Sermon du 8ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, la parabole de l’intendant malhonnête que vous venez d’entendre, doit être bien comprise. Il s’agit de correspondre de notre vivant à ce que désire Notre Seigneur dans les gestions des biens qui nous sont confiés ici-bas.

Par conséquent, retenons que Lhomme riche, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ qui se réserve, avec ses droits absolus, tout ce qui nous est imparti ici-bas : les grâces, les vertus, ainsi que les talents. Tout ce dont nous disposons de par sa libéralité doit être géré et demeure soumis à des conditions qu’il nous faut respecter. Ce qui nous est donc demandé, c’est la bonne gestion de ces biens.

Cette bonne gestion est évidemment totalement différente de celle de l’insensé qui ne pense qu’aux plaisirs d’ici-bas, qui dilapide ses biens et qui troque le bonheur du ciel pour les joies éphémères de la terre. Aussi, faut-il se souvenir, qu’à la mort, au jugement particulier, que tout être humain paraît devant son créateur, et comme le dit Dom Guéranger : dans la nudité du jour de sa naissance et entend la parole du Maître : « Rendez-moi compte de votre administration ».

Cette parabole nous enseigne donc que le serviteur qui se croit maître, l’économe qui se complait à dissiper des biens dont il n’est que le dispensateur, réalisera à ce jugement toute l’erreur ou l’a conduit son orgueil. Oh, il passera peut-être pour honnête aux yeux du monde, il passera pour vertueux, les hommes se fiant bien trop aux apparences, oubliant qu’il existe une vaine gloire et que si bien des choses demeurent cachées, rien n’échappera au jugement particulier où toutes les gestions seront passées au crible. Et comme Notre Seigneur le dit dans cette parabole : si le serviteur n’a pas tenu compte des intentions de celui qui lui a confié ces richesses, il sera dépossédé.

Ainsi, comprenez bien : puisqu’au delà de la mort il n’est plus possible de réparer les torts par une administration plus conforme aux volontés de Notre Seigneur, c’est bien de son vivant qu’il faut le faire. Et c’est la leçon de cette parabole, c’est ce qu’indique Notre Seigneur : c’est la nécessité pour l’économe de réparer de son vivant la peine encourue par ses malversations. Alors pour cela il va imiter l’habileté, uniquement l’habilité, de l’économe infidèle.

Dom Guéranger l’explique : « parce que, dit-il, en disposant ainsi pour les serviteurs de Dieu des richesses mises entre ses mains, loin de frustrer le Seigneur de toutes choses, il ne fait que rentrer dans ses intentions ».

Voilà la signification de cette parabole, qui a effectivement besoin d’explications pour être bien comprise.

Et puis en ce dimanche, l’Église ne manque pas d’établir une relation avec le passage de l’Épître de l’Apôtre saint Paul aux Romains. L’Apôtre dit en effet : « (…) si nous sommes fils, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ ». Par conséquent, dans sa justice et sa charité, Notre Seigneur nous assure de la pleine propriété de la part éternelle, du bonheur du Ciel, pour lequel nous sommes créés, en sachant que la possession de cet héritage dépend donc de la gestion des biens qui nous est rappelée par la parabole d’aujourd’hui.

C’est ce qui me permet de dire que, dans l’ordre de la grâce bien sûr, l’Église est dépositaire de cette gestion des biens; tout particulièrement des rites liturgiques institués par Notre Seigneur. C’est pourquoi, ce que l’on peut fort bien appeler de mauvaise gestion, ce que nous constatons depuis plus de 50 ans, ne peut évidemment pas être l’œuvre de l’Eglise, l’Eglise étant infaillible dans la liturgie. Ne pouvant par conséquent nous donner aucun rite douteux et encore moins invalide, ce qui se passe depuis 50 ans, ressort donc de la gestion de cette contre-église, de la secte conciliaire.

Avec les explications qui vous ont été données, avec les documents que vous possédez, sur l’infaillibilité du Magistère, sur l’obéissance aux autorités légitimes, sur ce qu’est le Siège apostolique, vous êtes en mesure de faire la distinction entre la véritable Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ et cette contre-église conciliaire. Vous êtes en mesure par conséquent de saisir pourquoi il existe depuis 45 ans des nouveaux rituels qui, étudiés selon la théologie sacramentelle, sont invalides. Car ce sont les fruits de la secte conciliaire. Dimanche dernier, rappelez-vous, nous avions ces paroles de Notre Seigneur : un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, et un mauvais arbre ne peut donner que de mauvais fruits. Ces rituels invalides, ce nouveau rite de la messe avec les paroles de la consécration invalides, sont donc les fruits du pseudo magistère de la secte conciliaire, composé d’antichrists, de loups ravisseurs couverts de peaux de brebis.

Mais nous sommes rendus à un tel point, mes bien chers frères, que même si certains clercs connaissent évidemment et expliquent ces paroles de Notre Seigneur, ils ne s’aperçoivent plus des énormités qu’ils disent et écrivent, soit pour soutenir coûte que coûte la validité de ces nouveaux rituels, soit pour attaquer la position sédévacantiste, ou encore pour justifier et s’accommoder de leur position qui n’est point catholique.

Dom Guéranger dit dans son commentaire : « Malheur au temps dans lequel les dispensateurs de la parole sainte, ne laisseraient plus tomber sur les âmes, avec des principes diminués ou faussés, qu’une semence atrophiée ! ».

Par conséquent, plus que jamais, il est difficile à tous ceux qui soutiennent de tels propos, de revenir sur leurs opinions et sur leurs positions et, vraiment, l’on s’aperçoit que certaines erreurs ont fini par gagner les esprits dans la tradition, toutes distinctions confondues.

Et puis il y a un phénomène dont je voudrais parler juste quelques instants. Ce phénomène qui fait que certaines personnes, à force de penser ce qu’elles croient, finissent par croire ce qu’elles pensent. Ce phénomène s’apparente à du millénarisme, c’est-à-dire à une espérance de 1000 ans de paix religieuse retrouvée.

Ce phénomène découle du fait que nous sommes maintenant à 60 ans de la Révolution conciliaire et bénéficie malheureusement de ce besoin humain de trouver une issue à cette situation. Alors il y a tout d’abord le survivantisme, c’est-à-dire ceux qui se persuadent que Paul VI n’est pas mort, et qui échafaudent avec son retour, une période de paix retrouvée pour l’Eglise.

Et puis il y a une autre sorte de millénarisme, mais où il est question d’une période de 25-30 ans, sorte de millénarisme donc, particulièrement basé sur la mission de sainte Jeanne d’Arc, sur un emploi très particulier de cette mission et puis sur certaines paroles du Sacré-Cœur, le tout étant transposé en Règne du Christ Roi de France.

La personne à l’origine de cette transposition est actuellement dans une phase élevée d’auto-persuasion et puisqu’à l’origine il y a un manque de jugement, il y a forcément aujourd’hui quelques dérives dont certaines personnes à l’école de ce mentor ne s’aperçoivent pas malheureusement.

Voyez, mes bien chers frères, puisque l’enseignement de ce dimanche nous rappelle que tous nous aurons à répondre de notre vie de baptisés, combien il est nécessaire de bien rester à la place que le bon Dieu nous a assignée, car nous aurons à répondre des obligations contractées devant Dieu, ainsi que de notre devoir d’état et bien sûr de notre gestion.

Prenons bien conscience de cela, mes bien chers frères, et restons fidèles, avec une grande honnêteté dans la gestion des biens qui nous sont confiés ici-bas, car, vous l’aurez compris, c’est d’elle que dépend la mesure des récompenses éternelles.

A moi aussi, il me sera bien sûr demandé compte de ma gestion. Et vous savez combien, parce que je suis conscient des conséquences des principes diminués ou faussés, je m’efforce de souligner les positions erronées dans la fausse majorité traditionnelle. C’est pourquoi, humblement, tous nous devons nous interroger si n’il y a pas quelques dispersions des talents et des compétences, dans des œuvres inutiles, au détriment par conséquent de la nécessité qu’ont les âmes de connaître la vérité et de suivre la seule position catholique dans les évènements que nous traversons, pour assurer leur salut éternel.

Mais comme je vous le faisais remarquer dimanche dernier, il est nécessaire que la foi des bons soit éprouvée. Ces difficultés causées par l’insuffisance de ceux-là mêmes qui devraient guider et soutenir les fidèles, sont donc permises pour notre propre sanctification.

Dom Guéranger, toujours dans son commentaire sur ce dimanche et à propos des dispensateurs infidèles de la parole de Dieu, nous dit que « le Saint-Esprit n’est point tenu de suppléer par lui-même à leur insuffisance, et il ne le fera pas d’ordinaire, car tel est l’ordre établi par Notre Seigneur Jésus-Christ pour la sanctification des membres de son Église ».

Par conséquent, mes bien chers frères, que chacun considère sérieusement, l’enseignement de cette parabole : « Rendez-moi compte de votre administration », et s’examine sur la fidélité ou non de la gestion de biens dans l’ordre de la grâce. Car c’est en fonction de celle-ci, vous l’aurez compris, que sera marquée la mesure des récompenses qui nous attendent.

Demandons alors à Notre Seigneur Jésus-Christ les grâces nécessaires pour mener une vie véritablement en règle avec tous les devoirs qui nous sont imposés par notre état.

L’Église ayant cette intention dans l’Oraison Collecte : « Puisque, sans Vous, nous ne pouvons pas même exister, rendez nous capables de régler sur vous notre vie (…) », demandons alors cette grâce par l’intermédiaire de la Très sainte Vierge Marie : que notre vie soit réglée sur celle de son divin Fils, pour le salut de notre âme. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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