Sermon du dimanche de Pâques – Abbé Marchiset

Mes bien chers frères, nous voici arrivés à la Fête de Pâques. Après avoir commémoré la Passion et la mort de Notre Seigneur Jésus-Christ sur la croix, nous célébrons donc sa glorieuse Résurrection. Et comme vous n’avez pas eu d’explications doctrinales (bien que la liturgie soit tout un enseignement) sur ce qui s’est passé après sa mort, je voudrais par conséquent vous donner quelques explications qui vous permettront d’ailleurs de mieux saisir encore la résurrection de Notre Seigneur.  

Nous savons donc que Notre Seigneur expira en poussant un grand cri, et que devant ce cri, ainsi que devant les phénomènes qui survinrent en cet instant, les témoins furent remplis de stupeur et reconnurent que vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! Oui ! Notre Seigneur est le Fils de Dieu, et il est vrai Dieu et il est vrai homme. C’est cette union en Notre Seigneur, union de la nature divine à la nature humaine, cette union hypostatique, qui nous permet de saisir (du moins en partie, car il s’agit d’un mystère), ce qui s’est passé à la mort de Notre Seigneur. En effet, pendant que son Corps, toujours uni à la divinité, demeurait attaché à la croix, et ensuite déposé au tombeau, son Âme très sainte descendit dans les enfers, c’est-à-dire dans les Limbes pour annoncer aux âmes des justes, leur délivrance.

Et tout comme l’Enfer, le Purgatoire et le Ciel, les Limbes, mes bien chers frères, sont à la fois un lieu et un état. Ce ne sont pas des lieux psychologiques, comme il est dit dans la foi moderniste. L’Âme de Notre Seigneur entra donc aux Limbes, y répandant une lumière céleste. Ces âmes connurent ainsi la majesté infinie de leur Libérateur, de leur Rédempteur ; elles virent clairement l’essence divine. Les Limbes devinrent donc en ce moment comme le ciel, et c’est la raison pour laquelle Notre Seigneur dit au bon larron : « Aujourd’hui vous serez avec moi dans le paradis ».

Et puis Notre Seigneur est ressuscité le troisième jour, conformément aux Ecritures, comme nous l’affirmons dans le Credo. Ce laps de temps prouve que Notre Seigneur est vraiment homme, car réellement mort et ne ressuscitant que le troisième jour. Et ce même laps de temps prouve qu’il est vraiment Dieu car Notre Seigneur ne voulant pas différer sa résurrection jusqu’à la fin des siècles, l’Âme de Notre Seigneur entra dans son Corps et Lui rendit la vie. C’est le miracle de sa Résurrection, avec un phénomène qui laissa sur le suaire qui l’enveloppait toutes les caractéristiques de son corps et des plaies de la passion.

Dans le Credo nous affirmons donc que Notre Seigneur est ressuscité par sa propre puissance, ce qui ne peut convenir qu’à Lui seul, ce qui ne peut convenir qu’à la souveraine puissance de Dieu seul. Notre Seigneur pouvait donc ressusciter d’entre les morts par sa propre vertu. Ainsi, pour faire le rapprochement avec ce que la liturgie nous fait accomplir dans l’Exultet à la Vigile pascale, lorsque le célébrant allume le cierge pascal à partir de l’une des branches du triple cierge signifiant la sainte Trinité, je vous cite Dom Guéranger qui explique cette action liturgique. Il dit que cette action symbolique signifie l’instant de la résurrection, lorsque la vertu divine vint tout à coup ranimer son Corps en lui réunissant l’Âme sainte que la mort en avait séparée.

Voilà donc, mes bien chers frères, ce qu’il nous faut retenir sur ce temps où l’Ame très sainte de Notre Seigneur est descendue aux Limbes et ce qu’il faut retenir sur sa propre résurrection.

Maintenant je voudrais vous parler d’un aspect particulier de la résurrection, vous parler des preuves de la Résurrection de Notre Seigneur, et cela à partir de ce que saint Jean Chrysostome démontre. Il explique en effet que les juifs, ayant fort bien compris que Notre Seigneur avait annoncé sa Résurrection par ces paroles : détruisez ce temple et je le rebâtirai en trois jours, demandèrent à Pilate que le sépulcre soit gardé. 

Pilate avait répondu à cette députation : « Vous avez des gardes, allez, faites-le garder comme vous l’entendrez ». Il explique donc que ces précautions étaient de nature à enlever le doute sur la vérité de la résurrection.

Par conséquent voici la démonstration de saint Jean Chrysostome : « Si les soldats de Pilate avaient gardé ce sépulcre, dit-il, les Juifs auraient pu dire qu’ils se seraient accordés avec les disciples du Sauveur, et qu’ils leur auraient donné son corps (…). Mais Pilate les ayant chargés eux-mêmes de ce soin, ils ne pouvaient plus raisonnablement faire retomber cette accusation sur les autres ». « Ainsi on ne peut assez admirer, conclut saint Jean Chrysostome, comment malgré eux ils travaillent à établir la vérité (…) ».

Voilà donc, mes bien chers frères, comment l’imposture sert malgré elle à établir la vérité.

Et pour vous donner quelques applications sur ce sujet, je voudrais donc vous faire remarquer qu’il en est toujours de même, car l’imposture sert toujours malgré elle à établir la vérité, tout particulièrement en ce qui concerne les enseignements erronés.

Il en est ainsi pour les erreurs christologiques, celles de l’abbé Ratzinger par exemple, dont je parlais ces années dernières, car elles servent à rétablir la saine doctrine sur l’Incarnation de Notre Seigneur. Et puis les erreurs ecclésiologiques, les erreurs sur l’Eglise, sur l’infaillibilité de l’Eglise, servent, elles, à rétablir la saine doctrine sur cette infaillibilité du Magistère. Depuis quelques années, bien des travaux rappelant, expliquant, précisément la saine doctrine ont permis de confondre ces erreurs de la fausse majorité traditionnelle.

Et puis, récemment encore, c’est-à-dire depuis 8 mois maintenant, une autre erreur devint manifeste, c’est celle qui consiste à prendre des documents faillibles pour des enseignements infaillibles du Magistère ordinaire et universel, avec les conséquences que vous savez à propos de considérations théologiques controversées et erronées contredisant le dogme en dehors de l’Eglise point de salut.

Et puis une autre encore qui consiste à croire que le Magistère ordinaire et universel n’est qu’un mode d’enseignement pontifical, alors que le mot ’’universel’’ ajouté très précisément à Magistère ordinaire à Vatican Ier signifie, selon les interventions des Pères de ce Concile, le tout étant confirmé par le Magistère lui-même, le mode d’enseignement infaillible exercé par l’ensemble des évêques unis au pape, réunis ou dispersés. Et là encore il y a bien sûr des conséquences graves, car s’opposer à ce qui est de foi, reçoit normalement la note d’hérésie…C’est pourquoi, je dirai que ceux qui parlent si facilement d’hérétiques, et je veux parler ici de tous ceux qui sont dans l’une ou l’autre des erreurs sur l’infaillibilité du Magistère, devraient bien s’appliquer l’expression medicus cura te ipsum, c’est-à-dire médecin soigne-toi, toi-même !

Par conséquent, mes bien chers frères, comprenez les conclusions que l’on peut tirer : c’est 1/ que nous sommes bien dans ces temps où les hommes ne supportent plus la saine doctrine et se tournent vers des fables, 2/ que ces erreurs sur l’infaillibilité de l’Eglise touchent le monde de la tradition, toutes distinctions confondues.

Et 3/ qu’en tenant au contraire à la saine doctrine, l’on peut donc rétablir la vérité sur la véritable situation de l’Eglise, car selon la théologie du Corps mystique de Notre Seigneur qu’est l’Eglise, l’on peut parler alors de la passion de l’Église qui, comme celle de Notre Seigneur, commence par le fait que le pasteur soit frappé, retiré des siens, et que les brebis soient dispersées.

Voilà comment l’on peut comprendre la situation de l’Eglise dans laquelle nous sommes, et cela ne veut évidemment pas dire que les portes de l’enfer ont prévalu sur Elle, comme l’affirme, là encore, la fausse majorité traditionnelle privée des lumières qu’elle devrait avoir sur l’infaillibilité de l’Eglise.

Alors, mes bien chers frères, en ce saint Jour de Pâques, ayons cette foi en la Résurrection de Notre Seigneur et aux promesses de Notre Seigneur, concernant son Eglise, que les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre Elle.

Il est nécessaire que cette foi en Notre Seigneur et en son Eglise devienne inébranlable et que l’espérance de ressusciter nous-mêmes acquiert une force capable de nous faire accepter tous les sacrifices et pratiquer toutes les vertus dans la situation actuelle.

Telle est, mes bien chers frères, cette exigence pour notre fidélité à Notre Seigneur et à son Église, à sa grâce ici-bas, si nous voulons un jour obtenir le Ciel.

Les âmes attendant aux Limbes, nous l’avons vu, virent clairement l’essence divine, et elles connurent alors la majesté infinie de leur Libérateur. Par conséquent si nous sommes fidèles jusqu’au bout aux vérités de la foi et aux préceptes de Notre Seigneur, donc fidèles aux dogmes, aux actes du Magistère de l’Eglise, alors que certains leurs préfèrent déjà des opinions humaines sujettes à l’erreur, nous pourrons alors voir l’essence divine, la majesté de notre Rédempteur qui, ressuscité, porte les traces de sa Passion, ses plaies désormais glorieuses, et nous verrons en Lui le Père dans sa gloire et dans la lumière du Saint-Esprit.

C’est ce que contemple et adore déjà toute la cour céleste, tous les saints confesseurs de la foi, en compagnie de la très sainte Vierge Marie. Et c’est bien ce que je souhaite à tous et à toutes. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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