Réponse à une objection – par l’abbé Marchiset (21/11/14)

Après avoir lu mon document Conséquences d’une nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise, publié à la mi-octobre 2014, quelques lecteurs ont posé cette question : « pourquoi cette doctrine de baptême de désir n’a-t-elle jamais été condamnée depuis qu’elle se trouve dans le catéchisme du concile de Trente? ». Ces quelques pages vont donc vous permettre de trouver, sous forme de compléments à mon document, les éléments de réponses à cette question.

Rappels

Dans ce document il était démontré que cette considération théologique de ’’baptême’’ de désir ne correspondait pas aux conditions nécessaires pour ressortir des critères de la tradition et que le Magistère infaillible de l’Eglise ne l’avait jamais enseignée. Ces preuves étaient suffisantes pour comprendre que nul n’était obligé de tenir cette considération dont nous connaissons les origines : l’opinion de quelques théologiens, une interprétation erronée d’un passage de ce Concile de Trente, ainsi que de mauvaises traductions et interprétations de certains Actes du Magistère.

De plus, en signalant que des organes de la tradition en des actes ne jouissant pas de l’assistance divine qu’est l’infaillibilité, pouvaient fort bien tomber dans l’erreur et véhiculer des enseignements déficients et qu’un nombre important d’autorités pouvaient rester dans le silence, même face à des erreurs manifestes qui se répandent, et qu’en ce qui concerne le silence cela pouvait même toucher la charge pontificale, le lecteur possédait déjà des éléments de réponse à la question posée.

Malgré cela et quelques autres explications, certains restent dubitatifs, ce qui m’amène à reprendre, en premier lieu, la doctrine sur le Magistère ordinaire car parmi les éléments de réponse, il y a tout d’abord la solution doctrinale à cette question.

Mais avant de regarder celle-ci, il me semble nécessaire de revenir sur cette erreur théologique de ’’baptême’’ de désir telle que nous la trouvons dans le catéchisme du Concile de Trente.

Elle se situe dans ce passage : « Comme ils ont l’usage de la raison (les adultes), le désir et la résolution de recevoir le baptême, joints au repentir de leurs péchés, leur suffiraient pour arriver à la grâce et à la justification, si quelque accident soudain les empêchaient de se purifier dans les fonds salutaires ».

C’est donc la présentation très brève de deux conditions qui suffiraient à suppléer au baptême d’eau. Deux conditions qui découlent principalement d’une mauvaise interprétation de ce passage du chapitre 4 de la Session 6 du concile:

« Après la promulgation de l’Evangile, ce transfert (le processus de justification) ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci, selon ce qui est écrit : ’’Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint ’’ (Jean 3/5). »

Nous avions vu en effet que le concile de Trente traitant tout spécialement de la justification de l’adulte et de ceux qui au-dessus de l’âge de raison doivent aussi désirer le sacrement afin d’être justifiés par celui-ci, ces termes ’’ou son désir de celui-ci’’ (le bain de la régénération) signifiaient donc, non pas une alternative, mais qu’il fallait les deux, c’est-à-dire le baptême et le désir du baptême pour ceux qui se trouvent dans cette tranche d’âge, les Pères du concile confirmant le tout : « selon ce qui est écrit : ’’Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint ’’ ».

Et le lecteur s’en souviendra également, j’ajoutais qu’ « avec un peu de sens de l’Eglise, c’est-à-dire de son Magistère, que si le Concile de Trente avait voulu enseigner le ’’baptême’’ de désir, il l’aurait fait explicitement en précisant ses modalités ». D’autant plus que tous les autres passages du Concile, en accord avec celui-ci excluent totalement tout salut sans baptême d’eau, que toutes les définitions dans le Concile de Trente, enseignent une compréhension littérale de Jean 3/5 : que personne n’est sauvé sans le Sacrement du Baptême.

Après ces rappels, regardons pourquoi le Magistère n’a pas prononcé de condamnation.

 Pour répondre à cette question, il faut à la fois reprendre la doctrine sur l’infaillibilité de l’Eglise et considérer les autres facteurs que sont l’influence des théologiens qui ont exprimé cette considération, l’apologétique et les contextes historiques des siècles qui ont suivis le Concile de Trente jusqu’à nos jours.

  •  1 – La doctrine sur l’infaillibilité du Magistère ordinaire

Tous ceux qui admettent que les catéchismes ne sont pas des ouvrages infaillibles, comprendront que le catéchisme du Concile de Trente qui fut certes décidé par l’assemblée du concile et publié un an après celle-ci, puisse malgré tout contenir cette opinion erronée qui ne se présente du reste que sous la forme d’un simple énoncé.

Ceci dit, lorsque l’on étudie le développement de cette considération, c’est donc un fait : puisque le Magistère n’a pu l’ignorer et qu’il n’y a ni reconnaissance ni condamnation de sa part, il n’y a que deux possibilités et à chacune de ces possibilités correspond une règle de la tradition.

Première possibilité : si cette considération correspondait aux critères de la tradition, l’on pourrait invoquer cette règle de l’infaillibilité du Magistère ordinaire qu’est l’enseignement tacite du souverain Pontife, car dans ce cas le silence du souverain Pontife peut être regardé comme un assentiment qui impose cette doctrine à la croyance de tous. Ce serait la raison pour laquelle le saint Siège (et à sa suite la hiérarchie de l’Eglise) n’est jamais intervenu, et alors l’on devrait retenir cette considération théologique, les défenseurs de ce ’’baptême’’ de désir ne manquant certainement pas de se réjouir de cet argument.

Deuxième possibilité : cette considération ne correspondant pas aux critères de la tradition, et n’étant que virtuelle, théorique, et par conséquent n’ayant aucune incidence dans les pratiques universelles de l’Eglise, dans les liturgies, dans les lois générales de l’Eglise, elle ne pourra jamais faire partie des enseignements implicites et infaillibles du Magistère ordinaire. C’est la raison pour laquelle, celle-ci, et malgré le temps passé ainsi que le nombre de théologiens et d’écrivains à en parler et à la développer, ne peut rester (toujours en suivant les règles de la tradition) que dans le domaine des points controversés de théologie1, des opinions théologiques déficientes, voire erronées et même, nous l’avons vu, manifestement véhiculées dans des ouvrages à propos desquels un nombre important d’autorités jusqu’à la charge pontificale, peuvent rester dans le silence.

1 : voir aussi § 4, page 7.

Voilà donc, selon ces règles de la tradition, la raison doctrinale pour laquelle celle-ci n’a pu être l’objet de condamnation. Mais, comme je viens de le dire, ce n’est pas la seule raison, car il faut aussi tenir compte de plusieurs facteurs, le premier étant l’influence des théologiens.

  • 2 – L’influence des théologiens de renoms

En effet, dans le parcours de cette considération théologique de ’’baptême’’ de désir, l’on s’aperçoit, non seulement que celle-ci n’a pas eu d’adversaires graves et autorisés, mais qu’elle a bénéficié de l’influence de la renommée des Docteurs de l’Église et des théologiens qui l’ont manifestée.

Par conséquent, à cause de la renommée de saint Ambroise, de saint Augustin (qui, je le rappelle, furent tous deux controversés dans leurs opinions), de saint Thomas d’Aquin et de quelques autres théologiens (sans oublier l’autorité du catéchisme du concile de Trente), il va donc s’avérer difficile pour le Magistère de condamner cette doctrine, car même si cette opinion erronée n’a pas eu d’incidence pour leur canonisation, il n’en reste pas moins que condamner celle-ci aurait entraîné une confusion certaine entre infaillibilité et sainteté, ce qui du reste, se retrouve aujourd’hui lorsqu’il s’agit tout simplement de parler des erreurs qu’on pu commettre les saints.

Voilà donc une première conséquence de l’influence des théologiens, mais cette renommée a une seconde conséquence, qu’il ne faudrait certainement pas oublier. En effet, en raison de la haute considération et de la renommée de ces théologiens, cette considération théologique a été utilisée par l’apologétique, ce qui a constitué un autre obstacle à sa condamnation.

  • 3 – l’apologétique

L’apologétique fut en effet régulièrement utilisée par les théologiens tout particulièrement au XIXème siècle, qui de surcroît ont bénéficié, comme nous l’avons vu dans mon document à propos de l’imprimatur, de la complaisance des évêques.

Rappelons que l’apologétique a toujours été un domaine où l’équilibre à trouver est resté fort délicat, car de tout temps, en face des opposants, athées, rationalistes, libéraux…ou des adversaires de toutes les fausses religions, cette science s’est vue tiraillée par des préoccupations différentes qui ont fait marcher les apologistes dans deux directions opposées.

Certains ont pu exagérer les points que l’Église a condamnés afin de sauvegarder l’intégrité de la foi, et d’autres se sont vivement préoccupés du désir de faire accepter la doctrine catholique par ceux qui la rejettent. Et ces derniers, en voulant faire disparaître des points de doctrine que les adversaires ont du mal à admettre, ont réduit les dogmes à une sorte de minimum.

C’est le cas avec le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, car dans le souci de l’expliquer, voire de l’adapter, les apologistes vont utiliser cette considération théologique de ’’baptême’’ de désir, et en citant les théologiens de renoms qui l’ont exprimé, ils ont renforcé l’idée que cette considération est une doctrine réputée et célèbre dans l’Eglise, alors qu’en réalité, elle ne l’est que pour ceux qui veulent la soutenir.

L’apologétique l’utilisant cependant sans réserve, constitua un facteur supplémentaire pour que cette considération traverse le XIXème siècle sans aucune intervention des autorités, celles-ci étant bien trop heureuses de voir les apologistes s’en servir pour répondre aux questions et aux attaques sur la religion catholique.

Au cours de ce XIXème siècle mais aussi dans la première moitié du XXème, les théologiens et les écrivains ont donc eu le champ libre pour développer les interprétations et les adaptations de ce dogme. Ceux qui possèdent une bonne bibliothèque peuvent le vérifier : sur plus de deux siècles passés, c’est grâce à des thèses que l’on vous dit que ce dogme est ainsi « mieux entendu et mieux compris », comme si tout au long de l’histoire de l’Eglise, le Magistère n’avait pas bien saisi ses éléments théologiques et sa portée !

Tout cela transparaît dans certains passages du livre du Père Hugon, Hors de l’Eglise point de salut ?, comme son point d’interrogation le laisse d’ailleurs entrevoir.

En effet, autant j’apprécie les éléments de doctrine traditionnelle qu’il expose, les références qui font état de l’unanimité des Pères et des Docteurs de l’Eglise qui sont repris dans les Actes du Magistère, et qui, vous l’aurez compris, présentent le dogme comme il se doit, autant les spéculations sur ce dogme avec la présentation de cette considération théologique erronée de ’’baptême’’ de désir, sont navrantes car renvoyant toujours à des thèses de théologiens, particulièrement celles du début du XXème siècle.

Voilà donc deux premiers facteurs qui ont fait que cette considération n’a pu être condamnée, mais comme ceux-ci concernent plus particulièrement le XIXème et la première moitié du XXème siècle, il faut maintenant regarder un autre facteur qui, lui, va plus particulièrement concerner les deux premiers siècles qui ont suivi le concile de Trente.

  • 4 – les différents contextes historiques des siècles qui ont suivis le Concile de Trente.

En effet, il ne faudrait pas oublier de replacer le catéchisme du concile de Trente à l’époque de sa publication.

Tout d’abord cet énoncé, comme nous l’avons dit, en partie établi à partir d’une mauvaise compréhension du passage du concile de Trente, est très court, ce qui s’explique du fait que les catéchismes sont des résumés de la doctrine catholique, et qu’ils évitent par conséquent les développements ainsi que les controverses qui seraient au dessus de la portée des simples fidèles.

Ainsi, dans le contexte du XVIème siècle et pendant plus de 200 ans, ce court passage n’était déjà pas en mesure de soulever de problème particulier, d’autant plus que toute la chrétienté recevait la grâce de la justification par le sacrement du baptême.

C’est du reste cette même raison qui fait dire à 450 ans de distance, à la personne qui intervient à la fin de la conférence dont je parle dans mon document : « (…) L’histoire du baptême d’eau, de désir et de sang, c’est un problème qui n’existe pas chez nous. Chez nous il n’y a que le baptême d’eau. Il n’y a personne ici qui a eut le baptême de désir ou de sang. Dans toute la France il n’y a personne qui a eut le baptême de désir et de sang (…)». Au risque d’annuler deux heures de conférence sur le sujet, cet intervenant manifestait donc sans s’en rendre compte ce qui n’était perçu que comme une considération virtuelle, purement théorique, du XVIème au XVIIIème siècle.

Le même contexte historique nous fait voir également qu’à cette époque la chrétienté ne discutait pas les dogmes de notre sainte religion catholique comme c’est le cas malheureusement depuis plus de 200 ans et particulièrement aujourd’hui.

En effet, et malgré les actions néfastes de la Renaissance qui était déjà une révolution dans les esprits, tous les fidèles catholiques croyaient au dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et ils le croyaient comme l’Eglise l’avait toujours enseigné.

Pour s’en convaincre il suffit de savoir que des statuts canoniques très anciens, furent ajoutés aux œuvres du pape saint Léon le Grand, prescrivant même d’interroger les futurs évêques s’ils croyaient que personne n’est sauvé hors de l’Eglise catholique, et enfin retenir que sur les points controversés de théologie (signalés précédemment, § 1, page3), et le cas de ce ’’baptême’’ de désir en est un, puisque faisant rentrer en jeu la grâce, la prédestination, et le libre arbitre, le Magistère a non seulement toujours observé une attitude sagement prudente, mais fut même obligé d’intervenir. Ce que fit le pape Paul V lorsqu’il ordonna en 1611 (De Auxiliis) que cesse toute discussion sur la grâce, ne prenant également aucune définition doctrinale sur ces questions.

Par conséquent, pour se faire une idée de la façon dont la chrétienté croyait au dogme en dehors de l’Eglise point de salut, il suffit de se reporter à tous les Actes du Magistère, y compris tous ceux de ce concile de Trente, puisque nous avons vu comment le passage du chapitre 4 de la session 6 fut mal interprété, et si nous voulions revenir à ceux plus proches de nous, aux Actes de Grégoire XVI, Pie IX jusqu’à Pie XII, certains de leurs actes, nous l’avons vu également, ayant été mal interprétés.

A la lecture de tous ces Actes, nous voyons donc comment le Magistère a entériné l’unanimité constante et universelle des théologiens sur ce dogme et il est certain que les Pères et Docteurs, en voyant comment les souverains pontifes en ont parlé par la suite, se seraient soumis de bon cœur reconnaissant que leur ’’baptême’’ de désir était erroné.

Conclusion :

Voilà donc les différents facteurs qui ont fait que cette considération, sur 450 ans, n’est pas été condamnée, ajoutant qui si cette erreur s’est véritablement faite très discrète à ses débuts, c’était afin de pouvoir mieux s’accroître dans les siècles suivants et bien sûr triompher de nos jours.

En effet, présente seulement sous forme d’énoncé depuis le catéchisme du concile de Tente jusqu’au XVIIIème siècle, elle sera surtout développée dans les thèses théologiques et par l’apologétique au XIXème siècle. La première moitié du XXème sera une série d’exposés, chaque auteur s’appuyant sur des théories précédentes, pour finir par enserrer le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et permettre d’établir cette nouvelle théologie hérétique de Vatican II qui prête si volontiers à d’autres voies et à d’autres religions la possibilité de se sauver.

Avec ces compléments à mon document, il faut espérer que ceux qui m’ont demandé « pourquoi cette doctrine de baptême de désir n’a-t-elle jamais été condamnée depuis qu’elle se trouve dans le catéchisme du concile de Trente? », auront compris les différentes raisons pour lesquelles le Magistère n’est jamais intervenu, et auront compris également que c’est cette considération théologique de ’’baptême’’ de désir qui a permis de faire croire qu’il y a un salut en dehors de l’Eglise catholique (et qu’il en est de même du ’’baptême’’ de sang, de l’ignorance invincible, et de la notion erronée d’Âme de l’Eglise).

Précisant enfin que s’il n’y a pas de document explicite de condamnation, il y a, et ceux-là seuls suffisent, les documents ex cathedra des papes qui en rappelant comme il se doit le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, ont implicitement condamné ces opinions théologiques.

Enfin, que les quelques personnes qui réclament péremptoirement sur la ’’toile’’ que soit cité un seul Acte du Magistère condamnant ce ‘’’baptême’’ de désir, se rendent compte qu’ils réclament ainsi leur propre condamnation.

Plus que jamais, faisons confiance à Dieu et au Magistère de l’Eglise. Le Christ et l’Eglise c’est tout un. Croyons donc au dogme en dehors de l’Eglise point de salut tel qu’il a été défini, au lieu de s’attacher à ce que certains en ont pu en penser ; c’est ainsi que nous réaliserons le verset du psalmiste : il vaut mieux se confier au Seigneur, que de se confier en l’homme (Psaume 108/8).

Abbé Michel Marchiset

En la fête de la Présentation de la très vierge Marie, ce 21 novembre 2014

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