Sermon pour la solennité de la fête du Très Saint-Sacrement – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, nous célébrons donc aujourd’hui la solennité de cette fête du très Saint Sacrement, fête qui fut demandée par le saint Concile de Trente, en réaction à la Réforme protestante, afin de rendre tous les honneurs qui sont dus à cet admirable Sacrement. Et à cette occasion l’Eglise nous recommande bien évidemment de vous instruire sur ce Sacrement de l’Eucharistie.

C’est pourquoi je commencerai par vous rappeler les préfigurations de la sainte Eucharistie dans l’Ancien Testament, car tout y est en figure. Saint Thomas d’Aquin les fait ressortir dans la Séquence du Lauda Sion que nous venons de chanter : Quand Isaac était immolé, quand l’agneau pascal était immolé, quand la manne était donnée à nos pères.

Ce sont trois préfigurations de la sainte Eucharistie, et puis Notre Seigneur nous a bien sûr entretenus sur cet admirable Sacrement qui le contient Lui-même. C’est tout le discours sur le Pain de vie, au chapitre VI en saint Jean, dans lequel Notre Seigneur nous dit que la sainte Eucharistie n’était pas comme cette manne donnée dans le désert, mais que celui qui recevrait ce sacrement, contenant son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité, posséderait le germe de la vie éternelle en lui et qu’Il le ressusciterait au dernier jour.

Et ce sacrement de l’Eucharistie, mes bien chers frères, est vraiment le test de notre foi, et c’est la raison pour laquelle les ennemis visibles de nos âmes sont tant acharnés sur la sainte Eucharistie et la Messe.

Les Francs-Maçons on dit que lorsque les catholiques communieraient dans la main, ils auraient gagné. Eux, qui connaissent les dogmes dans le but de mieux les attaquer, ont donc réussi à faire perdre chez nos contemporains conciliaires, la foi en la présence réelle et au saint sacrifice de la messe. Tout cela s’est effectué au moyen des réformes liturgiques qui ont suivi le conciliabule Vatican II.

C’est ce que je vous explique le Jeudi saint en vous montrant comment dans la liturgie conciliaire il ne s’agit ni plus ni moins que d’un récit de la Cène, que ce n’est plus le renouvellement non sanglant du sacrifice de la croix, mais le mémorial du dernier repas du Christ comme dans les conceptions protestantes de la Cène.

Pour nous, mes bien chers frères, il est évident que nous devons retenir tout ce que le saint Concile de Trente affirmait contre ces négations et ces erreurs du protestantisme.

Ainsi pour expliquer cet admirable sacrement, retenez que comme pour tous les mystères de notre sainte religion, les raisonnements de notre esprit ne peuvent évidemment pas totalement expliquer ce mystère de la transsubstantiation, mais que c’est précisément une foi soumise qui fait que nous croyons que Notre Seigneur Jésus‑Christ est réellement présent, substantiellement présent au très Saint sacrement de l’autel. Saint Thomas d’Aquin le rappelle dans la Séquence : « Ce que tu ne comprends pas, ce que tu ne vois pas, une foi courageuse l’appuie, sans s’arrêter à l’ordre naturel ».

Sur l’autel, par conséquent, il y a bien conversion totale du pain au Corps de Notre Seigneur, et du vin au Sang de Notre Seigneur. Et ce que Notre Seigneur a voulu par cette conversion, par ce miracle de la transsubstantiation, est double. Il a voulu être immolé et puis se donner en nourriture à nos âmes, afin que nous puissions aussi nous unir plus étroitement à Lui.

1/ Il a voulu être immolé en se faisant sacrement et en acceptant le mode, les conditions et les conséquences de l’existence sacramentelle. « Oui, dit le concile de Trente, il s’immole d’une manière non sanglante ce même Christ qui s’est offert une fois d’une manière sanglante sur l’autel du calvaire ».

Le concile de Trente affirmait donc cela contre l’hérésie protestante. La Messe est donc un véritable sacrifice, car les Pères de ce saint Concile savaient bien qu’un pareil état suffirait à faire de la Messe un sacrifice véritable. C’est ce que les réformes liturgiques et les différentes pratiques conciliaires ont réussi à faire oublier.

2/ Et puis, vous le savez bien, la sainte Eucharistie, est aussi, en tant que sacrement, la nourriture de nos âmes, c’est pourquoi je voudrais encore une fois, vous faire regarder les effets de la réception de la sainte Eucharistie, non seulement pour éviter de tomber dans la routine, mais surtout pour nous permettre d’augmenter dans notre union spirituelle à Notre Seigneur ainsi que dans notre charité envers Lui et envers le prochain.

Cette union sacramentelle, Notre Seigneur a voulu qu’elle se fasse à l’aide de la matière même du sacrement de l’Eucharistie. En effet, en prenant du pain et du vin, Notre Seigneur a voulu signifier qu’il opère dans nos âmes tous les effets que produisent ces aliments dans le corps. Il y a donc cette restauration de l’âme, et puis cette restauration du corps qui reçoit ainsi le gage de sa gloire future.

C’est pourquoi, par sa présence et par la vertu de ce Sacrement, Notre Seigneur soutient, conserve, augmente en nous la vie spirituelle, nous fortifie, réjouit notre cœur, de même qu’Il modère la concupiscence. C’est le grand moyen, sans négliger la prière et la fuite des occasions de pécher, d’apaiser les passions, car l’un des effets de la communion, c’est précisément d’affaiblir les mauvais penchants.

Et puis comme notre catéchisme l’énumère, un autre effet de la réception de la sainte Eucharistie, c’est de nous être un gage, une promesse de la vie éternelle. Notre Seigneur le dit : « Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang, possède en lui la vie éternelle, et Moi je le ressusciterai au dernier jour ».

Enfin, le dernier effet de la communion, et c’est particulièrement saint Augustin qui développe cet effet, c’est que, comme le pain est fait de plusieurs grains de froment, moulus et pétris ensemble, et le vin de plusieurs grains de raisin foulés dans le pressoir, celui qui communie doit non seulement être uni à Notre Seigneur, mais être uni à quelques autres fidèles. C’est pour cette raison qu’il est appelé communion, c’est-à-dire union mutuelle de plusieurs entre eux avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors, mes bien chers frères, pour résumer cet enseignement, n’oublions pas, comme le rappelle le saint Concile de Trente, que la Messe est un véritable sacrifice, que la réception de ce Sacrement a ce but de nous unir à Notre Seigneur et d’être unis entre nous. Et puis, que nous devons nécessairement avoir ce désir d’être des victimes avec Lui. Saint Thomas après saint Augustin enseigne que le sacrifice extérieur est le signe du sacrifice intérieur par lequel chacun doit s’offrir lui-même à Dieu.

Pour toutes ces raisons nous devons avoir à la messe, comme nous le dit notre catéchisme, les mêmes sentiments que nous aurions eu au pied de la croix, avec la sainte Vierge, saint Jean, les saintes femmes. Ce qui est impossible dans les célébrations conciliaires où il n’y a plus le respect du sacré, et de toute façon où il n’y a plus la présence même de Notre Seigneur à cause de plusieurs invalidités relatives à ce Sacrement.

Ainsi, après ces considérations sur la sainte Eucharistie, mystère de notre foi, ainsi qu’après le rappel des effets de la réception de cet admirable Sacrement, puissiez-vous, mes bien chers frères, vous unir plus étroitement à Notre Seigneur et Lui manifester tous les honneurs que l’Église nous recommande aujourd’hui.

Puissions-nous également manifester à la très sainte Vierge Marie, toute notre reconnaissance, car c’est bien grâce à Notre-Dame que nous avons Notre Seigneur Jésus-Christ, réellement présent dans la sainte Eucharistie et que nous pouvons lui manifester tous les honneurs qui lui sont dus. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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