Sermon du Jeudi Saint – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, en ce Jeudi Saint, regardons l’essentiel de la doctrine sur le sacerdoce catholique et sur la sainte Eucharistie, ces deux sacrements institués par Notre Seigneur la veille d’entrer dans sa passion.

Tout d’abord le sacerdoce catholique. Vous connaissez l’expression : Sacerdos alter Christus, le prêtre est un autre Christ. Il est un autre Christ de par sa participation au Sacerdoce même de Notre Seigneur. Notre Seigneur l’a voulu ainsi, et c’est pourquoi le prêtre tient la place de Notre Seigneur Jésus-Christ à l’autel, et sa première fonction c’est donc de célébrer le saint sacrifice de la messe. Un jour qu’un prêtre disait son bréviaire sur un sentier au bord de mer, un garçon avec sa maman le croisèrent, et le garçon lui dit : « Toi, je te connais ! ». La maman le réprimanda de s’adresser aussi familièrement au prêtre, mais ce garçon affirma de plus belle : « Si je te connais, tu es un Jésus et tu dis la Messe ». Quoi de plus juste, mes bien chers frères ! C’est en résumé ce qu’est le prêtre. Et le prêtre en célébrant le saint Sacrifice de la Messe, fait descendre sur l’autel Notre Seigneur Jésus-Christ qui renouvelle d’une façon non sanglante son sacrifice, et qui vous permet par la communion, cette union intime à Notre Seigneur.

C’est donc ce que Notre Seigneur a voulu pour que ses mérites de la passion puissent nous être appliqués, et que nous puissions nous unir à lui. Dom Guéranger commentant le passage de l’Épître que vous venez d’entendre, dit bien : « Comment Jésus aurait-il dit aux hommes : ’’Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n’aurez point la vie en vous ’’, s’il n’eût songé à établir sur la terre un ministère par lequel il renouvellerait, jusqu’à la fin des temps, ce qu’il vient d’accomplir en présence de ces douze hommes ? ».

Comprenez alors ce que Notre Seigneur vient d’accomplir et ce qu’il intime aux Apôtres, lorsqu’il leur dit : «Vous ferez ceci en mémoire de moi ». Il leur ne leur dit pas autre chose que de renouveler ce qu’il vient d’accomplir, c’est-à-dire que ce qu’il institue au cours de ce rituel de la pâque, ce rite nouveau, c’est son sacrifice, en se rendant présent, sacramentellement présent ; c’est la sainte Eucharistie, car nous savons que la sainte Eucharistie est à la fois, présence réelle et substantielle, sacrifice, et communion.

Ainsi, mes bien chers frères, c’est Notre Seigneur, c’est lui le véritable Agneau pascal, véritablement prêtre et victime. Et ce rite nouveau met fin à l’ancien rite de la pâque, met fin au sacerdoce d’Aaron et à tous les sacrifices anciens.

Nous l’affirmons dans le Pange lingua que nous allons chanter tout à l’heure lors de la procession du Saint Sacrement au reposoir, et anticum documentum novo cedat ritui, le rite ancien cède la place au nouveau.

Par conséquent comprenons bien que lorsque Notre Seigneur dit aux Apôtres qu’il vient de faire prêtres: «Vous ferez ceci en mémoire de moi», ces paroles ne signifient pas de faire le mémorial de l’Institution de la sainte Eucharistie, comme dans la nouvelle liturgie conciliaire. Mais «Vous ferez ceci en mémoire de moi», c’est donc prononcer les paroles par lesquelles Notre Seigneur a changé le pain en Son Corps et le vin en Son Sang pour se rendre substantiellement présent, et cela, dans un état signifiant leur séparation mutuelle comme au calvaire, et ce que Notre Seigneur a institué est donc aussi l’anticipation du drame du calvaire.

Alors, mes bien chers frères, vous me permettrez de revenir une fois encore sur les modifications liturgiques post conciliaires, sur les nouvelles paroles de la consécration dans le Missel de Paul VI. Et, je pense qu’après mes explications, vous retiendrez que même si ces paroles de la consécration sont prononcées par un prêtre validement ordonné, elles sont une réelle atteinte à la validité de la consécration et par conséquent à la validité de cette messe de Paul VI.

Car, mes bien chers frères, si la liturgie insiste tout particulièrement ce soir sur le récit de l’institution de l’Eucharistie, cette insistance est normale puisque le Jeudi Saint nous célébrons l’anniversaire de cette institution. Mais comprenez bien que le récit de l’institution de l’Eucharistie n’est là que pour servir seulement d’introduction historique à la consécration et pour souligner la continuité de rite entre la Cène et la Messe. Suite à cela, avec des attitudes et des gestes très précis et codifiés, le prêtre prononce alors les paroles de la double consécration. Ce sont ces paroles très précises qui constituent la forme du sacrement et que personne n’a le droit de changer.

Donc, selon toute la tradition apostolique, la parole prononcée sur le pain n’y appelle directement que la présence du corps de Notre Seigneur; la parole prononcée sur le vin n’y appelle directement que la présence du Sang de Notre Seigneur (bien qu’il y ait ce que l’on appelle concomitance, c’est-à-dire présence réelle du Corps et du Sang sous chacune des deux espèces).

Par conséquent, ce qui est ainsi signifié et ce qui, par des paroles précises et inchangées depuis les temps apostoliques, se réalise, c’est une séparation du Corps et du Sang de Notre Seigneur. Les termes employés, ainsi que la matière, le pain et le vin, ont pour but de nous présenter le Corps et le Sang de Notre Seigneur d’une manière distincte, dans un état qui signifie leur séparation mutuelle, comme au calvaire.

Or, les réformateurs, dans le nouveau rituel, ont voulu, par des ajouts et des suppressions, par le ton employé, le ton narratif, ont voulu tout faire pour qu’il s’agisse d’un récit de l’institution de l’Eucharistie. Pour ceux qui ont eu l’habitude d’entendre cette liturgie, vous savez bien que dans ce nouveau rituel romain, les paroles de la consécration sont noyées dans un récit de l’institution et dites sur un ton narratif. Le célébrant arrive alors directement aux paroles de la consécration, qui elles aussi ont été modifiées, altérées, et qui ne sont donc plus distinctes du récit précédent, qui n’est là, comme je vous l’ai dit, que pour servir d’introduction à la consécration.

Voilà donc pour le ton narratif employé et ce contexte voulu de récit de l’institution.

Maintenant les réformateurs ont donc rajouté aux paroles « Ceci est Mon Corps », « qui sera livré pour vous ». Dans le rituel traditionnel, le prêtre a donc commencé par les paroles d’introduction historique à la consécration, mais, en se penchant sur le pain d’autel, il ne prononce que les paroles qui appellent directement la présence du corps de Notre Seigneur : « Ceci est mon Corps », et il fait immédiatement la génuflexion, et fait l’élévation. Dans la messe de Paul VI, il est à remarquer d’ailleurs que le célébrant ne fait la génuflexion (quand elle existe encore) qu’après l’élévation, ce qui laisse supposer que la présence réelle serait en fonction de la foi des assistants. Tout cela a évidemment un rapport avec les fausses doctrines protestantes sur la présence réelle.

Donc, mes bien chers frères, en ce qui concerne les nouvelles paroles de la consécration : « Ceci est mon Corps qui sera livré pour vous», ce rajout délibéré : « qui sera livré pour vous », démontre que les réformateurs voulaient et tenaient à ce que cela corresponde absolument à un récit de l’institution.

Car, mes bien chers frères, réfléchissez bien : « qui sera livré pour vous » sont les paroles tirées de ce que Notre Seigneur prononça dans l’institution de la sainte Eucharistie, de la messe, anticipation du drame du calvaire, donc avant sa passion et sa mort sur la croix, et par conséquent dire « ceci est Mon Corps qui sera livré pour vous », après que le sacrifice de Notre soit accompli, avec l’emploi du futur, est donc totalement incohérent, sauf si l’on veut alors faire un récit de l’institution. Et voilà donc tout le but des ces réformateurs, en rajoutant ces paroles !

Donc, vous l’aurez compris, si l’on redit tel quel ce que Notre Seigneur a dit la veille d’entrer dans sa Passion, il y a 2000 ans, c’est forcément faire un récit de l’institution, mais cela ne signifie plus l’actualisation de la victime.

Vous saisissez alors toute la différence et vous comprenez que ce que Notre Seigneur intime aux Apôtres, en disant «Vous ferez ceci en mémoire de moi», ce n’est évidemment pas faire le récit de l’institution de la sainte Eucharistie, mais c’est prononcer les paroles essentielles par lesquelles Notre Seigneur a changé le pain en Son Corps et le vin en Son Sang pour se rendre substantiellement présent, et cela, dans un état signifiant leur séparation mutuelle comme au calvaire.

Et puis il y a encore une modification fort importante, c’est ce changement des paroles sur le calice. Alors que les véritables paroles de la consécration sont les suivantes : « Car ceci est le calice de mon sang, nouvelle et éternelle alliance, mystère de foi, qui pour vous et pour beaucoup sera répandu en rémission des péchés ». Le pro multis, et pour beaucoup, signifiant très exactement l’union des fidèles catholiques au Corps Mystique de Notre Seigneur Jésus-Christ qui est la grâce propre au sacrement de l’Eucharistie.

Or dans la nouvelle messe, la nouvelle forme ne signifie plus du tout cette union des fidèles catholiques au Corps Mystique de Notre Seigneur Jésus-Christ, puisque les paroles sont devenues : « qui sera versé pour vous et pour tous, en rémission des péchés ». Ce qui voudrait donc dire que tous les hommes font désormais partie du Corps Mystique ? Bien sûr que non ! Par conséquent puisqu’il n’est plus question de cette union du Corps Mystique qui est la grâce propre au sacrement de l’Eucharistie, voilà encore une preuve de l’invalidité de ces paroles de la consécration.

Et puis enfin, en plus de ces modifications, il y a aussi la suppression des mots mysterium fidei. Alors que ces deux mots nous viennent des Apôtres, et que c’est Notre Seigneur lui-même qui les leur a donnés. C’est très important car ces deux mots désignent très précisément la transsubstantiation qui s’opère. Par conséquent le fait de retirer ces deux mots Mysterium fidei, mystère de la foi, manifeste là encore la volonté de ces réformateurs pour qu’il ne s’agisse seulement que d’un récit de l’institution de l’Eucharistie. Et ces réformateurs sont rusés et perfides, car cette suppression a été annoncée comme un simple déplacement !

En effet, et je suis certain que vous avez encore en tête tout cela, ces mots se retrouvent à la fin des différents Canons de cette liturgie conciliaire, mais évidemment complètement dénaturés de leurs sens, puisqu’ils ne concernent plus la transsubstantiation qui s’opère à la consécration, mais qu’ils se retrouvent mis en rapport avec la mort, la résurrection et le retour glorieux de Notre Seigneur. Ce sont donc ces réponses dans ces liturgies conciliaires après cette acclamation : il est grand le mystère de la foi (voilà où se retrouvent donc ces deux mots) à laquelle le peuple répond en parlant de la mort, de la résurrection et du retour glorieux de Notre Seigneur.

Alors, mes bien chers frères, vous comprenez que tous ces changements ne donnent pas seulement une ’’saveur protestante’’ à ce niveau rituel, comme on l’entend depuis longtemps dans la réaction à ce nouveau missel, comme on l’entend donc dans la fausse majorité traditionnelle, mais que ces changements, cette nouvelle forme de la consécration, rend invalide la consécration et par conséquent ce nouveau rituel romain de 1969.

C’était évidemment le but de ces personnages, comme le Père Annibale Bugnini, que nous avons déjà vu à l’œuvre dans la réforme liturgique de la semaine sainte sous Pie XII ! Et puis vous le savez bien, ils ont invalidé en premier lieu la forme, les paroles de la consécration épiscopale. Tous ces rituels, sans oublier le rituel des ordinations sacerdotales sont invalides et ont été de plus fabriqués et imposés avec des intentions anticatholiques.

Par conséquent, retenez bien qu’en plus de toutes ces messes invalides à cause de l’invalidité de l’épiscopat et des ordinations sacerdotales, il y a également l’invalidité de ces messes célébrées même par les prêtres âgés qui ont été validement ordonné avant 1968, à cause de l’invalidité de ces paroles de la consécration dans ce nouveau rituel de la messe qu’ils utilisent. Et cela, mes bien chers frères, même s’ils ont gardé à l’esprit ce qui était parfaitement exprimé dans l’ancien rituel romain qu’ils ont célébré pendant des années, car ce qui compte, ce sont les paroles qu’ils prononcent. Ils ont beau avoir l’intention, les paroles n’exprimant plus cette intention, elles ne sont pas valides, et ces messes ne sont donc pas valides.

Voilà donc, mes bien chers frères, qu’elles étaient le but de ces réformateurs, et de ceux qui ont imposé cette nouvelle messe, qui n’en est donc plus une !

Après ces explications, qui vont font donc comprendre la gravité de ces réformes et l’impossibilité d’y assister, continuons de nous imprégner, mes bien chers frères, de la saine théologie sur la sainte Eucharistie.

Considérons alors tout particulièrement maintenant l’état d’immolation dans lequel Notre Seigneur se trouve sur l’autel. Les théologiens expliquent comment cet état d’immolation était la pensée du concile de Trente, lorsque, après avoir qualifié la Messe de sacrifice véritable, le saint Concile l’appelait encore « sacrifice propre ».

L’abbé Buathier dans son ouvrage dont je vous ai récemment parlé, Le sacrifice dans le dogme catholique et dans la vie chrétienne, donne des citations très importantes.

Tout d’abord il dit que « le fait même du sacrifice eucharistique, place Notre Seigneur dans un état d’immolation et d’anéantissement plus grand encore, si c’est possible, qu’au Calvaire. Au Calvaire, il obéissait à Dieu son Père ; à l’autel, il obéit au prêtre (…). Au Calvaire, il obéissait jusqu’à la mort de la croix ; à l’autel, il obéit jusqu’à cette mort mystique, plus humiliante, que nous appellerons la mort et l’ensevelissement des espèces sacramentelles ».

Et en cela, notre auteur cite le cardinal de Lugo, jésuite du XVII° siècle (c’est ce Cardinal Lugo et la théologie qu’il exprime sur le sacrifice, qui sont critiqués par le chanoine Masure dans son livre intitulé Le sacrifice du chef, ce dont je vous ai parlé dans la conférence d’il y a quinze jours). Or le Cardinal de Lugo exprime parfaitement cette théologie. Il dit qu’ « humainement parlant, Notre Seigneur est donc là, comme si en réalité il fût devenu un vrai pain, comme s’il se fût changé en aliment. Et ce changement suffit à constituer un sacrifice véritable ». L’abbé Buathier cite également le Cardinal Franzelin, l’éminent théologien de Pie IX, qui conclut : « Or, un tel ’’anéantissement’’, non seulement suffit à constituer un sacrifice propre et véritable, mais nulle part, si on excepte le sacrifice sanglant de la Croix, on ne trouve réalisée d’une manière plus sublime et plus profonde l’idée d’un tel sacrifice ».

Reconnaissons donc, mes bien chers frères, combien à la Messe, Notre Seigneur Jésus-Christ est réellement immolé, par ce qu’il se fait Sacrement et qu’il accepte le mode, les conditions et les conséquences de l’existence sacramentelle. Et l’abbé Buathier termine son chapitre en disant : « Un pareil état suffirait à faire de la Messe un sacrifice véritable et propre, verum et proprium ». Par conséquent, ce que nous expliquent ces théologiens, c’est bien toute cette pensée du concile de Trente qui affirmait contre l’hérésie protestante, que la Messe est un véritable sacrifice, n’hésitant pas à l’appeler « sacrifice propre ».

Alors, mes bien chers frères, avec ces connaissances, nous aurons à cœur, au Reposoir, tout à l’heure, de manifester à Notre Seigneur les hommages qui Lui sont dus. Nous Lui manifesterons notre piété et notre charité, en compensation des outrages qu’il a reçut en ces mêmes heures, il y a deux mille ans, et en compensation des outrages qu’il reçoit aujourd’hui dans tous ces sacrilèges envers la sainte Eucharistie et le Saint Sacrifice de la Messe, de toutes ces iniquités spirituelles auxquelles le démon aspire.

Nous méditerons aussi sur ce que Notre Seigneur a souffert en cette nuit. Et puisqu’il avait présent à l’esprit ses disciples dispersés, comme des brebis sans pasteur, nous prierons donc pour l’Église demeurant sans pasteur et dont les brebis se trouvent dispersées. Et puis enfin nous manifesterons à Notre Seigneur, nos prières en réparation pour nos péchés, cause de toutes ses souffrances. Tous ces instants nous les passeront en union avec la très sainte Vierge Marie qui redoublait de prières et de compassion, en parfaite et étroite union avec son divin Fils. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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