Sermon du 11ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, en ce dimanche, l’Église continue de nous recommander la vertu d’humilité. Avec ce passage de l’Epître aux Corinthiens dans lequel l’Apôtre saint Paul dit qu’il est le moindre des Apôtres, qu’il n’est pas digne d’être appelé apôtre, parce qu’il a persécuté l’Église de Dieu, et plus loin il dit : « mais c’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, et sa grâce n’a point été stérile en moi ».

Comme je vous le rappelais dimanche dernier, nous voyons donc comment cette vertu d’humilité nous maintient dans un abaissement de nous-mêmes, tout particulièrement grâce à la considération de nos péchés. Dom Guéranger le souligne dans son commentaire sur ce dimanche : « A mesure que le pécheur vit avec Dieu, d’une union plus étroite, dit-il, et qu’il s’élève par la contemplation dans la lumière et l’amour, la divine charité (…) se fait un aliment du souvenir même de ses fautes ».

Saint Pierre a regretté, a pleuré abondamment et continuellement son triple reniement. Le souvenir de nos fautes est donc un moyen de progresser dans l’union à Notre Seigneur.

Voilà donc ce que l’on peut dire sur ce passage de l’Epître aux Corinthiens, et puis, comme l’ennemi de l’humilité c’est l’orgueil, l’Église nous le fait considérer dans l’Evangile avec ce récit de la guérison du sourd muet, car l’orgueil, mes bien chers frères, est la cause de la surdité et du mutisme spirituels.

L’Eglise a toujours vu dans cet homme sourd-muet le genre humain lui-même, que la ruse perfide du démon a privé du paradis et rendu esclave. Il nous faut donc comprendre comment certaines âmes se trouvent réduites à cet état de surdité et de mutisme spirituels.

Comme beaucoup de baptisés en sont malheureusement victimes, tout spécialement pour la confession des péchés, je vais vous faire considérer cette surdité et ce mutisme ainsi que leurs conséquences en vous rappelant ce passage de l’un des sermons du saint Curé d’Ars. Il dit que « les uns sont sourds à la voix de leur conscience qui les presse de déclarer leurs péchés, les autres sont muets, quand il faut les accuser ils se taisent, et par là profanent les sacrements ». Et vous vous souvenez que le saint Curé d’Ars, que nous fêtons aujourd’hui même, cite un de ces cas qui s’est trouvé dans le ministère du [bienheureux] jésuite Jean d’Avila : celui d’une femme qui n’ayant accusé que ses péchés véniels, fut serrée à la gorge par le démon et mourut sans avoir accusé son péché grave, alors qu’elle aurait dû commencer par celui-ci.

Après sa mort, apparaissant donc à Jean d’Avila, celui-ci lui demanda quelle était la plus grande de ses peines en enfer : « C’est de voir, lui répondit-elle, que j’aurais pu me sauver en avouant mon péché, aussi facilement que je viens de vous le dire, sans que j’en tire (maintenant) aucun fruit ». La plus grande peine pour elle en enfer. Donc je répète : « C’est de voir, lui répondit-elle, que j’aurais pu me sauver en avouant mon péché, aussi facilement que je viens de vous le dire, sans que j’en tire (maintenant) aucun fruit ».

Après cet exemple, le saint Curé d’Ars insiste donc sur l’orgueil, cause de ce terrible mutisme et sur la façon dont le démon s’y prend pour lier le pécheur : « Il représente le péché comme bien peu de chose, explique-t-il, il fait croire que la confession en sera facile. Mais quand le péché est commis, il fait tout le contraire. Il nous le représente comme une montagne, il nous en donne tant d’horreur que nous n’en avons plus la force de nous en confesser ».

Comprenez alors, mes bien chers frères, toute l’importance à bien confesser tous vos péchés pour ne pas manquer votre salut. Ne dites pas surtout pas : « je me confesserai de certains péchés plus tard ». Le Père Scupoli dans son ouvrage Le combat spirituel dit bien « que ceux qui reconnaissent le mauvais état de leur conscience et qui voudraient en sortir, se laissent souvent tromper par le démon, qui s’efforce de les persuader qu’ils ont encore bien du temps à vivre, et qu’ils peuvent sûrement différer leur conversion. Il leur représente qu’avant toute chose il faut qu’ils terminent un tel procès, qu’ils se délivrent d’un grand embarras où ils sont, et que sans cela il est impossible qu’ils s’adonnent entièrement à la vie spirituelle, et qu’ils en exercent paisiblement les fonctions ». « C’est un piège, remarque-t-il, où beaucoup de gens se sont laissé prendre, et où plusieurs se trouvent pris tous les jours (…) ». « Que chacun donc, poursuit-il, au lieu de dire : demain, demain, dise : aujourd’hui, dès à présent ».

Voila, mes bien chers frères, comment le démon s’y prend pour le mutisme dans la confession des péchés ; comment le démon se sert de l’orgueil, cause de ce mutisme dans les confessions, et puis également, comment, avec les méfaits de la secte conciliaire, il fait croire aux âmes qu’elles sont tranquilles avec leurs consciences, car aujourd’hui, vous le savez bien, bien rares sont les personnes qui se confessent et reçoivent le sacrement de l’Extrême Onction. Cette fausse tranquillité de l’âme se rencontre bien sûr dans les maisons de retraite, de personnes âgées, parce que le sacrement des malades, comme il leur est dit, est donné collectivement et d’une façon invalide, et qu’il n’y a pas confession des péchés.

Le démon se joue de tout cela, et il sait que les péchés qu’ils soient graves ou véniels ne sont pas pardonnés, que ces âmes ne bénéficient pas des bienfaits du véritable sacrement de l’Extrême-Onction et qu’elles n’obtiennent pas ce que l’on appelle la grâce de la bonne mort.

Et puis il existe également un autre mutisme, mes bien chers frères, c’est le mutisme dans la confession de la foi. Là encore c’est l’orgueil qui fait que ceux qui devraient confesser la vraie foi ne le font pas ou bien ne la confesse pas correctement. C’est l’un des moyens qu’utilise le démon en ce qui concerne les clercs.

Ah ! mes bien chers frères, il faut fermement tenir dans la foi, ne pas se compromettre dans les vérités de la foi, et le seul moyen c’est de suivre le Magistère de l’Eglise dans son enseignement infaillible.

Oui, malheureusement trop de clercs ne confessent pas correctement la doctrine et sont encore dans l’erreur en ce qui concerne tout particulièrement l’infaillibilité de l’Eglise.

Par conséquent si les clercs n’avouent pas leurs erreurs et ne reconnaissent pas la position erronée qui en découle, ils auront bien sûr à en répondre. Et en vous rappelant ce qu’il advint à cette personne citée par le saint Curé d’Ars, pour n’avoir pas confessé son péché grave, eh bien, il arrivera quelque chose de semblable en ce qui concerne le manque de la confession de la vraie foi.

Alors que ceux-là craignent le temps qui passe, car il se peut qu’avouer leurs erreurs leur devienne impossible, tant leur obstination d’aujourd’hui leur deviendra demain un obstacle infranchissable.

Voilà donc, mes bien chers frères, comment l’orgueil est la cause de ce mutisme spirituel au niveau de la profession de la vraie foi.

Aussi, puisque l’Eglise nous met en garde sur l’orgueil, cause du mutisme spirituel, vous l’avez compris, aussi bien dans la confession des péchés que dans la vraie foi, comprenons cette nécessité de confesser correctement les péchés et confesser la vraie foi.

Pour cela ayez toujours recours à la très sainte Vierge Marie, Reine des Confesseurs, afin d’obtenir par sa médiation les grâces dont vous avez besoin pour affirmer et la saine doctrine catholique et la confession des péchés. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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