Sermon du 6ème dimanche après la Pentecôte – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, à quelques jours de la Fête des saints Apôtres Pierre et Paul, lundi dernier, je voudrais vous parler quelques instants, et du martyre de saint Pierre et de saint Paul, et du Siège apostolique.

1/ Tout d’abord quelques mots sur le martyre des saints apôtres Pierre Paul : Notre Seigneur avait annoncé à saint Pierre son martyre : « Lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains : un autre alors te ceindra, et te conduira là où tu ne veux pas ». C’est donc à Rome, comme le dit Dom Guéranger, que l’Apôtre « pria pour la ville et pour le monde, tandis que son sang s’épanchait sur le sol romain dont il achevait la conquête (…) ».

 Et puis saint Paul fut également martyr à Rome. Il fut décapité le même jour en dehors de la ville, et Dom Guéranger explique que « plus que tout autre, Paul avait avancé par ses prédications l’édification du corps du Christ (l’Église) (…) ». Par leur martyre, saint Pierre et saint Paul ont donc fait de Rome le centre de la catholicité.

2/ Et puisque c’est à Rome que fut institué le Siège du bienheureux Pierre, je vous parlerais donc maintenant de ce qu’est le Siège apostolique.

Bien des personnes n’ont toujours pas compris, leur langage et leurs écrits le prouvent, et cela malgré plusieurs remarques, ce qu’est le Siège apostolique.

Tout d’abord il ne faut absolument pas et évidemment pas se représenter un siège, objet de mobilier, qu’il soit liturgique ou non ; car, mes bien chers frères, lorsque l’on parle du Siège apostolique, il s’agit de la charge, de la fonction exercée par saint Pierre et par ses successeurs.

Mais pour mieux comprendre encore ce que signifie le Siège apostolique, je vous explique ce que fit saint Pierre lorsqu’il assura sa succession.

Saint Pierre, en effet, afin d’avoir un successeur, pour successeur saint Clément, revêtit auparavant celui-ci du caractère épiscopal pour l’introniser dans la Chaire de vérité. Saint Pierre a ainsi laissé l’héritage des clefs apostoliques à Clément qui, évêque, a par conséquent occupé après saint Pierre, le Siège que lui-même occupait au moment de sa mort. Clément 1er a donc occupé (pour la première fois)1 le Siège apostolique du bienheureux Pierre, c’est-à-dire a reçu tout à fait légitimement la charge, la fonction qui incombe au pape, au Vicaire de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le Siège apostolique s’entend donc dans un sens général, qui veut dire « provenant des Apôtres, remontant jusqu’aux Apôtres ». C’est le même sens que nous avons dans le Credo, lorsque nous affirmons croire la sainte Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. Et le Siège apostolique s’entend aussi dans un sens strict, théologique, qui signifie alors : « contenant la grâce, les privilèges de l’apostolat ». Donc en résumé, c’est toute la fonction, la charge, qui revient légitimement aux successeurs de saint Pierre, et c’est bien en ce sens que le Siège est dit Apostolique.

Et puis, je précise également, et cette précision, vous allez le comprendre, à toute son importance aujourd’hui, que le Siège apostolique c’est la fonction qui échoit, dans une élection canoniquement valide, à celui qui est élu à l’Evêché de Rome. Ce qui fait le Pape c’est donc l’élection à l’Evêché de Rome, lequel Evêque, Evêque de Rome, résume en lui toute l’autorité de l’apostolat, la juridiction suprême et universelle, l’infaillibilité dans l’enseignement de la doctrine.

Vous comprendrez alors ici, pourquoi Apostolique est aussi synonyme d’infaillible, car le pape est infaillible, parce qu’il est l’Évêque Apostolique, l’Évêque du Siège Apostolique. Le Père Ventura dit dans un de ses sermons, que « l’Église qui professe leur doctrine (la doctrine des évêques qui se succèdent sur le Siège apostolique) qui descend légitimement d’eux, est donc celle qui professe la vraie doctrine de Jésus-Christ et qui descend de Jésus- Christ ; qui est sa fille légitime et sa fidèle épouse ».

Avec ces explications, vous aurez donc compris ce qu’est le Siège apostolique, et ce qu’est l’apostolicité sous l’angle de la foi. C’est pourquoi, avec les preuves canoniques de l’illégitimité des personnages qui ne font que tenir lieu de souverains pontifes, au yeux du monde trompé depuis plus de 50 ans, comme je vous expliqué il y a quinze jours, il faille bien dire que le Siège apostolique est vacant et admettre, uniquement afin que notre position de catholiques soit bien claire aux yeux de tous, que nous sommes, oui, sédévacantistes, parce que la fonction, la charge apostolique est vacante depuis Pie XII. Voilà donc, mes bien chers frères, le Siège apostolique et l’Apostolicité considérés sous l’angle de la foi.

Malgré bien des remarques, je vous l’ai dit, certaines personnes emploient des expressions incorrectes, démontrant par là qu’elles n’ont pas compris ce qu’est le Siège apostolique. Alors parmi celles-là, il y en a, qui, tout en reconnaissant que depuis Pie XII il n’a y à Rome que des personnages illégitimes, continuent de dire, pour ne pas être taxés de sédévacantistes, que « le Siège apostolique est occupé par des usurpateurs ». Mais vous l’aurez compris, puisqu’il n’y a pas de fonction, de charge apostolique légitimement reçue et assurée, il n’est pas question de Siège apostolique « occupé », ce qui reviendrait d’ailleurs à dire ou à affirmer une occupation materialiter, comme dans la thèse de Cassisiacum ; et il est encore moins question d’ « usurpateur ». Ces personnes parlant d’ailleurs très couramment de « papes conciliaires », ce qui entretient, non pas une certaine confusion, mes bien chers frères, mais une confusion certaine.

Alors, certes, pour un homme politique, un chef militaire, qui prend en main la destinée d’un pays, par un putsch par exemple, parler d’usurpation des pouvoirs, est un fait ; or tout cela ne peut s’appliquer au Siège apostolique puisqu’il s’agit, je pense que maintenant vous aurez compris, des privilèges canoniquement accordés aux véritables successeurs de Saint Pierre.

Voilà donc, mes bien chers frères, l’Apostolicité considérée sous l’angle de la foi. Quant à considérer apostolicité sous l’angle de l’obéissance maintenant, nous l’avons fait non pas dimanche dernier, mais il y a quinze jours, mais je voudrais tout de même vous citer en complément ce que dit Dom Guéranger dans son ouvrage De la monarchie pontificale. Selon la parole de l’Apôtre saint Paul, il dit « que l’Église enchaîne toute intelligence sous l’obéissance de la foi, et que chacun des membres doit être dans la disposition habituelle de soumettre sa raison à tout ce qu’elle enseigne, à tout ce qu’elle a enseigné, et à tout ce qu’elle enseignera dans l’ordre de la vérité révélée ». « Cette disposition n’est point facultative, remarque-t-il, elle est strictement obligatoire sous peine du salut ».

Pourquoi cela, mes bien chers frères ? Parce que la Révélation étant la règle immédiate de la foi, le Magistère de l’Église en est la règle prochaine, et l’on ne peut impunément se passer de la règle prochaine de la foi, de l’obéissance à la hiérarchie. J’insiste bien sur ce point, car la fausse majorité traditionnelle qui ne retient dans les faits que ce qui correspond à la Tradition, recourant par là, bien qu’elle s’en défende, au libre examen au détriment donc du Magistère qu’elle reconnaît comme légitime, s’est créé un devoir de désobéissance, devoir de désobéissance à des autorités qu’elle reconnaît cependant comme légitimes !

Cette position n’est évidemment pas catholique, et depuis maintenant 50 ans, elle ne veut pas admettre, avec les véritables arguments canoniques, avec la Bulle de Paul IV tout particulièrement, que le Siège apostolique est vacant.

Alors maintenant que nous venons donc de voir ce qu’est le Siège apostolique, vous êtes en mesure de comprendre également que c’est l’élection à l’évêché de Rome qui fait canoniquement le Pape. Alors s’il n’y a rien de canonique, il n’y a pas de souverain pontife légitime. Et s’il n’y a pas, si ce n’est pas un évêque qui est élu canoniquement à l’évêché de Rome cela ne peut pas faire de pape non plus. Alors qu’est-ce qui se passe depuis les réformes liturgiques, depuis l’invalidité du sacerdoce et de l’épiscopat ? Eh bien rien que pour cette raison là, vous n’avez pas de possibilité d’avoir de souverains pontifes légitimes à Rome. Bergoglio n’est même pas prêtre, donc encore moins évêque.

Donc, mes bien frères, la thèse dite de Cassisiacum, du fait que Bergoglio n’est pas prêtre, encore moins évêque, que l’abbé Ratzinger n’était que abbé et pas évêque, la thèse de Cassisiacum s’éteint dans le temps.

Alors toutes ces considérations sur l’Apostolicité du Siège de Pierre, nous font donc comprendre qu’il est impossible de reconnaître pour légitimes de tels personnages, et malheureusement, les positions auxquelles je viens de faire allusion, maintiennent la grande majorité de ceux qui ont réagi au concile Vatican II et les dernières générations maintenant, dans une position qui n’est pas catholique.

Voilà donc, mes bien chers frères, ce que vous devez savoir sur le Siège apostolique et les conclusions qu’il faut en tirer aujourd’hui.

Alors prions instamment les saints Apôtres Pierre et Paul, les saints Patrons du prieuré, je le reprécise, afin qu’ils nous gardent dans la vraie foi, qu’ils nous obtiennent du Pasteur suprême de nos âmes, Notre Seigneur Jésus-Christ, les grâces nécessaires pour rester fidèles.

Et prions-les également afin qu’ils protègent nos personnes, nos santés bien sûr, et nos biens pour le salut des âmes. Confions donc toutes ces intentions aussi à la très sainte Vierge Marie, Reine des Apôtres, Reine des Martyrs. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

: commentaires de Dom Guéranger dans son Année liturgique en la Fête des saints Apôtres Pierre et Paul (29 Juin) :

« En quelles mains passeraient les clefs que Pierre avait reçues du Christ, en signe de son pouvoir sur le troupeau tout entier ? Linus était depuis plus de dix ans l’auxiliaire de l’Apôtre au sein de la chrétienté de Rome ; l’accroissement du peuple fidèle avait amené Pierre à lui donner un collègue dans la personne de Clétus; ce n’était cependant ni sur l’un, ni sur l’autre, que devait s’arrêter le choix de l’Apôtre, en ce moment solennel, où il allait remplir l’engagement qu’il avait pris dans la lettre de ses adieux, de pourvoir à la continuation de son ministère. Clément, que la noblesse de son origine recommandait à la considération des Romains, en même temps que son zèle et sa doctrine lui méritaient l’estime des fidèles, fut celui sur lequel s’arrêta la pensée du prince des Apôtres. Dans les derniers jours qui lui restaient encore, Pierre lui imposa les mains, et l’ayant ainsi revêtu du caractère épiscopal, il l’intronisa dans sa propre Chaire, et déclara son intention de l’avoir pour successeur. Ces faits, rapportés dans le Liber pontificalis, sont confirmés par le témoignage de Tertullien et de saint Epiphane. Ainsi la qualité d’évêque de Rome entraînait celle de pasteur universel; et Pierre devait laisser l’héritage des clefs divines à celui qui occuperait après lui le siège que lui-même occupait au moment de sa mort ».

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