Conséquences d’une nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise – Abbé Michel Marchiset (11/10/14)

Ce document de 50 pages traite des différentes erreurs portant sur le dogme Hors de l’Eglise point de Salut.

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Conséquences d’une nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise

– Abbé Michel Marchiset –

« (…) suivant la remarque de saint Augustin, les prophètes ont plus clairement et plus longuement parlé de l’Eglise que de Jésus-Christ, car ils prévoyaient qu’il y aurait beaucoup plus d’erreurs volontaires et involontaires, sur ce point que sur le mystère de l’Incarnation ».

Catéchisme du Concile de Trente (introduction au chapitre dixième – Du neuvième article du symbole – ’’Je crois à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints’’).

Préface

Ce document est tout particulièrement destiné à ceux qui ont pris la peine de m’écrire, de me fournir des documents, soit directement, soit par personnes interposées, ou encore qui ont pris une position de retrait, suite aux articles et leurs différents commentaires me concernant, parus via le site internet Catholicapedia. Au moment où vous aurez entre les mains ces explications, j’espère que vous serez à même de comprendre mes propos avec les meilleures dispositions.

Quoique j’aborde forcément des points de doctrines qui demandent une attention certaine, j’espère qu’ils ne vous ennuieront pas.

Vous remarquerez au fur et à mesure de la lecture, que les arguments auxquels je réponds, proviennent soit de l’ignorance du Magistère, soit des mauvaises interprétations des Actes du Magistère. Et si tous ces sujets vous sont quelque peu étrangers, j’espère également que mes propos seront le contre poison que je vous donne donc par avance.

Sur ces quelques pages, je ne peux aborder en détails la quasi-totalité des documents qu’il faudrait citer sur les sujets qui vont nous intéresser ici. Je ne vais traiter que du nécessaire et suffisant, allant donc à l’essentiel sur les arguments avancés, et cela avec mon style particulier, et en vous livrant quelques anecdotes, afin de ne pas vous endormir ; malheur aux ouvrages que l’on abandonne en cours de lecture, car trop savant pour être compris !

Lisez alors avec réflexion, et avec les yeux de la foi, de la foi en Dieu et en son Eglise, qui, comme Dieu, ne peut ni se tromper ni nous tromper. Cherchez ainsi de bonne foi la vérité, et ne la repoussez pas quand elle se présente à votre esprit. Quand le cœur est droit et sincère, le jour se fait bien vite.

Prologue

C’est bien une nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise, qui conduit désormais certains catholiques se disant semper idem à la foi de toujours, à soutenir que ces raisonnements théologiques relatifs au Dogme en dehors de l’Eglise point de salut, que sont ces « baptêmes » de désir et de sang, cette ignorance invincible, ou encore qu’appartenir seulement à l’Âme de l’Eglise suffit pour être sauvé, font partie de l’enseignement du Magistère, et à dire que refuser de croire ces propositions serait tomber dans l’hérésie appelée « Feeneyiste », dont la seule terminologie sert à semer l’effroi dans les âmes.

Les chapitres VI, VII et VIII de ce document étant décisifs dans la réfutation de ces accusations, rentrons tout de suite dans le vif du sujet.

Disons que l’audition d’une conférence faite par un personne que j’ai bien connue, et présentant de grossières erreurs et une grave omission, ainsi que l’emploi de l’ironie, pour être considérée comme un travail sérieux, et puis les publications d’articles sur ce site Internet Catholicapedia, la mise au point de l’Abbé Antony Cekada et la publication ses considérations théologiques et de ses propos à l’égard des ’’Feeneyistes’’, termes décidemment récurant, également publiés sur ce même site, la récente publication de deux documents de l’Abbé Belmont, les premiers épisodes (et leurs intermèdes), de ce feuilleton annoncé qu’est la mise par écrit de cette conférence de deux heures, tous les commentaires qui viennent en parallèles de ces publications (et la liste déjà longue ne sera certainement pas finie), demandent une réponse afin de rassurer ceux qui ont été décontenancés par ces publications et soutenir ceux qui pourraient encore douter. Vers la fin de ce petit opuscule vous découvrirez donc comment une nouvelle et mauvaise compréhension du Magistère infaillible de l’Eglise, entraine à soutenir des développements théologiques qui contredisent le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et comment ceux-ci ont permis d’établir cette nouvelle théologie de Vatican II, véritable hérésie qui accorde d’autres voies pour obtenir le salut.

Aussi, pour tous ceux qui désirent avoir des explications les plus simples possibles sur cette doctrine de l’infaillibilité que certains croient avoir bien comprise, mais dont les développements théologiques demandent des études attentives pour ne pas errer en la matière, il me faut donc commencer par rappeler quelques éléments essentiels sur l’infaillibilité de l’Eglise.

Chapitre I – Rappels indispensables

Beaucoup entendent parler depuis plus de deux générations, de la tradition, de traditionalistes, mais en dehors des différents mouvements dit de Tradition, lorsque l’on parle de la Tradition, il s’agit bien sûr de la transmission du dépôt de la foi ; de sa transmission dans la continuité, ce que les théologiens désignent de ces deux mots : Eodem sensu, et dont nous connaissons le principe général contenu dans le passage de la première Epître de l’Apôtre saint Paul aux Corinthiens : « Ego enim accepi a Domino quod et tradidi vobis (…) », « Car j’ai appris du Seigneur ce que je vous ai moi-même transmis (…) » (I Cor., 11/23).

Ainsi dans l’Eglise, les deux organes, Magistère et Tradition, qui ne doivent en aucune façon être opposés, jouent ainsi dans une perpétuelle interéaction, avec une priorité au Magistère de par son enseignement et son jugement car celui-ci possède bien en lui-même la fidélité de Notre Seigneur Jésus-Christ, indépendamment du consentement de l’Eglise tout en s’affirmant en communion avec elle.

Par conséquent le Magistère, règle prochaine de la foi, s’assure de l’accord de son enseignement avec le dépôt de la foi, la Parole de Dieu écrite ou transmise par la Tradition, contrôle également ce dépôt, et nous le propose à croire, toujours dans le même sens (eodem sensu) et sans aucune nouveauté. Pour cette proposition, l’Eglise emploie, soit le mode extraordinaire, un jugement solennel, soit le mode ordinaire, le Magistère ordinaire et universel. C’est ce que le concile Vatican Ier déclare dans sa constitution Dei Filius : « On doit croire de foi divine et catholique, toutes les vérités qui sont contenues dans la Parole de Dieu écrite ou transmise par la Tradition et que l’Eglise propose à croire comme divinement révélées, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel ».

En ce qui concerne le mot Magistère, je crois n’avoir plus à expliquer qu’il faut entendre soit l’autorité ecclésiastique dans l’ordre de l’enseignement, soit les deux modes d’enseignement infaillible que sont le Magistère extraordinaire et le Magistère ordinaire et universel. Les Actes du Magistère, n’étant pas sujets, mais objets de ces deux modes d’enseignement infaillible.

Maintenant en ce qui concerne la Tradition, il faut aussi bien comprendre que celle-ci possède plusieurs critères ou organes, tout particulièrement :

– le consentement unanime des Pères, qui est une expression directe de l’Eglise enseignante.

– le consentement unanime des docteurs de l’Eglise et des théologiens qui nous apportent le témoignage de l’Eglise enseignée, mais recueillie dans des conditions où il traduit, sans aucun doute possible, la pensée de l’Eglise enseignante, dont il est le reflet ou l’écho fidèle.

Voilà donc deux des principaux moyens humains qui nous intéressent tout particulièrement ici et par lesquels s’exerce l’infaillibilité du Magistère enseignant. L’Abbé Cekada affirmant que ceux qui refusent de croire ces propositions « ne tiennent pas compte de ces critères fondamentaux dont use la théologie catholique », je démontrerai au cours de ce document que c’est précisément en tenant compte de ceux-ci que l’on en conclut que ces considérations ( ’’baptêmes’’ de désir et de sang, ignorance invincible et notion d’Âme de l’Eglise) présentes chez certains Docteurs de l’Eglise, reprises et développées par des théologiens, ne rentrent pas dans le cadre de ces critères de la Tradition, et que le fidèle catholique se doit par conséquent de les rejeter.

Chapitre II – Analyse de l’origine des développements théologiques que sont les ’’baptêmes’’ de désir et de sang

Ce qui saute aux yeux, lorsque l’on regarde les ouvrages et les documents qui traitent de ces considérations théologiques, du plus simple catéchisme au plus sérieux ouvrage de théologie dogmatique, principalement du XVIIIème siècle à nos jours, c’est le clivage qui s’opère immédiatement après l’affirmation correcte du dogme en dehors de l’Eglise point de salut.

En effet, la plupart de ces ouvrages commencent à parler, et même avec force et vigueur dans un premier temps, de ce dogme, et puis, contre toute attente, comme s’il y avait une espèce de « oui, mais », continuent avec ces développements théologiques, qui, chez le lecteur engendrent inévitablement une impression de contradiction que certains auteurs qualifie même d’apparente contradiction, les obligeant à développer des raisonnements théologiques qui, nous allons le voir, sont basés sur des documents faillibles, sur de mauvaises interprétations du Magistère, certains auteurs allant jusqu’à ne présenter aucune référence, mais dans lesquels on vous assure que ce fut toujours l’enseignement de l’Eglise.

Ainsi, autant on était rassuré, affermi dans sa foi, avec les enseignements du Magistère, autant on reste dans l’incertitude, l’hypothétique, voire le virtuel, dans tous ces développements qui, certains auteurs l’avouent, ne sont que des thèses théologiques.

Ce qui est frappant également c’est de voir que ce clivage s’opère à partir de deux opinions de Docteurs de l’Eglise : saint Augustin et saint Ambroise de Milan. Saint Bernard et saint Thomas d’Aquin s’appuieront sur celles-ci, et à leur suite d’autres théologiens étaieront encore ces développements sur une mauvaise interprétation d’un passage du Concile de Trente.

Aussi, à l’adresse de ceux qui pourraient déjà affirmer ici que puisqu’il s’agit de l’enseignement d’écrivains ecclésiastiques reconnus par l’Eglise comme éminents tant par la sainteté que par la doctrine, il faut savoir que cet enseignement des Docteurs de l’Eglise n’est cependant pas garanti comme exempt de toute erreur, et que cela vaut également pour les Pères de l’Eglise.

Quant aux théologiens retenons également que ceux-ci doivent travailler avec le secours du Magistère de l’Eglise comme règle prochaine, et qu’évidemment leurs travaux doivent être en parfaite orthodoxie avec la doctrine reconnue par l’Eglise.

Par conséquent, nous voyons que pour les critères de la Tradition que sont le consentement unanime des Pères, et le consentement unanime des docteurs de l’Eglise et des théologiens, il est tout d’abord nécessaire avant même de parler de consentement unanime, qu’en ce qui concerne les premiers, les docteurs de l’Eglise, leurs doctrines expriment ce qui était déjà explicité antérieurement à leur époque, et qu’ensuite, en ce qui concerne les théologiens, leurs travaux soient eux aussi en parfait accord avec la doctrine reconnue par l’Eglise.

Ainsi, puisque nous aurons l’occasion de voir que ces considérations théologiques de ’’baptêmes’’ de désir et de sang n’ont jamais été exprimées et encore moins définies dans les documents infaillibles du Magistère, contrairement à ce que certains croient, ou qu’on leur fait croire, il faut donc en conclure que celles-ci ne sont que des raisonnements qui doivent être considérés comme des opinions théologiques, et que malgré le nombre de théologiens à les développer, ceux-ci n’en constituent pas pour autant ces critères de la Tradition que sont ce consentement unanime des Pères, et ce consentement unanimes des Docteurs et des théologiens, qui, lorsque ceux-ci existent et que le Magistère considère et retient pour son enseignement, exigent effectivement l’adhésion de tous les fidèles catholiques.

Après ces rappels indispensables et cette analyse de l’origine de ces développements théologiques, qui déjà vous font comprendre que sans un minimum de connaissances, l’on peut facilement commettre des erreurs et tirer de fausses conclusions, sans oublier que l’homme est plus enclin à suivre la facilité et la critique ironique, que la saine doctrine, terminons ce chapitre par une objection qui pourrait être soulevée :

– Puisque le Magistère n’est lui-même n’est pas intervenu sur ces considérations, ne pourrait-on pas invoquer un enseignement tacite du Magistère ordinaire et universel ? En quelque sorte appliquer l’expression : « Qui ne dit mot, consent » ?

– Réponse : puisque nous avons vu que le consentement des Pères de l’Eglise, que le consentement des Docteurs de l’Eglise et des théologiens, ne rentrent dans le cadre des critères de la Tradition, que si l’enseignement de ceux-ci correspond ou reflète la pensée de l’Eglise enseignante, comprenons bien que l’on ne pourra invoquer ici un Magistère tacite de l’Eglise puisque celui-ci ne peut rien admettre qui ne soit en dehors du dépôt qu’Elle nous présente revêtu de l’autorité exercée dans le courant des siècles.

En somme, pour le sujet qui nous intéresse, invoquer un Magistère tacite de l’Eglise, reviendrait à dire que l’Eglise enseignante acquiescerait une doctrine qui ne se trouve ni dans la sainte Ecriture, règle immédiate de la foi, ni d’une manière générale dans tout le dépôt dont elle a la charge de garder et de transmettre.

Il n’y a qu’un cas où cela s’est produit, mais tenez-vous bien, c’est la liberté religieuse, qui, chacun le sait, fut ainsi entérinée au conciliabule Vatican II ! Or, l’on n’impute pas cela à l’Eglise, mais au faux ’’magistère’’ de la secte conciliaire.

Ajoutons encore, pour être vraiment complet, que des organes de la tradition (comme le consentement des Pères de l’Eglise, des Docteurs et des théologiens), en des actes ne jouissant pas de l’assistance divine qu’est l’infaillibilité, peuvent tomber dans l’erreur et véhiculer des enseignements déficients. Que cela est vrai pour le passé comme pour le présent (en nous arrêtant bien sûr au règne de Pie XII pour les raisons que beaucoup connaissent), et qu’un nombre important d’autorités peuvent rester dans le silence, même face à des erreurs manifestes qui se répandent, et qu’en ce qui concerne le silence cela puisse même toucher la charge pontificale, ce que nous verrons plus loin en expliquant pourquoi ces considérations théologiques se sont malheureusement propagées.

Par conséquent, pour conclure ce sujet, disons que les signes auxquels ont reconnaît une doctrine qui doit être tenue par tous les fidèles, c’est que celle-ci soit en accord avec l’enseignement du Magistère et proposée par celui-ci. Or, la recherche sur les considérations théologiques que sont ces pseudos ’’baptêmes’’ de désir et de sang, nous montre que cette doctrine n’a jamais été proposée à la croyance de l’Eglise par le Magistère. Et dire que l’Abbé Cekada affirme : « toute la Tradition proclame ces considérations », sans que celui-ci nous dise évidemment ce qu’il entend par “Tradition“.

Après avoir vu et compris que cette affirmation est purement gratuite, regardons alors plus attentivement cette étude de l’Abbé Cekada intitulée Baptême de désir et principes théologiques, étude faite en l’an 2000 et par laquelle il conclut : « Par conséquent, tous les catholiques sont tenus d’adhérer à l’enseignement sur le baptême de désir et le baptême de sang ».

Ayant toujours eu en horreur la malhonnêteté intellectuelle, la façon de faire de l’Abbé Cekada, est encore une occasion de constater celle-ci.

En effet, en plaçant d’entrée dans son document cette affirmation: « ceux qui adhérent entièrement à la position “ feeneyiste “ rejettent l’enseignement ordinaire de l’Eglise touchant le baptême de désir et le baptême de sang », l’abbé Cekada fait croire d’emblée que ces ’’baptêmes’’ font partie de l’enseignement ordinaire de l’Eglise, sans en apporter aucune preuve, puisque la suite du travail qu’il propose à la lecture n’est composé que de l’annonce des deux modes d’enseignement du Magistère (ceux-là mêmes que nous avons vu au début de ces quelques lignes), des renseignements sur ce que sont les théologiens, de leurs rapports avec l’Eglise, d’une liste de propositions condamnées, et enfin d’une liste de 25 théologiens préconciliaires qui ont enseigné le ’’baptême’’ de désir et le ’’baptême’’ de sang. Comment peut-il réaffirmer, juste avant un tableau sur les degrés d’erreur et leur gravité : « Par conséquent, tous les catholiques sont tenus d’adhérer à l’enseignement sur le baptême de désir et le baptême de sang » ? Son affirmation est donc purement gratuite, puisqu’il ne fournit aucune preuve que ces ’’baptêmes’’ font partie de l’enseignement du Magistère de l’Eglise.

Comment l’Abbé Cekada, qui nous a pourtant gratifié de la démonstration de l’invalidité du nouveau rituel des sacres épiscopaux, en arrive-t-il à être aussi peu sérieux sur ce sujet, et cela aussi bien dans ce document et sa récente présentation, que dans l’étude complète que je possède ?

L’Abbé Cekada nous donne une autre preuve de malhonnêteté intellectuelle lorsqu’il parle de ’’consentement commun’’, à propos des 25 théologiens préconciliaires qui ont enseigné le ’’baptême’’ de désir et le ’’baptême’’ de sang (et qui ne sont même pas d’accord sur le classement qu’ils accordent à cette ’’doctrine’’), car ce ’’consentement commun’’ ne correspond pas du tout à l’exigence stipulée par le pape Pie IX qui précise que les théologiens doivent être ’’d’un consensus universel et constant’’.

Voici en effet ce que dit Pie IX : « Car, même s’il s’agissait de cette soumission qui doit se manifester par l’acte de foi divine, elle ne saurait être limitée à ce qui a été défini par les décrets exprès des conciles œcuméniques ou des pontifes romains de ce Siège apostolique, mais elle doit aussi s’étendre à ce que le magistère ordinaire de toute l’Eglise répandue dans l’univers transmet comme divinement révélé et, par conséquent, qui est retenu d’un consensus universel et constant (universali et constanti) par les théologiens catholiques, comme appartenant à la foi. »

Tous ceux qui ont le sens de l’Eglise, et qui aiment à confronter la saine doctrine avec l’erreur, auront facilement décelé la faille dans cette argumentation, car l’Abbé Cekada s’est bien gardé de mentionner ce consensus universel et constant des théologiens, ne parlant que de ’’consentement commun’’, et de plus dans la période qu’il s’est donné : le XXème siècle qui a permis aux théologiens préconciliaires de rédiger des tas de documents dont certains ne contiennent aucune référence au Magistère !

Remarquons enfin, pour conclure l’analyse de ce document, que les principes théologiques invoqués par l’abbé Cekada en faveur du ’’baptême’’ de désir, se retournent ici contre lui, car, comme nous le verrons, c’est l’enseignement qu’absolument personne ne puisse être sauvé sans le baptême d’eau qui fut dès le début l’enseignement universel et constant des Pères de l’Eglise et des théologiens.

Ainsi, après avoir relevé ces façons de faire qui ne devraient pourtant tromper et troubler personne, passons maintenant aux documents qui sont à l’origine de ces considérations théologiques pour comprendre ensuite comment les ’’baptêmes’’ de désir et de sang sont devenus une erreur commune et quasi unanime chez les théologiens des XIXème et XXème siècles.

Chapitres III – Les documents qui sont à l’origine de ces considérations théologiques de ’’ baptêmes’’ de désir et de sang

Saint Augustin (354 – 430)

Comme je vous l’ai dit précédemment, saint Augustin est cité en faveur de ce concept de baptême de désir. Mais à l’étude de ses écrits, c’est un fait indéniable que nous voyons ce saint Docteur tiraillé sur cette question.

En effet, d’un côté, nous le voyons exprimer une opinion tirée elle-même d’une déduction que fit saint Cyprien à propos du baptême de sang (saint Cyprien fit également d’autres déductions qui se sont avérées erronées, notamment de dire que les hérétiques ne peuvent pas conférer le baptême, était de ‘’’tradition apostolique’’) ; et d’un autre côté, et en de nombreux endroits, nous constatons que celui-ci confirme la Tradition universelle des Apôtres que personne n’est sauvé sans le sacrement du baptême, le voyant également renier le concept qu’un catéchumène puisse être sauvé par le seul désir de celui-ci.

Celui qui aura donc lu attentivement ces passages de saint Augustin, comprendra que, d’une part il y a ce qui vient de sa propre considération, considération qui sera reprise et qui constituera malheureusement une tradition erronée, et d’autre part l’affirmation de la saine doctrine et le refus du concept du baptême de désir, en niant qu’un catéchumène puisse être sauvé sans le baptême d’eau. La preuve nous en est donnée dans ce passage :

« Lorsque nous serons parvenus à voir cette beauté du Christ, nous verrons aussi la justice de Dieu et nous ne serons plus portés à demander : Pourquoi secourt-il celui-ci et non celui-là? Pourquoi la divine providence a-t-elle amené l’un au baptême ; tandis qu’un autre, après avoir vécu sagement dans le catéchuménat, est mort tout-à-coup sans avoir reçu ce sacrement; et qu’un autre encore, après avoir vécu dans le crime, dans la débauche, dans l’adultère, dans les théâtres, à là chasse, est tombé malade, a été baptisé et n’a paru pécheur que pour voir ses péchés effacés? Recherche ses mérites ; tu découvriras qu’il n’avait mérité que des supplices ».

De ce qui précède, il faut donc en conclure deux choses : que saint Augustin renie le concept même de baptême de désir, et le reniera d’ailleurs plusieurs fois, et que ceux qui disent que saint Augustin croyait au baptême de désir, ne veulent volontairement et objectivement pas regarder tous ses écrits. Voilà donc en grande partie l’origine de cette tradition erronée de ’’baptême’’ de désir.

Maintenant regardons si vous le voulez bien, le texte de saint Ambroise, le plus invoqué pour soutenir à la fois le ’’baptême’’ de désir et le ’’baptême’’ de sang.

Saint Ambroise (340 – 397)

Alors que la grande majorité des Docteurs sont fidèles à la doctrine de l’Eglise, les défenseurs de ces ’’baptêmes’’ essayent malgré tout de citer saint Ambroise. Ils pensent que dans son oraison funèbre à son ami l’empereur Valentinien II (qui n’était qu’un catéchumène), il enseignait que celui-ci a été sauvé par son désir pour le baptême. Voici le passage de cette oraison funèbre, qui est présentée comme l’argument fort en faveur, à la fois du ’’baptême’’ de sang et de désir, mais comme nous allons le voir qui est extrêmement ambigu.

« Mais j’entends que vous êtes dans la douleur parce qu’il n’a pas reçu les sacrements du Baptême. Dites-moi : que pouvez-vous faire d’autre que de désirer, de demander ? Mais, il avait même ce désir depuis longtemps, à savoir que, quand il reviendrait en Italie, il pourrait être initié … N’a-t-il, donc, pas reçu la grâce qu’il demandait ? Et puisqu’il a demandé il a reçu ; et c’est pour cela qu’il est écrit : ’’Le juste, de quelque mort qu’il soit prévenu, son âme sera dans le repos’’ (Sagesse 4/7) … Ou si le fait que les mystères n’aient pas été solennellement célébrés vous perturbe, alors vous devriez réaliser que même les Martyrs ne sont pas couronnés s’ils sont catéchumènes, car ils ne sont pas couronnés s’ils ne sont pas initiés. Mais s’ils sont lavés dans leur propre sang, sa piété et son désir (à Valentinien) l’ont aussi lavé ».

Ce passage est donc extrêmement ambigu en raison des contradictions qu’il présente.

En effet, premièrement saint Ambroise dit clairement que ’’les Martyrs ne sont pas couronnés (c’est-à-dire sauvés) s’ils sont catéchumènes’’ et c’est une déclaration qui rejette donc directement l’idée de baptême de sang, déclaration qui est d’ailleurs parfaitement compatible avec d’autres, toujours à propos de cette même question.

Et deuxièmement, saint Ambroise souligne ensuite le même point, en affirmant de nouveau que les catéchumènes ’’ne sont pas couronnés s’ils ne sont pas initiés.’’ Sachant que le terme ’’Initiation’’ est employé pour désigner le baptême, saint Ambroise répète donc la tradition apostolique constante chez les Pères de l’Eglise, à savoir que les catéchumènes qui ont versé leur sang pour le Christ, ne peuvent pas être sauvés s’ils ne sont pas baptisés.

Et puis, continuant, il dit que si les martyrs sont lavés dans leur propre sang, alors sa piété et son désir (à Valentinien) l’ont aussi lavé, ce qui semble contredire directement ce qu’il vient juste de déclarer, et semble donc enseigner les ’’baptêmes’’ de désir et de sang.

Si bien que, même si saint Ambroise n’affirme pas clairement que Valentinien II a été sauvé sans le baptême, il n’en reste pas moins que ce passage du discours funèbre de notre saint Docteur (faillible en soi) est contradictoire, puisque venant tout juste de renier clairement par deux fois que les martyrs ne peuvent pas être couronnés s’ils sont catéchumènes.

Par conséquent, bien qu’ambigu et pouvant même donner lieu à une autre explication (à partir du terme sacrements que saint Ambroise met donc au pluriel), voilà ce qu’il en est de ce passage le plus ancien, que l’on retrouve systématiquement en faveur à la fois du ’’baptême’’ de désir et du ’’baptême’’ de sang, alors que de toute façon, celui-ci est opposé aux autres déclarations que fit formellement saint Ambroise sur la question.

Pour conclure sur ces écrits de saint Augustin et de saint Ambroise, disons que nous voyons seulement ces deux Pères des premiers siècles de l’Eglise, sur des centaines, pouvant être cités en faveur de ces ’’baptêmes’’ de désir et de sang, tout en sachant que saint Augustin était tiraillé sur cette question, qu’il s’y était contredit, et que saint Ambroise, malgré ses propos dans cette éloge funèbre reniait clairement et à plusieurs reprises le concept du baptême de désir, en disant que toute personne (et y incluant un catéchumène) ne peut être sauvée sans renaître de l’eau et de l’Esprit dans le sacrement du Baptême.

Comme vous pouvez le constater, nous sommes loin, très loin de ce consensus universel et constant qui est absolument nécessaire pour que le Magistère ordinaire s’en serve comme critère ou organe de la Tradition ! Pourquoi ? Parce que c’est tout simplement la tradition au message évangélique : ’’si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint’’, qui est consensus universel et constant chez les Pères.

Ceci dit, continuons de regarder l’origine de ces considérations et passons maintenant au passage du Concile de Trente si mal interprété.

Concile de Trente, Sess. 6, chap. 4, Pape Paul III :

« Après la promulgation de l’Evangile, ce transfert (le processus de justification) ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci, selon ce qui est écrit : ’’Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint ’’ (Jean 3/5). »

Un des arguments favoris employés par les défenseurs du “baptême’’ de désir pour justifier leur fausse théorie, est donc tiré de ce passage, et tout réside, d’une part sur le mot “désir“ ( le désir de celui-ci) qui est cité dans cette déclaration du Magistère infaillible, et d’autre part sur la suite de la phrase , « selon ce qui est écrit : ’’Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint. ’’ » (Jean 3/5).

Comment faut-il tout d’abord comprendre cette précision « ou le désir de celui-ci » ? Car, à la suite des écrits que nous allons regarder, beaucoup de théologiens (faillibles) se sont empressés de dire que le simple désir du bain de régénération, c’est à dire du baptême d’eau, peut suffire pour être justifié.

Or, ce n’est pas du tout ce que le concile de Trente enseigne, car en disant qu’on ne peut pas être justifié sans le baptême d’eau ou le désir de celui-ci, les Pères du concile et le Pape qui ratifie cet enseignement, traitent tout spécialement ici de la justification de l’adulte et de ceux qui au-dessus de l’âge de raison doivent aussi désirer le sacrement afin d’être justifiés par celui-ci. Le concile de Trente signifie donc qu’il faut les deux, et c’est la raison pour laquelle il ne s’arrête pas à ces mots, comme malheureusement la plupart des auteurs le font dans leurs citations, car la précision : selon ce qui est écrit (sicut scriptum est), est bien là pour exclure toute possibilité de salut sans renaître de l’eau, donc, sans le Sacrement du Baptême.

Ainsi, observez-le bien : en ne citant pas cette précision, l’on peut faire dire au Concile tout à fait autre chose que ce qu’il enseigne. Un exemple vous aidera à comprendre. C’est celui que j’aime souvent citer, celui qui nous est donné avec la célèbre phrase de saint Irénée de Lyon : « La gloire de Dieu, c’est l’homme qui vit (vivant), et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu ». En effet, si l’on ne cite que la première partie de la phrase, vous pouvez croire à une exaltation de l’être humain, et vous pouvez très vite arriver au culte de l’homme. Et c’est bien à partir de cette citation tronquée que le cardinal Wojtyla développa son étrange théologie lors d’une retraite qu’il prêcha à Jean-Baptiste Montini (Paul VI) et à la curie romaine. Mais si vous prenez comme il se doit la phrase entière, il est alors impossible de développer une telle théologie car saint Irénée relie évidemment l’homme à sa fin dernière qu’est la vision de Dieu, le Ciel.

Cet exemple nous fait donc comprendre qu’en ne citant pas la précision que le concile donne avec le verset de saint Jean : « selon ce qui est écrit : ’’Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint ’’ », l’on peut faire croire que le saint Concile enseignait le baptême de désir, ce qui n’est absolument pas le cas.

J’ajoute enfin, qu’avec un peu de sens de l’Eglise, c’est-à-dire de son Magistère, que si le Concile de Trente avait voulu enseigner le ’’baptême’’ de désir, il l’aurait fait explicitement en précisant ses modalités. Surtout que tous les autres passages du Concile, en accord avec celui que nous venons de voir, excluent totalement tout salut sans baptême d’eau. Toutes les définitions dans le Concile de Trente, enseignent en effet une compréhension littérale de Jean 3/5 : que personne n’est sauvé sans le Sacrement du Baptême.

Cette difficulté étant levée, passons à d’autres arguments qui découlent des opinions de saint Augustin et de saint Ambroise.

Saint Bernard et Saint Thomas d’Aquin

C’est malheureusement un fait que les illustres saint Bernard, et puis saint Thomas d’Aquin, firent du ’’baptême’’ de désir leur propre position, une position fondée par conséquent sur ces passages de saint Augustin et sur celui de saint Ambroise, et que par la suite un grand nombre de théologiens furent poussés à adopter le ’’baptême’’ de désir, un salut possible pour les catéchumènes morts sans baptême, et cela par respect pour leur grande érudition, tout particulièrement celle de saint Thomas d’Aquin, une position qui, nous venons de le voir, est d’une part contraire à l’enseignement constant du Magistère infaillible sur le Sacrement du Baptême, fondé sur Jean 3/5, et d’autre part absolument contraire également à la tradition liturgique de l’Eglise primitive.

Saint Bernard (1091-1153)

Il ne faut donc pas être étonné de voir saint Bernard admettre explicitement sa croyance dans le baptême de désir, puisque celle-ci repose uniquement sur ce qu’il croit qu’enseignaient saint Augustin et saint Ambroise, renforçant ainsi l’argument que le ’’baptême’’ de désir est malheureusement une tradition erronée de l’homme, et qui malgré l’avis controversé des théologiens du XXème siècle cités par l’Abbé Cekada, ne peut évidemment être de foi et de foi définie par le Magistère de l’Eglise.

Mais là encore, tout comme pour saint Ambroise et saint Augustin, l’étude des écrits de saint Bernard nous montre combien l’approbation par ce grand saint, du ’’baptême’’ de désir, était défectueuse, contradictoire, et faillible. Ne pouvant tout citer ici, voici le passage où saint Bernard admet explicitement qu’il peut être dans l’erreur : « … je parle d’Augustin et d’Ambroise. C’est avec eux, dis-je, que j’avoue ou bien être dans l’erreur, ou bien être sage. Je crois, moi aussi, qu’un homme peut être sauvé par la foi seule, accompagnée du désir du sacrement… »

Je pense que vous aurez compris pourquoi saint Bernard admet qu’il est faillible ? Car il sait que son raisonnement est uniquement fondé sur des opinions humaines. Et ce genre d’opinion ne fait évidemment pas le poids face à l’enseignement du Magistère parfaitement cohérent, infaillible, constant, proclamant que nul ne peut être sauvé sans le sacrement du Baptême.

Saint Thomas d’Aquin (1224-1274)

Comme je viens de le dire, un grand nombre de théologiens furent poussés à adopter le ’’baptême’’ de désir, un salut possible pour les catéchumènes morts sans baptême, par respect pour la grande érudition de saint Thomas d’Aquin. Or nous avons vu également que l’enseignement des Docteurs de l’Eglise, avec tout le respect que l’Eglise leur accorde, n’est cependant pas garanti comme exempt de toute erreur.

Ce fut le cas ici pour saint Thomas d’Aquin, puisque dans la Somme théologique, Partie III, question 66, article 11, celui-ci tente d’expliquer sa croyance dans le ’’baptême’’ de désir et de sang en justifiant la raison de ’’ trois baptêmes’’ (d’eau, de sang et de désir), sur la passion du Christ.

« Les deux autres baptêmes (de sang et d’esprit), dit-il, sont inclus dans le baptême d’eau, qui tient son efficacité de la passion du Christ… ».

Par conséquent, et avec tout le respect dû à saint Thomas, vous remarquerez que c’est une tentative bien faible pour répondre à l’objection cherchant à expliquer pourquoi il y aurait ’’trois baptêmes’’ alors que Dieu révèle qu’il n’y en a qu’un seul.

Saint Thomas dit aussi que les deux autres ’’baptêmes’’, de désir et de sang, sont inclus dans le baptême d’eau, mais il est évident que celui qui reçoit le baptême d’eau ne reçoit pas le baptême de désir et le baptême de sang. Et cela, même les avocats du ’’baptême’’ de désir l’admettent.

Maintenant, ceux qui aiment à confronter la saine doctrine avec l’erreur, pourront également confronter un autre passage de saint Thomas d’Aquin avec les Actes infaillibles du Magistère. En effet, saint Thomas d’Aquin, dit dans la Somme Théologique III, Q. 68, art. 2 : « … il semble que sans le sacrement de baptême on puisse obtenir le salut par la sanctification invisible… », alors que le Concile de Trente (quelques siècles après St Thomas, en 1547) Sess. 7, can. 5 sur le sacrement de Baptême, dit infailliblement par l’autorité du Pape Paul III : « Si quelqu’un dit, que le baptême est libre, c’est-à-dire n’est pas nécessaire pour le salut (Jean 3/5) : qu’il soit anathème ».

Alors, qui doit-on croire ?

Il est évident que l’on doit croire le Magistère infaillible de l’Eglise, qui n’a donc absolument pas pris en compte l’opinion erronée du ’’baptême’’ de désir et du ’’baptême’’ de sang et qui enseigne du reste que le jugement de l’Église est préférable à celui d’un docteur. Le Pape Benoît XIV le rappelle dans Apostolica ; 26 juin 1749 : « Le jugement de l’Église est préférable à celui d’un docteur qui serait renommé pour sa sainteté et son enseignement. » Et encore plus proche de nous, le Pape Pie XII dans Humani generis du 12 août 1950 : « Et ce dépôt, ce n’est ni à chaque fidèle, ni même aux théologiens que le Christ l’a confié pour en assurer l’interprétation authentique, mais au seul magistère de l’Eglise ».

Voilà donc ce qu’il en est de l’opinion de saint Thomas d’Aquin, et si celui-ci avait donc tort sur le ’’baptême’’ de désir, il croyait cependant au dogme Hors de l’Eglise pas de salut et rejetait l’ignorance invincible.

Mais comme celle-ci fait l’objet du chapitre suivant, terminons ce chapitre en regardant encore d’autres arguments en faveur des ’’baptêmes’’ de désir et de sang et tout d’abord l’enseignement de saint Alphonse de Liguori.

Saint Alphonse de Liguori (1696-1787)

Ce grand saint a lui aussi a enseigné le ’’baptême’’ de désir. Il disait même qu’il était de fide, de foi. Voici le passage le plus invoqué :

« Mais le baptême de feu est une parfaite conversion à Dieu par la contrition ou l’amour de Dieu par dessus tout avec le vœu explicite ou implicite du vrai baptême d’eau : ce dont il supplée la force, selon le Concile de Trente (iuxta Trid. Sess.14, c. 4) quant à la rémission de la faute, mais pas quant à l’impression du caractère, ni quant à la suppression de la pleine responsabilité du châtiment. Il est dit de feu, parce qu’il arrive par l’impulsion du Saint-Esprit, qui est représenté par une flamme … Maintenant, il est de fide que les hommes sont également sauvés par le Baptême de feu, conformément au Canon Apostolicam ’’de presbytero non baptizato’’ et au Concile de Trente, Sess. 6 chap. 4, où l’on y mentionne que nul ne peut être sauvé ’’sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci’’. »

Or, vous aurez remarqué que la cause de l’erreur de saint Alphonse sur le ’’baptême’’ de désir est toujours cette mauvaise compréhension du passage de la Session 6 chapitre 4 du Concile de Trente. C’est donc cette erreur qui l’a conduit à la fausse conclusion que le ’’baptême’’ de désir est un enseignement de l’Eglise catholique. Mais, répétons-le, le passage que saint Alphonse pensait être un enseignement du ’’baptême’’ de désir, est l’affirmation claire que : selon ce qui est écrit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint.

Ceci est encore une preuve que l’enseignement des saints n’est pas garanti comme exempt d’une ou plusieurs erreurs et que lorsque survient un conflit entre le dogme et les opinions de saints, le catholique doit choisir le dogme, peu importe la grandeur ou la sagesse du saint.

C’est donc bien le cas ici, puisque cet enseignement de saint Alphonse est contraire à ce qu’enseigna infailliblement le pape saint Léon le Grand. Voici en effet ce qu’il dit au Concile de Chalcédoine, dans sa Lettre dogmatique à Flavien ; 451 : « Qu’il entende le bienheureux apôtre Pierre proclamant que la sanctification de l’Esprit se fait par l’aspersion du sang du Christ (1 Pi. 1/2) … C’est lui qui est venu par l’eau et par le sang, Jésus-Christ, non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et avec le sang, et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité ; car il y en a trois à témoigner, l’Esprit, l’eau et le sang, et ces trois sont un (1 Jn. 5-4/8), c’est-à-dire l’Esprit de la sanctification, le Sang de la Rédemption et l’Eau du Baptême, ces trois qui sont un et demeurent indivis, et aucun d’eux ne se détache de ce qui le relie… ».

Par conséquent le Pape saint Léon définit bien que dans la Sanctification, l’Esprit de Sanctification et le Sang de la Rédemption ne peuvent pas être séparés de l’eau du baptême. Ainsi, il ne peut pas y avoir de justification de l’Esprit et du Sang sans le Sacrement du Baptême.

Voilà ce qui exclut de manière infaillible le concept même du ’’baptême’’ de désir et du ’’baptême’’ de sang, qui soutient, contre le Magistère, que la sanctification de l’Esprit et du Sang, sans l’eau, est possible.

A cela il faut ajouter que lorsque saint Alphonse de Liguori dit qu’ « il est de fide (de foi) que les hommes sont également sauvés par le Baptême de feu », ceci est évidemment une autre erreur. Du reste la plupart des théologiens après lui qui croyaient au ’’baptême’’ de désir ne pensaient pas que le ’’baptême’’ de désir est de fide comme l’affirmait saint Alphonse. Et presqu’aucun d’entre eux ne dit d’ailleurs qu’il est de foi définie. Ceci prouve que le ’’baptême’’ de désir n’est tout simplement ni de foi, ni de foi définie.

Tout cela va également contre l’argument de l’Abbé Cekada qui cherche à prouver avec son échantillon de théologiens du XXème siècle et le classement en catégories théologiques qu’ils font de ces ’’baptêmes’’, que ceux-ci doivent être tenus par l’ensemble des catholiques.

Mais comme j’aurai bientôt l’occasion de montrer que ces ’’baptêmes’’ de désir et de sang ne correspondent aucunement aux critères que l’abbé Cekada rappelle, terminons ce chapitre en disant un mot sur l’enseignement de saint Robert Bellarmin.

Saint Robert Bellarmin (1542-1621)

St Robert Bellarmin, Docteur de l’Eglise, qui a donné une célèbre définition de l’Eglise catholique et qu’il me faut citer pour montrer comment il n’est pas resté cohérent avec sa définition, avait lui aussi adopté la fausse idée du ’’baptême’’ de désir, fausse idée devenue quelque peu répandue chez les théologiens de la fin du Moyen-âge.

En effet « l’Eglise est une, dit-il, non pas double, et cette unique vraie Eglise (catholique) est l’assemblée d’hommes unis dans la profession de la même foi chrétienne et dans la communion des mêmes sacrements, sous la règle de pasteurs légitimes, et en particulier celle du Vicaire du Christ sur la terre, le Pontife romain ». Et puis il continue : « La première partie exclut tous les infidèles, ceux qui n’ont jamais été dans l’Eglise, comme les Juifs, les Turcs et les païens, ou ceux qui jadis étaient en elle et qui plus tard sont tombés, comme les hérétiques et les apostats. La seconde partie exclut les catéchumènes et les excommuniés, puisque ceux-là (les catéchumènes) ne sont pas admis aux sacrements et ceux-ci (les excommuniés) en sont exclus… ».

Ainsi, selon cette définition de l’Eglise, il ne peut y avoir aucun baptême de désir, parce que ceux qui n’ont reçu aucun des sacrements (les non baptisés, y compris des catéchumènes non-baptisés) ne partagent pas l’unité des sacrements et par conséquent ne font pas partie de l’Eglise catholique.

Or, c’est un fait surprenant, mais c’est un fait, saint Robert Bellarmin n’est pas resté cohérent avec sa définition de l’Eglise ci-dessus.

Comme nous l’avons vu précédemment, celui-ci avait adopté la fausse idée du ’’baptême’’ de désir, et avec cette fausse idée, il ne réussit pas à rester cohérent avec sa propre définition de l’Eglise, et il n’est pas resté cohérent également avec la définition unanime des théologiens sur l’Eglise.

En conclusion, la définition de saint Robert Bellarmin sur l’Eglise qui exclut de l’Eglise catholique toute personne non baptisée, est en accord avec le dogme, par contre ce n’est pas le cas de ses déclarations sur le ’’baptême’’ de désir, ce qui nous montre bien pourquoi l’on ne fait pas de conclusions doctrinales à partir de l’enseignement des saints, mais que ces conclusions doctrinales sont faites en partant d’un dogme catholique, et de l’enseignement des saints, seulement quand ces derniers sont en accord avec le dogme.

C’est cette condition nécessaire sur laquelle je reviendrai en abordant, à cause de l’argumentation erronée de l’Abbé Cekada, les critères déterminant l’enseignement auquel tout catholique doit croire et adhérer.

Chapitre IV – L’ “ignorance invincible’’

Après ces baptêmes de désir et de sang, la troisième opinion erronée consiste à croire qu’un homme en dehors de l’Eglise, mais ignorant de la vérité, peut être sauvé, opinion appelée ’’l’ignorance invincible’’. Cette opinion est plus récente que les deux premières et s’est principalement développée au XIXème siècle. Elle semble avoir atteint son apogée aujourd’hui dans les dernières études que l’on peut se procurer, mais surtout elle fut la porte ouverte au faux œcuménisme de Vatican II qui contribue à l’apostasie actuelle de la foi catholique.

Comme je vous ai précédemment dit que saint Thomas d’Aquin, malgré son opinion erronée sur le ’’baptême’’ de désir, croyait cependant au dogme Hors de l’Eglise pas de salut et rejetait l’ignorance invincible, regardons ce qu’il nous dit d’une telle croyance.

A la question : « Est-il nécessaire de croire explicitement ? », et à l’objection : « L’on ne doit pas affirmer une chose, s’il s’ensuit une incohérence … En effet, il est possible qu’un homme soit élevé dans la forêt, ou même parmi les loups ; et un tel homme ne peut rien connaître de la foi explicitement », il répond très exactement ceci : « Il revient à la divine providence de procurer à tout homme les choses nécessaires au salut, pourvu qu’il n’y ait pas d’empêchement du côté de cet homme. Car si quelqu’un, élevé de la sorte, suivait la conduite de la raison naturelle dans l’appétit du bien et la fuite du mal, il faut tenir pour très certain que Dieu ou bien lui révélerait par une inspiration intérieure les choses qui sont nécessaires pour croire, ou bien lui enverrait quelque prédicateur de la foi… ». De veritate, Q. 14, art. 11, ad 1.

Et encore : « Si quelqu’un, né parmi les nations barbares, fait ce qu’il peut, Dieu Lui-même lui montrera ce qui est nécessaire pour son salut, soit par l’inspiration, soit en lui envoyant un prédicateur. » Sentence, II, 28, q. 1, art. 4, ad. 4.

Et enfin : « Si quelqu’un n’a personne pour l’instruire, Dieu lui montrera, à moins que ce quelqu’un ne se rende coupable en restant dans sa présente situation. » Sentence, III, 25, q. 2, art. 2, sol. 2.

Comme on le voit, saint Thomas d’Aquin, comme du reste tous les Pères de l’Eglise, rejetait l’hérésie moderne de l’ ’’ignorance invincible’’ qui soi-disant sauverait ceux qui meurent non-catholiques.

Mais, comme les partisans de ’’l’ignorance invincible’’ soutiennent toujours cette opinion dans une attitude qui revient à dire ’’oui mais’’ aux paroles de Notre Seigneur, et croient pouvoir se servir du Magistère pour étayer leurs arguments, regardons alors ce qu’il en est exactement des passages du Magistère sur lesquels ils croient pouvoir s’appuyer.

Bien que le dogme Hors de l’Eglise catholique il n’y a pas de salut ait été plusieurs fois repris par des souverains Pontifes en des documents infaillibles et qu’il n’y ait jamais eu d’exception mentionnée à propos de ’’l’ignorance invincible’’, les tenants de cette proposition théologique s’appuient principalement sur deux documents du Pape Pie IX qui, précisons-le ne remplissent pas les conditions nécessaires pour ressortir du Magistère ordinaire infaillible du souverain Pontife, mais qui ne contiennent cependant pas d’erreur.

Telle est l’allocution, Singulari Quadam, donnée le 9 décembre 1854 dans laquelle Pie IX dit : « …ceux qui vivent dans l’ignorance de la vraie religion, si cette ignorance est invincible, ne sont liés par aucune culpabilité en cette matière aux yeux du Seigneur ».

Dans ce passage le pape ne dit pas que les ’’ignorants invincibles’’ peuvent être sauvés, mais il signifie qu’ils ne sont pas damnés à cause de leur infidélité (parce que n’ayant pas la vraie foi). Et il ne dit pas que cela en fait des sauvés pour autant, car selon saint Thomas d’Aquin, les non-croyants qui n’ont jamais entendu parler de l’Evangile sont damnés pour leurs autres péchés, lesquels ne peuvent être remis sans la Foi.

Mais comme l’Eglise est fidèle à l’enseignement de Notre Seigneur qui ne demande rien d’impossible, le pape Pie IX poursuit en disant dans la même allocution, à propos d’une personne de bonne volonté qui est ignorante invincible : « Les dons de la grâce céleste ne seront assurément pas refusés à ceux qui désirent sincèrement et qui prient pour le rafraîchissement de la lumière divine…». Et plus loin encore : « …tenons très ferme que, conformément à l’enseignement catholique, il y a ’’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême’’ (Eph. 4/5) ; il est illicite d’aller plus loin dans l’enquête ».

Ainsi, de ces passages il faut retenir trois choses :

– que dans l’allocution Singulari Quadam, Pie IX n’a pas enseigné l’erreur qu’on peut être sauvé sans la Foi catholique par ignorance invincible, mais qu’il faut reconnaître que sa formulation est faible, et qu’il n’aurait pas dû se soucier d’essayer de satisfaire les esprits des libéraux et des apostats qui refusent d’accepter le dogme de l’Eglise, et qu’il aurait pu tout simplement répéter le dogme plusieurs fois défini qu’en dehors de l’Eglise il n’y a point de salut, et expliquer alors que quiconque est de bonne volonté ne sera pas laissé dans l’ignorance de la vraie religion.

– qu’en déclarant qu’ « il y a ’’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême’’ (Eph. 4/5) ; il est illicite d’aller plus loin dans l’enquête », nous avons certainement une tentative de Pie IX pour endiguer la marée de croyances qu’on pourrait être sauvé en dehors de l’Eglise par le ’’baptême de désir’’.

– et puis que là encore tous ceux qui croient qu’il peut y avoir un salut hors de l’Eglise, ne citent presque jamais cette partie de l’allocution, car Pie IX avertit bien qu’une telle théorisation à propos du salut par d’autres baptêmes et d’autres fois est illicite.

Ceci dit, les tenants de l’ignorance invincible se servent aussi d’un second document du Pape Pie IX qui, comme précédemment, ne remplit pas les conditions nécessaires pour être infaillible (il s’agit d’une encyclique adressée uniquement aux cardinaux et évêques d’Italie), et qui là encore n’enseigne cependant pas d’erreur, ce qui confond évidemment ceux qui croient pouvoir exploiter les propos de Pie IX.

Dans cette encyclique Quanto Conficiamur Moerore, du 10 août 1863, Pie IX écrit donc ceci : « Et ici, Fils chéris et vénérables Frères, nous devons rappeler de nouveau et blâmer l’erreur considérable où sont malheureusement tombés quelques catholiques. Ils croient en effet qu’on peut parvenir à l’éternelle vie en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi et de l’unité catholique. Cela est péremptoirement contraire à la doctrine catholique. Nous le savons et vous le savez, ceux qui ignorent invinciblement notre religion sainte, qui observent avec soin la loi naturelle et ses préceptes, gravés par Dieu dans le cœur de tous, qui sont disposés à obéir au Seigneur, et qui mènent une vie honorable et juste, peuvent, avec l’aide de la lumière et de la grâce divine, acquérir la vie éternelle ; car Dieu … ne permet point qu’on souffre les châtiments éternels sans être coupable de quelque faute volontaire».

Dans ce passage, il faut par conséquent noter :

– que le pape Pie IX rejette l’idée qu’un homme ’’peut parvenir à l’éternelle vie en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi’’. – qu’il ne dit nulle part que les ignorants invincibles peuvent être sauvés là où ils sont.

– et qu’il réitère que les ignorants, s’ils coopèrent avec la grâce de Dieu, observent avec soin la loi naturelle et répondent à l’appel de Dieu, peuvent acquérir la vie éternelle ’’avec l’aide de la lumière et de la grâce divine’’ (devenant éclairés par la vérité de l’Evangile).

Or, comme suivant le sens scriptural et traditionnel, la ’’lumière et la grâce divines’’ sont reçues en entendant l’Evangile, en y croyant et en recevant le saint Baptême, là encore, et comme dans beaucoup de citations du Magistère, ces dernières précisions sont volontairement omises.

Mais, tout comme pour Singulari Quadam, dans la deuxième partie de cette encyclique Quanto Conficiamur Moerore, il est regrettable que Pie IX n’a pas été aussi clair qu’il aurait pu l’être, car certains ont pu exploiter sa formulation pour favoriser cette hérésie qu’il peut y avoir un salut en dehors de l’Eglise.

Tout cela nous prouve qu’avant, pendant et après Vatican Ier, tout en n’étant donc pas évidemment enseignée par le Magistère, et même en ce temps des grandes missions étrangères, cette hérésie de l’ignorance invincible commençait à se répandre dans les esprits par de nombreux ouvrages tout spécialement destinés à l’usage du clergé.

Grâce à Dieu, en ce qui me concerne, et même si j’ai été moi aussi influencé par ces considérations théologiques, il n’en reste pas moins que cet enseignement me paraissait purement virtuel. Du genre : « Imaginons un esquimau sur sa banquise… ». Et si je n’ai pas eu de difficulté à rejeter ces considérations erronées, cela tient en grande partie au fait que je savais bien de par les écrits des missionnaires martyrs, que tous ces saints rejetaient cette ignorance invincible, et disaient clairement que les âmes ignorant l’Evangile ne peuvent être sauvées, confirmant la nécessité absolue du baptême d’eau pour le salut.

De plus, mon ministère m’ayant amené pendant plusieurs années à passer régulièrement dans le village natal du Bienheureux Théophane Vénard, Martyr des Missions étrangères, et connaissant fort bien le récit de son ministère et de son martyr, je réponds aujourd’hui, qu’invoquer l’ignorance invincible comme possibilité de se sauver, c’est bien la plus grande insulte que l’on puisse faire à tous ces missionnaires qui ont œuvrés jusqu’au martyre pour la conversion des peuples ignorants!

Voilà donc ce qu’il faut rétablir à propos de ces deux documents du Pape Pie IX invoqués par les tenants de cette opinion erronée qu’est ’’l’ignorance invincible’’, et puisque vous commencez à comprendre que ces considérations théologiques se réclament sans cesse d’une réflexion plus approfondie pour justifier d’autres voies de salut en dehors du baptême, regardons cette quatrième considération théologique erronée qu’est cette notion d’Âme de l’Eglise.

Chapitre V – Une autre considération théologique erronée : la notion d’ « Âme de l’Eglise ».

Conjointement à cette erreur de l’ignorance invincible, vous trouvez dans beaucoup d’ouvrages du siècle passé et bien sûr aujourd’hui, cette idée qu’il est possible d’appartenir à l’ ’’Âme’’ de l’Eglise sans appartenir à son Corps et qu’ainsi ceux qui font partie de religions non-catholiques pourraient être sauvés.

Cette erreur est non seulement admise dans tout le monde conciliaire, mais aussi dans la fausse majorité traditionnelle, et malheureusement par la plupart des prêtres et des fidèles qui refusent à juste titre de reconnaître la légitimité des autorités conciliaires.

Alors d’où vient cette notion erronée d’ “Âme de l’Eglise’’, puisque l’on sait fort bien que l’Âme de l’Eglise s’entend tout d’abord du Saint-Esprit. Pie XII, dans son encyclique Mystici Corporis du 29 juin 1943, qui reprend un passage de l’Encyclique Divinum illud de Léon XIII, dit bien : « Qu’il suffise d’affirmer que, si le Christ est la Tête de l’Eglise, le Saint-Esprit en est l’âme ». Et que l’Âme de l’Eglise peut s’entendre également de toutes les âmes en état de grâce, fondues ensemble sous l’Action du Saint-Esprit, de manière à réaliser le mot des Actes des Apôtres : « un seul cœur et une seule âme (Actes IV/32) ». Et pour en faire partie, il faut non seulement avoir été baptisé et professer la foi catholique, mais aussi il faut être en état de grâce. Et le baptisé qui ne serait pas en état de grâce, même en gardant le lien extérieur de l’unité, même en conservant un reste de foi, serait un cadavre de chrétien : se serait une branche morte, qui est destinée au feu, à moins que la pénitence ne la fasse reverdir.

Par conséquent, à l’étude de cette nouvelle notion, l’on peut dire qu’il s’agit d’une extension du terme ’’Âme de l’Eglise’’ pour correspondre aux besoins d’une théologie qui se réclame sans cesse d’une réflexion plus approfondie sur les voies du salut.

Or, puisque nul n’est sensé ignorer le Magistère, nous regardons celui-ci et nous voyons bien qu’il nous dit que l’Eglise ne peut exister dans un autre endroit qui serait une âme invisible de l’Eglise ; et ceux qui disent qu’on peut être sauvé en appartenant à ’’l’Âme de l’Eglise’’, tout en n’appartenant pas à son corps, nient évidemment l’unité indivise du corps et de l’âme de l’Eglise. De plus tous ceux qui défendent cette notion erronée devraient savoir que celle-ci est stigmatisée par le pape Léon XIII dans l’Encyclique Satis Cognitum du 29 Juin 1896. Le souverain Pontife est en effet très clair :

« C’est pour toutes ces raisons que l’Eglise, dans les saintes Lettres, est si souvent appelée un corps, et aussi le corps du Christ … Il s’ensuit que ceux-là sont dans une grande et pernicieuse erreur, qui, façonnant l’Eglise au gré de leur fantaisie, se l’imaginent comme cachée et nullement visible … L’une et l’autre de ces deux conceptions est tout aussi incompatible avec l’Eglise de Jésus-Christ que le corps seul ou l’âme seule est incapable de constituer l’homme. L’ensemble et l’union de ces deux éléments est absolument nécessaire à la véritable Eglise, à peu près comme l’intime union de l’âme et du corps est indispensable à la nature humaine. L’Eglise n’est point une sorte de cadavre : elle est le corps du Christ, animé de Sa vie surnaturelle ».

Malgré cela, il existe malheureusement de nombreux écrits affirmant que l’on peut appartenir seulement à ’’l’Âme de l’Eglise’’ sans en appartenir au corps pour être sauvé, ou qu’il existe une âme invisible de l’Eglise, où encore que l’on peut appartenir invisiblement à l’Eglise.

Quelques écrits de ce genre ont été publiés par le site Catholicapedia, et il n’est pas difficile de relever cette grande et pernicieuse erreur.

Telles sont les Réflexions d’un dénommé Amabilus Manziaci, publiées le 11 septembre 2014, qui ne sont que considérations métaphysiques pour arriver à dire que des non-chrétiens dans l’ignorance invincible, mais moyennant certaines dispositions théologales, « peuvent être considérés comme placés d’une façon particulière sous la motion du Saint-Esprit, et appartenir à « l’âme » de l’Église ».

Nous voyons donc toujours la même erreur, mais cette fois-ci avec une terminologie digne de celle qui a fait tourner la tête aux évêques pendant le conciliabule Vatican II. Quoiqu’il en soit ces écrits se trouvent stigmatisés par le pape Léon XIII et ceux­-ci contiennent toujours l’évidente contradiction dont je vous ai parlé au chapitre II.

En effet pourquoi l’auteur, en préambule des ses Réflexion, annonce : « Gardons constamment à l’esprit, en ce sujet comme en tant d’autres, ce double fil conducteur : premièrement la Révélation, telle qu’elle est attestée ab initio par l’Église, doit faire plier toutes les autres considérations intellectuelles, affectives, morales ou politiques », pour dire ensuite : « Deuxièmement, et nonobstant cet impératif catégorique, la Révélation attestée par l’Église est, et demeure, en conformité semper idem avec l’intelligence humaine » ?, sinon pour faire intervenir des considérations humaines qui vont contre le dogme ! Comme me le disait récemment et avec bon sens un de mes paroissiens : « En somme l’homme demanderait à Dieu de changer la loi ».

Telle est aussi l’étude de l’Abbé Belmont, qui, en termes plus simples, mais avec une méthode tout aussi subtile, en arrive à faire croire que l’on peut appartenir invisiblement à l’Eglise, ce qui n’est qu’une façon masquée de parler de cette toujours même notion d’ « Âme de l’Eglise ».

Arrêtons-nous quelques instants sur son étude car l’Abbé Belmont se croit certainement, en ayant recours au syllogisme, à l’abri de réfutations. Pour ceux qui ne connaissent pas bien ce qu’est un syllogisme, je vous rappelle celui qui est fort connu : « Un bon cheval pas cher, c’est rare », c’est ce que l’on appelle la ’’majeure’’ dans le syllogisme. Vient ensuite la ’’mineure’’ : « Or, selon l’expression ’’tout ce qui est rare est cher’’. ’’Mineure’’ qui est juste en soi, mais qui placée ici, fausse la conclusion et la rend illogique, car effectivement la conclusion est la suivante : « donc un bon cheval pas cher, c’est cher ».

C’est donc par syllogisme que procède l’Abbé Belmont. Il a placé cette proposition sur laquelle je vais revenir : « Qui a simplement la foi théologale, sans être baptisé ou sans professer extérieurement la foi, appartient invisiblement mais réellement à l’Église visible », comme ’’majeure’’ du syllogisme. Ensuite il cite saint Thomas d’Aquin qui définit « l’Église collectio fidelium, l’ensemble des fidèles, la société de ceux qui ont la foi », ce qui constitue donc la ’’mineure’’, et nous avons alors cette conclusion qui semble imparable : « Il y a donc deux façons d’appartenir à l’Église catholique, l’une visible et l’autre invisible. Mais seul le premier mode est normal et stable, seul il peut assurer du Salut éternel. L’appartenance invisible à l’Église est précaire et fragile: elle doit tendre à l’appartenance visible, à laquelle il ne faut pas se dérober. Si l’on se dérobe, cette appartenance invisible devient vaine et se perd; elle n’est en effet qu’une pierre d’attente ».

Comme on peut le constater, et malgré une proposition restrictive dans les conditions ’’d’appartenance invisible’’ à l’Eglise, on voit comment l’Abbé Belmont est attaché à cette erreur, comment il la soutient, la propage, et comment il utilise le syllogisme pour tenter de rendre imparable sa démonstration.

Mais l’Abbé Belmont ne s’en tient pas là pour les besoins de cette cause, il se permet aussi de modifier un passage de l’Encyclique Mystici corporis de Pie XII. En effet, suite à sa conclusion, et pour encore mieux impressionner le lecteur, il cite partiellement Pie XII dans cette Encyclique, disant : « Pour ceux-là mêmes qui n’appartiennent pas [visiblement] à l’organisme visible de l’Église, (…) nous les avons invités tous et chacun, de toute notre affection, à céder librement et de bon cœur aux impulsions intimes ». L’abbé Belmont a ainsi placé entre crochets l’adverbe visiblement ce qui engendre inévitablement, vous l’aurez remarqué, une répétition dans la lecture. C’est ainsi que l’Abbé Belmont se permet de trafiquer l’Encyclique pour sous entendre que l’on peut aussi appartenir invisiblement à l’Eglise !

C’est malheureusement ce genre de malhonnêteté intellectuelle qui trompe les âmes au point de croire que si Pie XII parle d’Eglise visible, cela veut dire aussi qu’il peut y avoir une Eglise invisible. C’est à quelque chose près, le même raisonnement que de penser que puisque la très Sainte Vierge a mis au monde son fils premier-né, elle a eu d’autres enfants après Notre Seigneur, ce que l’on ne manque pas de dire dans les religions non catholiques !

Voilà une première analyse des écrits de l’Abbé Belmont, et ceux qui croient que son document peut faire référence, se doivent évidemment de réviser leur position, et cela d’autant plus qu’il me faut maintenant revenir sur la ’’majeure’’ de son syllogisme, ’’majeure’’ que je vous rappelle donc : « Qui a simplement la foi théologale, dit-il, sans être baptisé ou sans professer extérieurement la foi, appartient invisiblement mais réellement à l’Église visible ».

Grâce à la lecture des chapitres précédents, vous aurez compris que cette proposition est entièrement tirée des erreurs que nous venons de réfuter. En effet pour en arriver à cette proposition l’Abbé Belmont a auparavant développé ceci :

« Le sacrement de Baptême peut être suppléé, quant à l’effet de grâce, par le Baptême de sang et par le Baptême de désir. Le Baptême de sang est le martyre ; le Baptême de désir (ou de feu ou d’esprit) est la contrition parfaite, accompagnée du vœu ou désir du Baptême : c’est ainsi que les définit saint Alphonse de Liguori dans sa Théologie morale (livre VI de Sacramentis, traité II de Baptismo et Confirmatione, chapitre i de Baptismo, n. 95).

Et il avait naturellement cité ce qu’enseigne saint Alphonse de Liguori au numéro suivant de son chapitre de Baptismo:

« Le baptême de feu est la parfaite conversion à Dieu, par la contrition ou l’amour de Dieu par-dessus tout, accompagnée du vœu explicite ou implicite du vrai baptême d’eau, à l’effet duquel il supplée, dit le concile de Trente (session VI, c. 4). Cette suppléance concerne la rémission de la coulpe du péché, non le caractère à imprimer ni la totalité de la peine due au péché à supprimer. […] Il est de foi que les hommes sont aussi sauvés par le baptême de feu ».

C’est ainsi que l’on reconnaît, en seulement quelques lignes, les propositions erronées de ’’baptêmes’’ de désir et de sang, l’opinion erronée de saint Alphonse de Liguori, qui, nous l’avons vu, vient d’une interprétation également erronée du Concile de Trente, et l’affirmation péremptoire qu’ « il est de foi que les hommes sont aussi sauvés par le ‘’’baptême’’ de feu » (’’baptême’’ de désir).

Enfin, un dernier point avant de passer au chapitre suivant : comme l’Abbé Belmont a cité partiellement un passage de l’Encyclique Mystici corporis, regardons exactement ce que dit Pie XII pour démontrer que les tenants du ’’baptême’’ de désir et de cette notion ’’d’Âme de l’Eglise’’ ne peuvent en tirer un argument en leur faveur.

Le Pape Pie XII, dans Mystici Corporis du 29 juin 1943, en parlant des non-catholiques dit en effet ceci : « Cette assurance solennelle, Nous désirons la renouveler … les invitant tous et chacun de toute Notre affection à céder librement et de bon cœur aux impulsions intimes de la grâce divine et à s’efforcer de sortir d’un état où nul ne peut être sûr de son salut éternel ; car, même si par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent ordonnés au Corps mystique du Rédempteur, ils sont privés de tant et de si grands secours et faveurs célestes, dont on ne peut jouir que dans l’Eglise catholique».

Tout d’abord il faut remarquer que la partie de la phrase, l’invitation à « s’efforcer de sortir d’un état où nul ne peut être sûr de son salut éternel », a malheureusement été traduite par « s’efforcer de sortir d’un état dans lequel ils ne peuvent pas avoir la certitude de leur salut », ce qui donne la nette impression que les non-catholiques ont une éventuelle possibilité, voire même finalement une certitude de leur salut, ce qui est une hérésie condamnée par le Concile de Trente (Sess. 6, chap. 9).

Quant à la phrase, en latin ’’quandoquidem, etiamsi inscio quodam desiderio ac voto ad mysticum Redemptoris Corpus ordinentur ’’, celle-ci se trouve mal traduite dans beaucoup d’ouvrages : les uns proposent : « car, même si par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent liés au Corps mystique du Rédempteur », les autres allant même jusqu’à dire : « unis à celui-ci ».

Ce sont des erreurs délibérées qui modifient le sens des paroles de Pie XII, car avec le verbe latin “ordino, as, are, avi, atum’’, qui veut dire ’’ordonner, mettre en ordre, arranger, ajuster, disposer ’’, et utilisé ici par Pie XII selon le mode subjonctif pour exprimer une contingence d’ incertitude et non d’un fait, la phrase doit être la suivante : “car, même si par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent possiblement disposés (ou ordonnés) au Corps mystique du Rédempteur…’’

En d’autres termes, la seule chose que ce ’’certain désir et souhait inconscient’’ peut faire pour ces non-catholiques, est de les mettre en ordre pour entrer dans l’Eglise, à l’exemple de personnes qui se mettraient à suivre le sillage d’un bateau et qui s’apprêteraient à monter dans celui-ci.

Pie XII, n’a donc jamais affirmé, comme certains le prétendent, et nullement en d’autres occasions également, que les non-catholiques pouvaient par un ’’certain désir et souhait inconscient’’ être liés au Corps mystique de Notre Seigneur et pourraient être ainsi sauvés. Mais il est vrai que Pie XII n’aurait pas dû parler des supposés désir et souhait inconscient des non-catholiques, car l’on sait bien que le simple fait de dire de telles choses, permet aux modernistes de développer cette théologie évolutive qui a permis cet élargissement des voies du salut que nous connaissons aujourd’hui dans le faux œcuménisme conciliaire.

Voilà donc comment, pour terminer la réfutation de cette considération théologique erronée qu’est cette notion d’«’Âme de l’Eglise », ce qu’il fallait savoir sur ce passage de l’Encyclique Mystici corporis.

Maintenant que nous avons vu l’origine de ces erreurs, puis les documents qui ont été mal interprétés, et d’une manière générale les réfutations de ces considérations théologiques que sont ces ’’ baptêmes’’ de désir et de sang, cette ’’ignorance invincible’’ et cette notion ’’d’Âme de l’Eglise’’, regardons la raison pour laquelle ces propositions n’ont jamais été condamnées et pourquoi celles-ci se sont développées.

VI – La raison pour laquelle ces propositions théologiques erronées n’ont jamais été condamnées et se sont développées

Nous venons de voir que les ‘’’baptêmes’’ de désir et de sang sont exclus par l’enseignement infaillible de l’Eglise. Et qu’il en est de même pour ’’l’ignorance invincible’’ et cette notion ’’d’Âme de l’Eglise’’, et que ces fausses doctrines proviennent d’opinions faillibles, de mauvaises interprétations ou traductions de certains Actes du Magistère.

Mais la grande objection que l’on entend aujourd’hui revient à ces questions : pourquoi alors ses fausses doctrines n’ont-elles jamais été explicitement condamnées, et pourquoi sont-elles couramment enseignées ?

Pour répondre à cela, il faut tout d’abord se souvenir, car nous l’avons vu au chapitre II, que des organes de la tradition en des actes ne jouissant pas de l’assistance divine qu’est l’infaillibilité, peuvent tomber dans l’erreur et véhiculer des enseignements déficients et qu’un nombre important d’autorités peuvent rester dans le silence, même face à des erreurs manifestes qui se répandent, et qu’en ce qui concerne le silence cela puisse même toucher la charge pontificale.

En ce qui concerne les nombreux actes ou documents ne jouissant pas de l’infaillibilité, il est évident que ceux-ci véhiculent les erreurs que nous venons d’analyser au cours des chapitres précédents, et le fait d’accumuler des dizaines de citations de ce genre ne peut en faire une seule vérité.

En effet, et je reviendrai sur ces faits d’actualité, dans la polémique engendrée par le site internet Catholicapedia, certaines personnes se sont lancées dans la recherche de nombreuses citations dont la grande majorité sont des écrits ne relevant absolument pas de l’infaillibilité de l’Eglise, et de quelques autres infaillibles mais qui précisément sont ceux dont nous venons de voir qu’ils étaient mal interprétés ou mal traduits.

Le seul avantage de ce travail, c’est qu’il aura permis de constater combien ces erreurs se retrouvent désormais dans presque tous les manuels de théologie, les livres d’instructions religieuses, les catéchismes et surtout, car il fallait commencer par là, dans les ouvrages destinés à la formation du clergé. C’est la raison pour laquelle il est impossible d’oublier dans la réfutation de ces erreurs, l’action de la conjuration antichrétienne par certains membres du clergé, action sur laquelle je vais obligatoirement revenir.

Quant au fait maintenant que les autorités de l’Eglise soient restées dans le silence, il faut bien reconnaître que ce fut malheureusement le cas de plusieurs souverains Pontifes, notamment ceux dont nous venons de voir quelques écrits.

En effet, Pie IX resta silencieux sur ces erreurs et, nous l’avons vu, il n’a pas été également aussi clair qu’il aurait pu l’être, ce qui permit à certains théologiens d’exploiter sa formulation pour favoriser cette hérésie qu’il peut y avoir un salut en dehors de l’Eglise. De son temps ce fut même l’ “ignorance invincible“ qui commença à se répandre dans les esprits alors que paradoxalement se développaient les missions étrangères.

Et en ce qui concerne Pie XII, le problème ne porte pas tant sur ce qu’il a dit dans l’Encyclique Mystici corporis, mais sur ce qu’il n’a pas dit, car il aurait dû rappeler sur le dogme en dehors de l’Eglise point de salut.

Par conséquent, à cause du silence des autorités, et il faut bien reconnaître, à cause également d’une certaine faiblesse de leur part, ces erreurs pourtant manifestes, se sont donc propagées, dans les documents et les ouvrages que je viens d’évoquer.

La propagation des ces erreurs ne s’explique donc pas autrement, et avant de regarder plus en détail l’action de la conjuration chrétienne sur la foi au dogme en dehors de l’Eglise point de salut, comprenons bien également que si les autorités n’ont pas condamné ces erreurs, c’est parce qu’en ces temps d’apostasie générale, Dieu a permis que celles-ci deviennent de véritables hérésies aujourd’hui pour séparer celui qui croira la vérité de celui qui n’y croira pas, l’Apôtre saint Paul disant bien dans sa première Epître aux corinthiens (11/19) : « Car il faut qu’il y ait même des hérésies, afin qu’on découvre ceux d’entre vous qui sont éprouvés ».

C’est l’épreuve que permet Notre Seigneur aujourd’hui, et afin que tous comprennent qu’il s’agit de garder la foi aux dogmes de l’Eglise pour être sauvé, il faut donc maintenant que je vous parle de la nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise qui amène ceux qui la soutiennent à affirmer que refuser de croire à ces quatre propositions erronées, serait non seulement refuser de croire à l’enseignement du Magistère ordinaire, mais encore que se serait tomber dans l’hérésie appelée “Feeneyiste“.

VII – Une nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise

C’est donc en grande partie parce que certaines personnes se sont lancées dans la recherche de nombreuses citations dont la grande majorité sont des écrits ne relevant vraiment pas du tout de l’infaillibilité de l’Eglise, comme je viens de le dire, et parce celles-ci voulaient me prouver ainsi que je refusais l’enseignement du Magistère ordinaire de l’Eglise, que je me suis aperçu de leur méprise sur l’infaillibilité.

En effet pourquoi ces personnes parlent-elles de documents infaillibles alors qu’il ne s’agit que de documents faillibles? La raison est simple et celle-ci est vraiment déconcertante lorsqu’on la découvre chez ceux qui affirment si hautement connaître le Magistère. En effet, la cause de l’erreur apparaît immédiatement dans les écrits et les commentaires consultables sur le site internet Catholicapedia. Il s’agit ni plus ni moins d’une extension de l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel aux ouvrages ou manuels de catéchismes !

Alors effectivement avec une telle extension de l’infaillibilité du Magistère ordinaire il n’est pas étonnant que les personnes qui m’ont relevé bon nombre de citations tirées de différents catéchismes sur ces ’’baptêmes’’ de désir, de sang…, aient été désolées de ce que je refuse le « Magistère ordinaire de l’Eglise » ! Ou encore, mais ici la personne que je connais bien et qui continue actuellement de mettre ses propos sur ce même site internet et sous le pseudonyme Nordland, fait vraiment preuve d’une ironie peccamineuse en écrivant : « Leur péché (ceux des successeurs du Père Feeney) est d’aller directement contre la vérité connue. Ces vérités sont enseignées dans tous nos catéchismes. Et pourtant, ils les nient pertinacement. Ce sont de véritables aveugles conduisant des aveugles ».

C’est ainsi que l’on vous accuse ni plus ni moins de commettre le péché contre le Saint-Esprit, alors que le conférencier qui tient de tels propos, est dans le piège d’un faux magistère où se retrouvent pêle-mêle erreurs et vérités à croire !

Tous ceux qui sont intervenus sur ce site internet, ainsi que tous ceux qui soutiennent que les catéchismes sont infaillibles, n’ont pas compris que l’infaillibilité ne s’étend pas, ou ne descend pas, au delà des Encycliques pontificales, et tout vient de ce qu’ils ont mal compris les auteurs qui disaient à juste titre que les Actes du Magistère infaillible se trouvent dans les catéchismes, en déduisant que c’étaient les catéchismes en eux-mêmes qui étaient infaillibles. Quelle méprise !

Avec ces explications, peut-être que certains vont enfin comprendre qu’ils ont mal interprétés les écrits de Vacant que je cite dans mon ouvrage 40 ans d’erreurs. Il est donc évident que si j’avais pu deviner à l’avance que l’on ferait de telles interprétations, je n’aurais pas cité cet auteur parce que de toute façon ses écrits n’ajoutaient rien de plus à mes réfutations.

Quoi qu’il en soit, cette extension de l’infaillibilité de l’Eglise a d’énormes conséquences, entre autres celle de concentrer pratiquement toutes les argumentations sur les ouvrages faillibles au détriment des Actes infaillibles de l’Eglise. Et cela vous avez pu le remarquer à propos des citations que je viens de faire, et vous allez également le remarquer tout au long des explications qu’il me faut maintenant vous donner sur ces ouvrages que sont donc les catéchismes, le martyrologe romain et quelques autres exemples ou citations dont les tenants de ces propositions théologiques erronées se servent dans leur argumentation.

Le Catéchisme du concile de Trente

Comme je viens de le démontrer ci-dessus, le catéchisme de Trente n’est pas infaillible dans chacune de ses phrases, mais pris dans son ensemble c’est évidemment un excellent catéchisme qui exprime la Foi catholique avec précision et efficacité. En l’étudiant, celui-ci donne déclaration après déclaration un enseignement clair et sans ambiguïté que le Sacrement du baptême est absolument nécessaire au salut de tous sans aucune exception, excluant ainsi à plusieurs reprises toute idée de salut sans le baptême d’eau.

Par exemple, lorsque celui-ci traite du nombre des sacrements page 174 : « Mais ce qu’il faut bien remarquer, c’est que si tous les Sacrements possèdent en eux-mêmes une Vertu divine et admirable, cependant ils ne sont pas tous d’une égale nécessité, pas plus qu’ils n’ont ni la même dignité, ni la même signification. Ainsi il y en a trois qui sont regardés comme vraiment nécessaires quoique à des titres différents. Le baptême est absolument nécessaire à tous sans aucune exception : le Sauveur l’a déclaré lui-même dans ces paroles : si quelqu’un ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit, il ne peut point entrer dans le royaume de dieu (Jean 3/5)».

Cela signifie donc que Jean 3/5 est compris littéralement, car nous y lisons également la nécessité du baptême à la page 201 : « Ce que nous avons dit jusqu’ici de ce Sacrement est très utile à connaître pour les Fidèles. Mais ce qu’il est absolument nécessaire de ne pas leur laisser ignorer, c’est que Notre Seigneur a fait à tous les hommes une loi de ses faire baptiser, loi si rigoureuse que ceux qui ne seraient pas régénérés en Dieu par la grâce de ce Sacrement, ne viendraient au monde que pour leur malheur et leur perte éternelle, que leurs parents d’ailleurs fussent chrétiens ou païens. C’est pourquoi les Pasteurs ne sauraient expliquer trop souvent ces paroles de l’Evangile. Si quelqu’un n’est pas régénéré par l’eau et par l’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume des cieux (Jean 3/5). »

Or, de la même manière que nous avons vu comment certains ouvrages commençaient à parler fort correctement du dogme En dehors de l’Eglise point de Salut, et comment contre tout attente intervenait une espèce de “oui mais“ engendrant une impression de contradiction, nous retrouvons donc un passage qui enseigne que la résolution de quelqu’un à recevoir le baptême le ferait arriver à la grâce et à la justification s’il lui était impossible de recevoir le baptême.

C’est le passage où il est dit (page 204, de la Nécessité du baptême) :

« Malgré cela l’Église n’est pas dans l’usage de donner le Baptême aux adultes aussitôt après leur conversion. Elle veut au contraire qu’on le diffère un certain temps. Ce retard n’entraîne point pour eux les dangers qui menacent les enfants, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Comme ils ont l’usage de la raison, le désir et la résolution de recevoir le Baptême, joints au repentir de leurs péchés, leur suffiraient pour arriver à la grâce et à la justification, si quelque accident soudain les empêchait de se purifier dans les Fonts salutaires. »

Découvrir cela n’est donc pas étonnant, puisque nous avons vu que tout venait d’une mauvaise interprétation de ce passage du concile de Trente à propos du baptême d’eau ou du désir de celui-ci et de l’omission de la phrase qui suit immédiatement : « selon ce qu’il est écrit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’Eau et de l’Esprit Saint (Jean 3/5) ».

Et il est donc évident que ce n’est pas parce que cet excellent catéchisme comporte cette erreur qu’il faut pour cela le retirer de sa bibliothèque (faire de même pour tous les autres fort bons ouvrages) ainsi que pour le catéchisme attribué à Saint Pie X.

Le Catéchisme attribué à saint Pie X

 Car, en effet, dans le catéchisme attribué au pape saint Pie X et toujours selon le même clivage, nous retrouvons à la question sur le baptême : « Peut-on suppléer en quelque manière à l’absence du Baptême ? », cette réponse : « Le défaut du sacrement de Baptême peut être suppléé par le martyre qu’on appelle Baptême de sang, ou par un acte de parfait amour de Dieu ou de contrition joint au désir au moins implicite du Baptême, et ceci s’appelle Baptême de désir. »

Là encore c’est une contradiction totale avec ce que le catéchisme annonce précédemment et toujours pour cette même raison : cette mauvaise interprétation du passage du concile de Trente.

Ainsi après avoir compris pourquoi ces propositions théologiques erronées se retrouvent dans ces catéchismes, notons qu’en ce qui concerne ce Catéchisme de saint Pie X, celui-ci bien qu’attribué à ce saint Pape, ne fut pas écrit et ne fut pas solennellement promulgué par ce souverain Pontife, et que cet ouvrage qui figure en bonne place dans ma bibliothèque, et que je recommande moyennant la précaution nécessaire à l’égard de cette réponse, ne peut pas être compté pour les raisons qui vous sont donc connues maintenant, comme document infaillible du Magistère.

Et ce qu’il faut donc savoir également c’est que les souverains Pontifes travaillent et rédigent leurs documents avec l’aide plus ou moins importante des Dicastères, que c’est bien à lui qu’il revient de vérifier, rectifier au besoin les actes infaillibles du Magistère, mais qu’en ce qui concerne les actes ne jouissant pas de l’assistance divine qu’est l’infaillibilité, les catéchismes par exemple, il faut reconnaître que les souverains pontifes sont des personnes très occupées, avec des tonnes de responsabilités, et que par conséquent ils ne peuvent évidemment pas être conscients de tout ce qui est enseigné et imprimés de par le monde.

Les imprimaturs

C’est la raison pour laquelle nous voyons le pape saint Pie X écrire dans l’encyclique Pascendi, au paragraphe 69, et à l’adresse des évêques du monde entier, cette injonction : « Ne vous laissez pas arrêter, Vénérables Frères, au fait que l’auteur a pu obtenir d’ailleurs l’imprimatur : cet imprimatur peut-être apocryphe, ou il a pu être accordé sur examen inattentif, ou encore par trop de bienveillance ou de confiance à l’égard de l’auteur, ce qui arrive peut-être quelques fois dans les Ordres religieux ».

Saint Pie X, qui dans cette encyclique dénonce le modernisme, s’était donc rendu compte de la nécessité de faire contrôler dans les diocèses toutes les publications d’ouvrages religieux, et peut-être avait-il déjà vu que bien avant lui les autorités diocésaines faisaient déjà trop confiance à certains écrivains ecclésiastiques.

Les évêques n’ayant pas assuré pleinement leur rôle de surveillant, de gardien de la foi, avant même cette injonction de saint Pie X, l’enseignement erroné disant qu’on peut être sauvé dans une religion non catholique se retrouve donc ainsi dans de nombreux ouvrages. Je citerai par exemple ce que Mgr de Ségur affirme tout de go dans son ouvrage Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion, ouvrage qui ne possède aucune imprimatur (seulement un avis de l’éditeur) : “un protestant, un schismatique n’est pas damné par cela seul qu’il est protestant ou schismatique. S’il est de bonne foi dans son erreur, c’est à dire s’il n’a pas pu, pour une raison ou une autre, connaître et embrasser la foi catholique, il est considéré par l’Eglise comme faisant partie de ses enfants : et, s’il a vécu selon ce qu’il a cru être la vraie loi de Dieu, il a droit au bonheur du Ciel, comme s’il eût été catholique. “ (!)

Et dire que dans un commentaire d’un internaute sur Catholicapedia, cette personne citait ce passage de Mgr de Ségur comme une preuve en faveur du salut des non-catholiques ! Il serait bon tout de même que l’on comprenne que pour être sauvé, il faille faire partie corps et âme de l’Eglise et surtout jusqu’aux instants de la mort, et que pour faire partie de l’Âme, il faut, comme précisé plus avant, non seulement avoir été baptisé et professer la foi catholique, mais aussi être en état de grâce.

Les catéchumènes martyrs

Après avoir vu ce qu’il fallait penser des catéchismes, de l’imprimatur, et de la prévarication des évêques quant à leur fonction de gardiens de la foi catholique, regardons maintenant ce que précise le Martyrologe Romain, car les tenants du baptême de sang font grand cas de quelques catéchumènes martyrs morts sans le baptême et que l’Eglise mentionne au catalogue des saints.

L’argument étant le suivant : « puisque ces catéchumènes morts sans le baptême sont au catalogue des saints, et que canonisation fait partie des objets soumis à l’infaillibilité de l’Eglise, c’est la preuve que l’Eglise reconnaît une autre possibilité de salut, celle du “baptême de sang“ ».

A cet argument, commençons par répondre en citant une note très intéressante publiée en préface du Martyrologe Romain. Dans le Martyrologe publié par l’ordre de Grégoire XIII, revu par l’autorité d’Urbain VIII et de Clément X, augmenté et corrigé en 1749 par le pape Benoît XIV, nous lisons en effet à la page 11 : « En somme Benoît XIV admet qu’il y a bien des imperfections dans les éditions du Martyrologe romain approuvées par ses prédécesseurs, que l’infaillibilité de l’Eglise n’est point engagée dans l’insertion des noms faite par des rédacteurs soucieux avant tout de combler un vide ; et que, si l’Eglise laisse subsister certains défauts dans un document qu’elle approuve parce qu’elle n’estime pas opportun de les corriger, cela n’autorise pas à mettre en cause son infaillibilité. »

En d’autres termes, il faut admettre que l’Eglise n’engage pas son infaillibilité dans le Martyrologe car celui-ci comporte trop d’imprécisions dans le récit de la mort de certains Martyrs.

Citons quelques exemples :

– Le cas de sainte Emérentienne, souvent cité, martyrisée en priant publiquement sur la tombe de sainte Agnès durant la persécution de Dioclétien, où l’on peut fort bien admettre que le compte-rendu de son martyre offre une situation qui suggère en soi qu’elle était déjà baptisée.

– Le cas des saints Donatien et Rogatien, deux frères nantais dont l’un était catéchumène, et qui passèrent la nuit avant leur martyre à se fortifier l’un l’autre dans la foi. Comment alors ne pas penser que l’un ait baptisé l’autre ? Les clercs et les personnes qui les citent n’en n’émettent jamais l’idée ; par contre les bêtises ne manquent pas sur le sujet des martyrs, entre autre celle de dire qu’il y eut des centaines et des centaines de catéchumènes martyrs pendant les persécutions, ce qui est totalement faux.

– Le cas de saint Alban, dans lequel on fait croire que le saint prie pour qu’une source d’eau apparaisse afin d’étancher sa soif, alors qu’il paraît évident que cette source d’eau a jailli miraculeusement afin que celui-ci puisse baptiser son garde qui venait de se convertir.

Et parce que nous trouvons encore dans quelques endroits du Martyrologe l’expression “baptisé dans son sang“, qui signifie “lavé dans son sang“, faut-il pour autant en conclure à un ‘’baptême’’ de sang comme le suggèrent les tenants de cette considération erronée ?

Après ces différents cas, regardons encore celui des saints Innocents, cas très particulier qui me donne alors l’occasion de donner quelques précisions supplémentaires.

Le cas des saints Innocents

Dans certains catéchismes nous trouvons l’expression “baptême de sang“ à propos des enfants tués au temps de la naissance de Notre Seigneur, par l’ordre d’Hérode. Dans le catéchisme de Spirago, par exemple, on lit : « Enfin ils sont innocents en raison des suites de leur mort, parce que leur martyre leur a conféré l’innocence baptismale, c’est-à-dire les a purifiés du péché originel ».

Or, il faut savoir que ce n’est pas leur martyre qui les a purifiés du péché originel, mais qu’ils furent déjà purifiés par le rite sacré – la circoncision – qui avant l’institution du baptême enlevait la tache originelle. Que ces enfants soient ensuite visités intérieurement par une grâce spéciale qui les prépara à l’immolation glorieuse pour laquelle ils étaient destinés, c’est certain. Quant au fait maintenant que les saints Innocents, tout en faisant partie des saints de l’Ancien Testament, soient rattachés au calendrier des saints du Nouveau Testament, c’est tout simplement parce que l’Eglise les a associés au Mystère de l’enfance de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et qu’il en est de même des saints et saintes qui sont morts avant l’Ascension, et qui toujours sous l’ancienne loi, sont associés alors aux Mystères de la vie et de la Passion de Notre Seigneur, ce qui est le cas du Bon Larron sur lequel il me faut donner encore d’autres précisions, face à toutes les âneries que l’on peut entendre et lire à ce sujet.

Le cas du Bon Larron

Certains clercs en effet affirment que c’est uniquement la grâce de conversion que Dieu accorde au Bon Larron qui lui mérita son salut, afin de justifier là encore qu’il est possible de se sauver sans le baptême d’eau ou par le “baptême de sang“. Pourquoi tant d’insistance sur cette grâce de conversion, alors que le cas du Bon Larron est beaucoup plus simple. En effet, tout en nous trouvant avant l’ordre formel de Notre Seigneur Jésus-Christ d’ « allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », Notre Seigneur Jésus-Christ, suite à la contrition du Bon Larron, est tout a fait libre de lui accorder le Paradis et c’est bien ce que nous lisons dans l’Evangile de la Passion. Saint Dismas, puisque tel est son nom, est d’ailleurs l’unique saint canonisé par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même.

Voilà donc ce qu’il fallait préciser à propos du Bon Larron, qui lui aussi figure au calendrier des saints du Nouveau Testament, car associé au Mystère de la Passion de Notre Seigneur.

Mais comme certains vont toujours plus loin dans leurs recherches parmi les documents faillibles, il fallait bien s’attendre à ce que ceux-ci cherchent du côté de la vie du saint Curé d’Ars, qui se situe précisément dans cette période où ces considérations erronées de baptême de désir et de sang se trouvaient déjà dans les ouvrages qu’il pouvait avoir à sa disposition. Et c’est bien sûr ce même Nordland – dont nous avons parlé – qui a donc recherché ce qu’il lui fallait trouver. Dans les notes que prenaient les auditeurs des cours de catéchisme du saint Curé, Nordland a donc relevé un passage dans lequel saint Jean Marie Vianney dit que le baptême peut être suppléé par son désir ou par le Martyr. Nous savons pourquoi le saint Curé d’Ars a malheureusement pu dire cela, mais pour mieux appuyer son argumentation Nordland va abondamment parler des intuitions du saint Curé, insistant donc sur la sainteté au détriment de l’infaillibilité du Magistère qui n’a évidemment jamais enseigné ces considérations erronées. L’argument fort étant donc que “l’on ne peut tout de même pas dire que le Curé d’Ars s’est trompé puisqu’il est saint !“.

Comme nous avons déjà vu que cette argumentation ne tenait pas, il faut donc déjà en conclure que toutes ces recherches parmi les documents faillibles sont une première conséquence de cette extension erronée de l’infaillibilité du Magistère, mais que celle-ci n’est pas seule malheureusement car la deuxième est encore plus grave, c’est celle de l’oubli de l’action de la conjuration antichrétienne qui détruit étape par étape la foi au dogme en dehors de l’Eglise point de salut.

VIII – Un oubli de taille : l’action de la conjuration antichrétienne

Car il est tout de même fort curieux, en effet, que tous ceux qui sont au courant de l’infiltration des ennemis du Christ et de l’Eglise dans le clergé et jusque dans les plus importants Dicastères romains, et le conférencier lui-même, car celui-ci s’est tout particulièrement penché ces dernières années, sur les relations de la secte conciliaire avec les toujours mêmes ennemis du Christ et de l’Eglise, n’en fassent que de très légères allusions et en viennent à faire croire que les Dicastères, sous Pie XII (et parce qu’il s’agit du dernier souverain Pontife que nous reconnaissions), étaient catholiques !

A l’entendre, l’on croirait que la conjuration antichrétienne n’a commencé qu’après Pie XII alors que toutes ces personnes auxquelles je fais allusion, savent parfaitement que cette conjuration a commencé dès Genèse 3/15 : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »

L’archevêque Cushing et le Père Feeney

Ce conférencier en oubliant cet aspect, a eu de graves lacunes dans l’étude qu’il a faite sur ce qu’on peut appeler l’affaire du Père Feeney. En effet, il n’a vraiment pas assez souligné le fait qu’il s’agissait dès le départ d’une confrontation avec l’archevêque de Boston, Richard Cushing, un prélat qui fut élu ‘homme de l’année’ par le B’nai B’rith (juifs franc-maçons), et qui qualifiait d’ ‘absurdité’ le dogme Hors de l’Eglise catholique pas de salut.

Au lieu de cela il a même présenté à plusieurs reprises cet archevêque sous un tout autre jour, employant la méthode qui consiste non seulement à minimiser l’adversaire, mais à pratiquement lui donner raison. Vous en jugerez vous-même par ce passage de la conférence : « Cushing n’est pas devenu l’ennemi du jour au lendemain. Il y a bien une raison ».

Evidemment le conférencier soutenant mordicus les considérations théologiques erronées qui viennent d’être réfutées, il se devait donc de présenter l’Archevêque Cushing comme celui qui eut raison à l’époque de s’opposer au père Feeney, qui, lui, tenait comme il se doit au dogme en dehors de l’Eglise point de salut comme l’Eglise l’a toujours entendu et enseigné par son Magistère.

Bref, bien que le conférencier ait parlé de quelques aspects négatifs sur l’Archevêque Cushing, il a cependant été loin d’exposer objectivement toute la raison des difficultés rencontrées par le père Feeney, de même qu’il n’a pas présenté comme il le devait le fait que ces ’’Messieurs’’ de la curie romaine se soient empressés d’user de leur autorité et de rédiger des documents pour le sanctionner.

Par conséquent, et parce que je connais trop les travaux de ce conférencier, ayant connu également son mentor, en temps normal c’est l’analyse objective des différents documents émis par cette curie romaine et ces Dicastères, qui aurait dû être l’objet principal de cette conférence de deux heures afin de souligner toute l’action de cette conjuration antichrétienne.

Au lieu de cela il a laissé croire que ces toujours mêmes ennemis du Christ et de l’Eglise n’étaient pas dans la place et que Pie XII étant canoniquement le dernier souverain Pontife légitime que nous reconnaissions, celui-ci maîtrisait tous les dossiers, alors que tous ces catholiques semper idem, savent bien qu’il n’en était pas ainsi, que la Révolution conciliaire couvait, et que le massacre de la liturgie de la Semaine sainte et surtout de la Vigile pascale, en était un de ses prémisses.

J’ajouterais encore qu’il est vraiment lamentable dans la teneur de cette conférence, d’idéaliser Pie XII au point de croire que pendant l’exercice de son Pontificat il ne fut pas, soit abusé, soit en position de faiblesse, face à tous les membres des différents Dicastères et des commissions romaines qui préparaient déjà cette Révolution, et que finalement une position comme celle du Père Feeney, l’affaire commençant à prendre de l’ampleur, ne devienne une difficulté pour réaliser leurs criminelles entreprises.

Et j’ajouterai enfin que ne pas tenir compte de l’action de la conjuration antichrétienne avec ceux qui se sont mis au service du démon, comme le dit Léon XIII, c’est également ici oublier toutes les difficultés rencontrées dans la réaction à ce conciliabule Vatican II, les sanctions, les suspens a divinis, les excommunications, dont l’histoire de l’opposition aux conciliabule Vatican II et ses réformes liturgiques, nous en fournit de multiples exemples !

Comparaison du Protocole Suprema haec sacra du 8 août 1949 avec le document Espérance du salut pour les enfants morts sans baptême par la “ Commission Théologique Internationale“ de 2007

Avec le recul, il est fort intéressant aujourd’hui de reprendre le protocole intitulé Suprema haec sacra, cette lettre de deux cardinaux à l’archevêque Cushing, et de comparer celui-ci avec un autre document intitulé Espérance du salut pour les enfants morts sans baptême, rédigé par la “ Commission Théologique Internationale“ en 2007, “approuvé“ à l’époque par l’abbé Ratzinger, alias Benoit XVI, et qui visait à supprimer les Limbes.

Cette comparaison permet de mieux comprendre encore pourquoi ces considérations théologiques erronées de ’’baptêmes’’ de désir et de sang, ’’d’ignorance invincible’’ et ’’d’Âme de l’Eglise’’ sont ainsi parvenues sans condamnation jusqu’à nous. Elles permettaient, et c’est manifeste et saisissant, cet élargissement des voies du salut que l’on constate tous les jours avec ce faux œcuménisme de Vatican II.

Petite anecdote au passage, ce document intitulé Espérance du salut pour les enfants morts sans baptême fut publié dans un commentaire d’un intervenant sur le site Catholicapedia, mais il fut retiré quelques heures après, ce qui prouve bien qu’une ou plusieurs personnes se sont soudainement aperçues que ce document allait totalement à l’encontre de leur argumentation.

Après cette anecdote regardons et analysons tout d’abord le “protocole“.

Protocole Suprema haec sacra

Celui-ci n’est évidemment pas un document infaillible, mais émis par de hautes autorités romaines, il est très utile dans le sens où il est le concentré des erreurs que nous venons de réfuter tout au long de ces chapitres et qu’il est donc très intéressant de le mettre en parallèle avec ce document de 2007.

En effet, le Protocole commence par affirmer que ce dogme Hors de l’Eglise point de Salut doit être compris dans le sens où l’Eglise elle-même l’entend, ce qui évidemment permet une nouvelle compréhension du dogme que le Magistère de l’Eglise a cependant présenté une fois pour toute.

Ensuite, on y découvre un passage qui est récurrent dans bien d’autres documents, et bien sûr dans le texte de cette commission théologique à propos des enfants morts sans baptême. C’est le passage suivant : « Dans son infinie miséricorde, Dieu a voulu que les effets, nécessaires pour être sauvé, de ces moyens de salut qui sont ordonnés à la fin dernière de l’homme non par nécessité intrinsèque mais uniquement par l’institution divine, puissent aussi être obtenus en certaines circonstances, lorsque ces moyens ne sont mis en œuvre que par le désir ou par le souhait . »

Ce passage reprend évidemment cette mauvaise compréhension du concile de Trente que nous trouvons encore plus nettement affirmée ici : « Or il faut en dire autant, à son propre degré, de l’Eglise, en tant qu’elle est le moyen général du salut. Car pour que quelqu’un obtienne le salut éternel, il n’est pas toujours requis qu’il soit effectivement incorporé à l’Eglise comme un membre, mais il est au moins requis qu’il lui soit uni par le vœu et le désir. »

Et puis nous retrouvons évidemment la fameuse ’’ignorance invincible’’ dans ces quelques lignes : « Cependant, il n’est pas toujours nécessaire que ce vœu soit explicite, comme il l’est chez les catéchumènes, mais, quand l’homme est victime d’une ignorance invincible, Dieu accepte aussi un vœu implicite, ainsi appelé parce qu’il est inclus dans la bonne disposition d’âme par laquelle l’homme veut conformer sa volonté à la volonté de Dieu. »

Tous ces passages sont autant de preuves qu’il n’est pas nécessaire d’appartenir à l’Eglise catholique pour être sauvé, proposition que nous savons dénoncée par Pie XII lui-même dans Humani Generis, et dont je vous rappelle le passage : « Certains estiment qu’ils ne sont pas liés par la doctrine que Nous avons exposée il y a peu d’années dans notre lettre Encyclique et qui est fondée sur les sources de la révélation, selon laquelle le Corps Mystique et l’Eglise catholique romaine sont une seule et même chose. Quelques-uns réduisent à une formule vaine la nécessité d’appartenir à la véritable Eglise pour obtenir le salut éternel ».

Par conséquent les passages de ce protocole prouvent combien du temps de Pie XII, les ennemis très rusés de l’Eglise savaient proposer ces erreurs comme vérités à croire et comment ils allaient les imposer par l’argument d’autorité.

Si maintenant nous regardons le document de cette “Commission Théologique Internationale“, nous retrouvons tout cela d’une façon plus aboutie encore parce qu’il s’agit alors de supprimer l’existence des Limbes pour les petits enfants morts sans le baptême.

L’espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême – texte de la Commission Théologique Internationale de 2007 “approuvé“ par Ratzinger, alias Benoit XVI.

Ainsi, puisque nous avons vu que le Protocole annonçait une nouvelle compréhension du dogme En dehors de l’Eglise point de Salut, nous retrouvons donc cette nouvelle perception 60 ans plus tard. En effet, dans le chapitre intitulé “éléments de nature herméneutique’’ (l’art d’interpréter les textes) sur le sort des enfants qui meurent sans baptême, nous lisons au paragraphe 33 de ce document :

« (…) Dans la recherche théologique, la perception de la volonté salvifique divine comme “quantitativement“ universelle est relativement récente. Au plan du Magistère, cette perception plus large s’est affirmée peu à peu ».

Et bien sûr, cette même commission ne manque pas de préciser que la nouvelle manière de concevoir cette extension s’appuie sur ce passage de la lettre Encyclique de Pie IX, Quanto conficiamur Moreore, du 10 septembre 1863 que je vous rappelle donc : « [ceux] qui mènent ainsi une vie honnête et droite peuvent, avec l’aide de la lumière et de la grâce divines, acquérir la vie éternelle ; car Dieu, qui voit parfaitement, scrute et connaît les esprits, les âmes, les pensées et les qualités de tous, dans sa très grande bonté et sa patience, ne permet pas que quelqu’un soit puni des supplices éternels sans être coupable de quelque faute volontaire ».

Alors que dans cette même Encyclique nous avons vu que le pape Pie IX rejetait l’idée qu’un homme ’’peut parvenir à l’éternelle vie en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi’’, qu’il ne disait nulle part que les ignorants invincibles peuvent être sauvés là où ils sont, mais réitérait que les ignorants, s’ils coopèrent avec la grâce de Dieu, observent avec soin la loi naturelle et répondent à l’appel de Dieu, peuvent acquérir la vie éternelle ’’avec l’aide de la lumière et de la grâce divine’’ (devenant éclairés par la vérité de l’Evangile), ce qui selon le sens scriptural et traditionnel, signifie que la ’’lumière et la grâce divines’’ sont reçues en entendant l’Evangile, en y croyant et en recevant le saint Baptême.

C’est la preuve flagrante de l’action de ces ennemis très rusés, qui ne citent parmi les passages des Actes du Magistère, en les détournant de leur signification, que ceux qui leur permettent d’arriver à leur fin : ici cette toujours même possibilité de se sauver tout en étant dans l’ignorance invincible.

Et puis de la même façon que le Protocole annonçait que l’on pouvait obtenir les effets des moyens nécessaires au salut par leur seul désir, la même proposition se retrouve au paragraphe 6 de ce document, et celle-ci se trouve alors augmentée de la théologie hérétique de Jean-Paul II, (soulignée dans la citation) :

« Ainsi, alors même qu’elle sait que la voie normale pour obtenir le salut dans le Christ est le baptême in re, l’Église espère qu’il puisse y avoir d’autres voies pour obtenir la même fin. Puisque “par son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme“, et puisque le Christ est mort pour tous, et encore parce que tous sont en fait “appelés à une unique et même destinée, qui est divine“, l’Église croit que “l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associés au mystère pascal“ ».

Maintenant, si nous nous rappelons que le Protocole reprenait encore cette mauvaise compréhension du concile de Trente, nous retrouvons donc inévitablement celle-ci au paragraphe 66 de ce toujours même document :

« Le concile de Trente reconnaît le baptême de désir comme une voie par laquelle on peut être justifié sans avoir actuellement reçu le sacrement du baptême : “Après la promulgation de l’Évangile, le transfert [du péché à la justice] ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir (voto) de celui-ci, selon ce qui est écrit : “Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint” (Jean 3/5)“ ».

Et puis, évidemment, le document de cette commission se devait absolument de faire précéder cette fausse interprétation par une autre proposition, cette fois-ci totalement mensongère (soulignée dans le texte): « Tout en considérant le baptême sacramentel comme nécessaire dans la mesure où il est la voie ordinaire établie par Jésus-Christ pour que les hommes lui soient configurés, l’Église n’a jamais enseigné la “nécessité absolue“ du baptême sacramentel pour le salut ; la configuration au Christ peut se réaliser par d’autres voies ».

C’est totalement faux ! Mais c’est ainsi que l’hérésie ne se cache même plus, et que nous retrouvons encore cette notion erronée ’’d’ignorance invincible” qui, présente dans le Protocole, se situe cette fois-ci aux paragraphes 58 à 60 du texte de cette Commission, premièrement par l’utilisation de ce passage de l’allocution Singulari Quadam du pape Pie IX :

  1. « Il faut bien sûr tenir de foi qu’en dehors de l’Église apostolique et romaine, personne ne peut être sauvé, qu’elle est l’unique arche du salut, que ceux qui n’y entreront pas périront dans le déluge ; cependant, il faut également tenir pour certain que ceux qui vivent dans l’ignorance de la vraie religion, si cette ignorance est invincible, ne sont liés par aucune culpabilité en cette matière aux yeux du Seigneur. »

Alors que cette commission s’est bien gardée de citer ce que le pape Pie IX précise plus loin, à propos d’une personne de bonne volonté qui est ignorante invincible : « Les dons de la grâce céleste ne seront assurément pas refusés à ceux qui désirent sincèrement et qui prient pour le rafraîchissement de la lumière divine…». Et plus loin encore, comme nous l’avons déjà relevé : « …tenons très ferme que, conformément à l’enseignement catholique, il y a ’’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême’’ (Eph. 4/5) ; il est illicite d’aller plus loin dans l’enquête », ce qui montrait bien, souvenons-nous, que Pie IX avertissait qu’une telle théorisation à propos du salut par d’autres baptêmes et d’autres fois était illicite.

  1. Et deuxièmement, avec une fort intéressante allusion au Protocole envoyé à l’archevêque Cushing en 1949, puisque nous y lisons ceci :

« Car pour que quelqu’un obtienne le salut éternel, il n’est pas toujours requis qu’il soit effectivement (reapse) incorporé à l’Église comme un membre, mais il est au moins requis qu’il lui soit uni par le vœu et le désir. Cependant, il n’est pas toujours nécessaire que ce vœu soit explicite, comme il l’est chez les catéchumènes, mais, quand l’homme est victime d’une ignorance invincible, Dieu accepte aussi un vœu implicite, ainsi appelé parce qu’il est inclus dans la bonne disposition d’âme par laquelle l’homme veut conformer sa volonté à la volonté de Dieu. »

Ce qui prouve là encore combien cette proposition erronée de l’ignorance invincible, permettait déjà aux ennemis très rusés présents à la Curie Romaine du temps de Pie XII d’utiliser cette erreur, ainsi que les trois autres que nous venons d’étudier, pour les imposer en ayant recours à l’argument d’obéissance à l’autorité.

Cet argument d’obéissance à l’autorité est d’autant plus manifeste dans le décret d’excommunication à l’adresse du Père Feeney, car le motif d’excommunication n’est pas celui, comme il serait logique de le trouver, d’un refus de comprendre le dogme en dehors de l’Eglise point de salut (comme l’entendait déjà cette curie romaine pré conciliaire), mais celui d’un refus d’obéissance.

A cela, on aura évidemment reconnu la façon de procéder que l’on retrouve à l’adresse de tous ceux qui refusèrent plus tard le conciliabule Vatican II et ses réformes liturgiques. Et le fait que ce décret d’excommunication ait été signé par Pie XII, nous prouve bien que l’on peut présenter aux souverains pontifes des dossiers présentant des vices de forme, et que ces condamnations sont totalement injustes et injustifiées, ce qui fut manifestement le cas pour l’affaire du Père Feeney.

Voilà donc ce que l’on pouvait dire succinctement dans ce parallèle entre ce Protocole et le document de cette Commission, commission qui mériterait bien sûr d’être encore plus analysée afin de relever les autres passages où figurent ces considérations théologiques erronées. A partir de ce document l’on pourrait même partir des erreurs telles qu’elles étaient manifestées en 2007, et remonter dans le temps pour démontrer que tout commence avec les opinions controversées de saint Augustin et de saint Ambroise.

Ceci dit, Nordland a exprimé une façon semblable de procéder, non pas sur le document de la commission qui n’était pas encore publié dans les commentaires de Catholicapedia, mais dans sa critique de ce qu’il appelle le “Feeneyisme“. En effet il dit dans le deuxième épisode de la retranscription de sa conférence :

« Le magistère de l’Église nous enseigne que hors de l’Église, il n’y a pas de salut : Extra Exclesiam nulla salus. Voici le premier bout de notre chaîne. Le magistère de l’Église nous enseigne également que l’ignorance invincible excuse l’homme de sa non-appartenance à l’Église (Pie IX, Allocution Singulari quadam du 9 décembre 1854). Voici le deuxième bout de notre chaîne. Le premier bout de cette chaîne n’exclut pas le second bout, contrairement à ce que font les successeurs du Père Feeney. Ces derniers refusent de poser l’acte de foi pourtant indispensable face à l’enseignement du Magistère sur l’ignorance invincible. »

C’est à quelque chose près, et dans le sens inverse, le même procédé chronologique, sauf qu’après le dogme Hors de l’Eglise il n’y a pas de salut, son premier bout de la chaîne, tous ses maillons, sont des maillons erronés pour arriver au deuxième bout de sa chaîne, qui est donc cette fausse proposition : « Le magistère de l’Église nous enseigne également que l’ignorance invincible excuse l’homme de sa non-appartenance à l’Église ». Ce que nous savons être totalement faux puisque nous venons de démontrer que le Magistère ne l’a absolument jamais enseignée.

Ainsi, lorsque celui-ci conclut « le premier bout de cette chaîne n’exclut pas le second bout » et accuse les successeurs du Père Feeney de refuser « de poser l’acte de foi pourtant indispensable face à l’enseignement du Magistère sur l’ignorance invincible », il dit cela parce que son faux-Magistère l’entraîne inévitablement à prendre les erreurs pour des vérités à croire !

Mais avant de résumer ces réfutations, et puisque nous aurons compris d’où proviennent ces confusions, considérons alors une dernière fois les écrits de l’Abbé Cekada, car pour être complet il me faut parler, comme annoncé, des deux derniers critères de la Tradition dont il fait état. Dans une correspondance, il écrit donc :

« Vous et moi ne suivons pas le même critère pour déterminer ce qu’un catholique est obligé de croire. Je me soumets aux critères que Vatican I et Pie IX ont établis pour déterminer l’enseignement auquel tout catholique doit croire et adhérer :

  1. Les jugements solennels du Magistère extraordinaire.
  2. Les enseignements du Magistère ordinaire universel.
  3. Les enseignements du Magistère ordinaire universel faits au moyen du consentement commun et universel des théologiens en ce qui a trait à la foi.
  4. Les décisions doctrinales des congrégations du Vatican
  5. Les vérités et conclusions théologiques tellement certaines que l’opposition à celles-ci vaut quelque censure théologique en tant qu’hérésie ».

Les deux premiers critères étant les deux modes d’enseignement infaillible de l’Eglise, et le troisième bien qu’ayant déjà été traité lorsque nous avons vu que ces propositions erronées ne pouvaient faire l’objet des enseignements du Magistère ordinaire universel faits au moyen de ce consentement commun et universel des théologiens, je me contenterais seulement de redonner ici cette précision tirée de la lettre de Pie IX à l’archevêque de Munich du 21 décembre 1863 : que les écrits des théologiens ne sont retenus qu’à condition que les sujets abordés aient déjà été enseignés comme divinement révélés par le pouvoir d’enseignement ordinaire de l’Eglise, et dès lors aussi tenus par accord universel et constant, ce qui confirme bien que ces considérations théologiques erronées ne peuvent évidemment pas rentrer dans le cadre de ce critère et que par conséquent l’accusation de « ne pas tenir compte des critères fondamentaux dont use la théologie catholique », comme l’affirme l’Abbé Cekada, est absolument nulle et entièrement vaine.

Maintenant, en ce qui concerne les décisions doctrinales des congrégations du Vatican ainsi que les vérités et conclusions théologiques, puisque nous savons désormais d’où proviennent ces propositions de ’’baptêmes’’ de désir et de sang…, nous pouvons non seulement dire que celles-ci ne sont pas en accord avec la doctrine reconnue par l’Eglise, mais que se sont précisément des conclusions théologiques erronées qui ont servi et qui servent toujours plus au faux œcuménisme conciliaire et à l’apostasie générale.

Par contre, nous sommes bien d’accord qu’il est nécessaire de se soumettre aux critères énoncés, sous peine de faute grave, mais uniquement lorsque la doctrine des théologiens est en parfait accord avec la doctrine reconnue par l’Eglise ; ce qui, je le rappelle encore, n’est absolument pas le cas des ces propositions erronées de ’’baptêmes’’ de désir, de sang, ’’d’ignorance et invincible’’ et ’’d’âme’’ de l’Eglise.

Notons enfin, pour conclure l’analyse des écrits de l’Abbé Cekada, que tous les principes théologiques invoqués par celui-ci, en faveur tout particulièrement du ’’baptême’’ de désir, se retournent totalement contre lui car, nous l’avons déjà souligné, c’est l’enseignement qu’absolument personne ne puisse être sauvé sans le baptême d’eau qui fut dès le début l’enseignement universel et constant des Pères de l’Eglise et des théologiens.

IX – Résumé

Ainsi, étant donné que nous connaissons maintenant l’origine de ces considérations erronées, que celles-ci viennent d’opinions controversées de saint Augustin et de saint Ambroise, et plus tard d’une mauvaise interprétation d’un passage du concile de Trente, qu’elles se retrouvent chez certains Pères et Docteurs de l’Eglise, ainsi que parmi les écrits de théologiens, dans les catéchismes et dans divers autres ouvrages tout spécialement à l’usage du clergé, que nous connaissons la raison du silence des autorités, et pourquoi Dieu permet les hérésies : « afin qu’on découvre ceux d’entre vous qui sont éprouvés » (première Epître aux corinthiens 11/19), que ces propositions ne rentrent pas dans les critères de la Tradition, il faut donc conclure que toutes les accusations qui sont portées à l’adresse de ceux qui croient comme l’Eglise l’a toujours cru au dogme En dehors de l’Eglise point de salut, se retournent contre leurs auteurs, et cela pour leur plus grande confusion.

Maintenant, à l’adresse de tous ceux qui sont tombés dans le piège de leur faux Magistère, et qui ont totalement omis l’action de la conjuration antichrétienne dans l’affaire du Père Feeney, je ne peux – premièrement – que leur conseiller de réviser la saine doctrine afin qu’à l’avenir ceux-ci comprennent vraiment, où commence l’infaillibilité et où s’arrête celle-ci, et deuxièmement – de faire preuve d’objectivité dans leurs analyses en employant les connaissances qu’ils ont de l’antichristianisme, et enfin de s’abstenir de l’ironie peccamineuse qui tôt au tard demandera réparation.

Quant aux abbés Cekada et Belmont dont nous avons analysé les écrits, mais aussi à l’adresse de bien d’autres clercs attachés à ces erreurs, et qui en font l’objet de leur sermon (tout récemment encore le dimanche 21 septembre au prieuré de Bethléem à Faverney), qu’ils méditent sur les propos de Mgr de Castro-Meyer qui sont fort justes: « Les laïcs peuvent être trompés, mais les clercs se trompent difficilement sans être de mauvaise foi, surtout si cela dure longtemps et parce qu’un clerc a tous les livres disponibles pour vérifier sa position ». C’est la raison pour laquelle, grâce à Dieu et à la doctrine sur l’infaillibilité de l’Eglise expliquée dans les meilleurs ouvrages traitant de la question, j’ai pu vérifier ma position, réfuter les erreurs et en énumérer les conséquences, d’où le titre de ce document : Conséquences d’une nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise.

X – Conclusion

Cher lecteur, si vous avez lu ce document, comme je vous le conseillais dans sa préface, c’est-à-dire avec les yeux de la foi en Dieu et en son Eglise, qui, comme Dieu, ne peut ni se tromper ni nous tromper, vous avez pu, grâce à Dieu, comprendre combien l’accusation d’hérésie Feeneyiste, présentée via le « magistère » du site internet Catholicapedia, était totalement infondée et calomnieuse. Et à l’heure de l’Internet où jamais l’erreur n’a pu se propager aussi rapidement, quelle responsabilité !

Et puis, tout au long de cette lecture, vous n’avez pu qu’être rassuré concernant ma foi et ma position, puisque ce n’est pas celui qui suit le Magistère comme je le fais, et qui grave dans son cœur la foi à la vérité de l’Eglise, et qui n’a donc pas de peine à éviter le terrible danger de l’hérésie, mais celui qui a non seulement péché contre la foi mais encore méprisé l’autorité de l’Eglise et qui se sera attaché à des opinions mauvaises, qui est hérétique.

Les temps que nous vivons nous ont déjà amplement montré que les hommes ne supportent plus la saine doctrine, mais qu’ils s’attachent malheureusement à des opinions mauvaises. Par conséquent il est nécessaire, tout en étant toujours plus pénétré de ce dogme en dehors de l’Eglise point de salut, de rejeter les opinions mauvaises qui le détruisent, le pape Pie IX disant bien dans Nostis et nobiscum du 8 décembre 1849, qu’« il faut veiller spécialement à ce que les fidèles eux-mêmes aient profondément gravé dans l’esprit le dogme de notre sainte religion sur la nécessité de la foi catholique pour obtenir le salut ».

Pour terminer cette conclusion, et puisque nous sommes tous d’accord qu’il nous faut répondre à l’ordre de Notre-Dame à la Salette : « Combattez, enfants de lumière, petit nombre qui y voyez », je vous rappelle que dans le combat actuel de la foi et pour le maintien de la foi, c’est Dieu lui-même qui constitue, augmente ou restreint ce nombre comme il lui convient, et qui prend soin de ce petit reste, et que la situation actuelle nous fait de plus en plus voir que Notre Seigneur recrute cette minorité où Il veut, et certainement pas chez ceux qui se croient l’élite. Pour l’armée de Gédéon, ce fut un tout petit nombre qui fut choisi, et non pas ceux qui étaient absolument sûrs de faire partie de son armée.

Enfin, et puisqu’aujourd’hui encore des discussions passionnées, jointes à l’ignorance, continuent d’engendrer dans les esprits les idées les plus fausses sur l’infaillibilité de l’Eglise, implorons la très sainte Vierge Marie, car Elle seule a vaincu toutes les hérésies comme l’exprime la liturgie : Salve sancta parens, cunctas haereses sola interemisti. Et qu’en cette fête de la Maternité Divine, Elle nous obtienne de son divin Fils les lumières et les grâces pour mener ce combat du maintien de la foi catholique.

Abbé Michel Marchiset

Ce 11 octobre 2014, en la fête de la Maternité Divine de la Très Sainte Vierge Marie.

TABLE DES MATIÈRES

Préface 1
Prologue 2
Chapitre I – Rappels indispensables 3
Chapitre II – Analyse de l’origine des développements théologiques que sont les ’’baptêmes’’ de désir et de sang 4
Chapitre III – Les documents qui sont à l’origine de ces considérations théologiques de ’’ baptêmes’’ de désir et de sang 9
Chapitre IV – L’ “ignorance invincible’’ 19
Chapitre V – Une autre considération théologique erronée : la notion d’ « Âme de l’Eglise ». 23
Chapitre VI – La raison pour laquelle ces propositions théologiques erronées n’ont jamais été condamnées et se sont développées 29
Chapitre VII – Une nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise 31
Chapitre VIII – Un oubli de taille : l’action de la conjuration antichrétienne 38
Chapitre IX – Résumé 48
Chapitre X – Conclusion 49
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