense des hommes, mais la récompense de Notre Seigneur, qui est alors le bonheur éternel.

L’oraison collecte nous signalant le fait que les fidèles doivent servir Dieu comme il convient, servir Dieu comme il convient, me permet donc de conclure que puisque nous savons désormais en quoi consistent nos exercices de piété, nos efforts de sanctification personnelle, en quoi consiste le combat de la foi, que Notre Seigneur nous accorde de poursuivre tous ces exercices, ce combat, dans la charité de la vérité. Et puisque qu’il y a une grâce toute spéciale attachée à la confession pleine et entière de la foi, mes bien frères, demandons cette grâce par la médiation de la très sainte Vierge Marie, que l’on peut alors invoquer sous les termes de Virgo fidelis, Vierge fidèle, Vierge de la foi, fidèle dans la foi. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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