Sermon du 10ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, en ce dixième dimanche après la Pentecôte, le passage de l’Epître de l’Apôtre saint Paul aux Corinthiens nous montre combien les premiers chrétiens, les premiers membres de l’Eglise étaient riches en dons spirituels donnés par le Saint-Esprit.

Il en était ainsi au début de l’Eglise, car les premiers chrétiens devaient faire preuve de bien des vertus. Dom Guéranger, dans son commentaire sur ce dimanche, dit que c’était afin que la promulgation de l’Alliance nouvelle s’accomplisse avec autorité et dans le but également de faire prévaloir sur la corruption, la bonne odeur du Christ, vivre de sa vie comme faisaient les chrétiens, c’était révéler Dieu aux hommes en manifestant la vie même de Dieu dans une chair mortelle.

Avec le temps, ces dons spirituels sont devenus le privilège de quelques âmes, et puisqu’avec ces âmes privilégiées se joint également la question des révélations privées, il est nécessaire de connaître les règles du discernement. Ces règles sont basées sur l’autorité de l’Apôtre saint Paul, et le Cardinal Pie les rappelle dans une de ses homélies. Il faut soumettre ces révélations à l’épreuve, dit-il, et retenir ce qui est bon. C’est ce que l’Église a toujours fait, mes bien chers frères, en examinant ces révélations et en leur accordant ou non la publication.

Le cardinal Pie énonce aussi la règle qui régit les dons spirituels: « En eux-mêmes, dit-il, estimez tous ces dons comme l’œuvre du Saint-Esprit qui enrichit par eux diversement le corps social ; n’en méprisez aucun ; mais quand vous les rencontrerez, préférez comme meilleurs ceux qui vont davantage à l’édification de l’Église et des âmes ».

Voilà donc, mes bien chers frères, ce discernement indispensable sur les révélations privées et sur ces dons spirituels, car il ne faudrait surtout pas exposer nos vertus de foi, d’espérance, et de charité, à de pseudos dons spirituels et agir alors en fonction d’écrits qui ne possèdent aucune autorité.

Toutes ces règles étaient bien sûr de rigueur et observées jadis dans l’Eglise en ordre, et c’est avec ces autorisations que ces écrits constituent des aides précieuses à l’exercice de certaines vertus. C’est ce qui fait dire au Cardinal Pie que « les annales de l’Église nous montrent de siècle en siècle de grands fruits de sainteté obtenus (…), des directions très opportunes offertes au peuple chrétien par la voix des communications extraordinaires ». Voilà donc, mes bien chers frères, la règle à tenir en ce qui concerne les dons spirituels ainsi que certaines de ces communications extraordinaires.

Malheureusement, je puis vous le dire, avec plus de trente ans de ministère maintenant, que beaucoup acceptent sans discernement des révélations qui sont pourtant objectivement déconcertantes ; déconcertantes par les mièvreries qu’elles contiennent, par les erreurs théologiques, et par le fait, cela remarquez-le bien, qu’elles encensent pratiquement toujours ce pseudo magistère conciliaire.

Car le démon s’y entend bien pour maintenir une âme dans l’erreur. C’est ce qui se passe avec la libre publication de certaines revues : un bon papier glacé, de bonnes photos, quelques bons articles dans le but de faire lire l’erreur et maintenir le lecteur dans une position qui ne sera toujours pas catholique. Il est certain que le démon joue avec tous ces moyens afin que les âmes ne découvrent pas et ne parviennent pas à la vérité.

C’est pourquoi il faut, en l’absence désormais d’autorités légitimes et compétentes en cette matière, recourir beaucoup plus que d’ordinaire à la prudence et bien sûr à la vertu d’humilité.

Vous avez remarqué comment Notre Seigneur, dans la parabole de ce matin, nous fait comprendre l’importance de cette vertu. Et le manque d’humilité peut donc se retrouver tout aussi bien dans la prière, c’est le cas de la prière du pharisien, mais aussi dans certaines œuvres, mes bien chers frères, où l’on a recours à ces révélations privées.

Alors afin de pouvoir comprendre quelque peu ces explications et arriver à des applications pratiques, considérons la parabole qui nous est donnée ce matin. Tout d’abord l’attitude du pharisien ne doit pas nous tromper. En effet s’il est question d’action de grâce, le pharisien est loin de reconnaître sa condition de pécheur et il ne fait que regarder les autres, les péchés des autres. En effet que dit-il ? « Je vous rends grâces (de quoi ?) de ce que je ne suis pas comme un tel ou encore comme tel autre…Ou encore comme ce publicain ». Par manque d’humilité, le pharisien ne voit donc pas ses propres défauts et, même face à Dieu, son attitude est hautaine. Car, mes bien chers frères, c’est précisément la vertu d’humilité qui nous permet de reconnaître nos défauts, qui nous permet de rester à la place qui nous incombe, et qui nous permet donc de rapporter à Dieu seul tout ce que nous pouvons faire de bien ici bas.

Alors en ce qui concerne le domaine des révélations privées, cet orgueil humain fait malheureusement que les personnes qui sont donc imbues d’elles-mêmes, ne retiennent pas comme il se doit ces révélations éprouvées. Elles se croient au dessus de tout cela. Je pense tout particulièrement à certains clercs qui rejettent le secret de la Salette par exemple.

Mais il y a aussi d’autres personnes qui, par suffisance également, et puis par vaine gloire, rassemblent au contraire certaines révélations pour les faire correspondre obligatoirement à des opinions qui pour elles, sont pratiquement devenues des vérités de foi.

En cela elles outrepassent évidemment leur simple vocation de baptisé et tombent inévitablement dans quelques dérives. Je vous l’ai fait remarquer il y a quinze jours déjà.

Et puis, mes bien chers frères, cette suffisance de soi, fait aussi dire des tas d’absurdités sur l’infaillibilité de l’Eglise. L’on peut le constater en écoutant différentes conférences ou sermons donnés par des prêtres, pourtant traditionalistes. J’ai encore eu un exemple, des exemples évidents cette semaine.

Si bien que pour ces personnes auxquelles je viens de faire allusion, je me dis : que de lectures de l’Imitation de Notre Seigneur Jésus-Christ inutiles ! Que de lectures des Méditations du Père du Pont sans ou peu de fruits dans ce domaine de la vertu d’humilité !

Alors, un peu d’humilité, mes bien chers frères, car la parabole de Notre Seigneur nous fait comprendre que celui qui s’en retourne justifié par son attitude et sa prière, c’est bien le publicain, c’est-à-dire l’homme humble, reconnaissant sa nature de pécheur et confessant ses péchés. Il se tient dans cet abaissement qui l’empêche de s’élever.

Mes bien chers frères, que ces considérations alors, et l’on pourrait en faire bien d’autres malheureusement, nous fassent comprendre, combien la vertu d’humilité, opposée à l’orgueil, et jointe à l’obéissance à l’Église, à la véritable Eglise de Notre Seigneur, nous permettent d’être rigoureux dans l’étude de notre foi et de comprendre et de suivre comme il se doit le Magistère de l’Eglise. Ce ne sont pas les opinions privées qui priment, c’est l’enseignement du Magistère infaillible !

Oui, mes bien chers frères, faisons preuve d’humilité ! Et faisons preuve également de prudence dans le domaine des révélations privées, car je vous l’ai dit, le démon sait jouer avec ces revues actuelles afin que les âmes ne découvrent pas et ne parviennent pas à la vérité.

En ce qui concerne tout particulièrement la vertu d’humilité, regardez alors cette sainte vertu chez la très sainte Vierge Marie. Elle la possède à un degré incomparable. Elle exprime dans le Magnificat : « Dieu s’est penché sur son humble servante », et elle ajoute ce qui rejoint l’enseignement d’aujourd’hui, que l’orgueilleux est abaissé et l’humble élevé.

Alors demandons-lui, mes bien chers frères, de nous faire acquérir, ou de nous maintenir et de grandir dans la sainte vertu d’humilité, afin que conscients de notre faiblesse, cet abaissement nous fasse tout rapporter à Dieu seul, et comme le dit Dom Guéranger à propos des vertus des premiers chrétiens, que cette vertu d’humilité fasse prévaloir sur la corruption (particulièrement sur la corruption intellectuelle) la bonne odeur du Christ. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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