Sermon du dimanche de la Passion

Mes bien chers frères, dans le passage de l’Épître aux Hébreux que l’Eglise a choisi pour ce dimanche de la Passion, l’Apôtre saint Paul démontre que Notre Seigneur est le grand-prêtre qui a versé son sang pour nos péchés, qu’il est le grand pontife qui a rétabli le pont entre la terre et le ciel, qui nous a donc permis de retrouver l’héritage éternel auquel nous sommes appelés.

Cette Epître est capitale, l’Epître aux Hébreux, pour bien saisir la notion de sacrifice, pour comprendre le sacrifice de Notre Seigneur et par conséquent l’œuvre de la Rédemption accomplie par Notre Seigneur en tant que prêtre et victime. C’est donc la raison pour laquelle l’Eglise a choisi cette Epître, ce passage, pour ce dimanche, à quelques jours de la semaine sainte.

L’Eglise nous prépare donc aujourd’hui à regarder le sacrifice de Notre Seigneur, l’institution de la sainte Messe qui le renouvelle sur nos autels d’une façon non sanglante, et elle veut même que rien ne nous distraie dans le sanctuaire. C’est la raison pour laquelle les statues sont voilées, et la croix elle-même de l’autel qui restera voilée pour les rameaux, cette même croix qui ne sera dévoilée solennellement que le soir du Vendredi saint pour recevoir notre vénération.

Après ces précisions, je voudrais maintenant vous faire considérer ce que l’Église nous dit également aujourd’hui. Elle nous dit : si donc aujourd’hui vous entendez la voix du Seigneur, n’endurcissez pas vos cœurs. Dom Guéranger commente cet appel en nous disant que « le Fils de Dieu s’apprête à vous donner la dernière et la plus vive marque de cet amour qui l’a porté à descendre du Ciel ; sa mort est proche (…) ; rentrez donc en vous-mêmes, et ne permettez pas que votre cœur, ému peut-être un instant, retourne à sa dureté ordinaire. Il y aurait à cela le plus grand des périls ».

Chaque année, en effet, mes bien chers frères, ces deux dernières semaines du Carême ont la vertu de renouveler les âmes, mais ces jours peuvent malheureusement accroître l’insensibilité chez ceux qui les voient passer, sans convertir leur âme. Et nous retrouvons là les attitudes de la grande majorité des témoins de la crucifixion. L’Apôtre saint Paul dit bien que ce cœur est un Calvaire sur lequel Notre Seigneur est trop souvent crucifié. Nous retrouvons donc l’ingratitude et cet aveuglement spirituel comme au moment de la crucifixion. C’est pourquoi je reprends avec vous ce matin, l’essentiel, parce que ce sujet est beaucoup plus long, de ce que dit le célèbre orateur Bourdaloue à propos de l’aveuglement spirituel.

Bourdaloue explique, en effet, en se référant à saint Thomas d’Aquin, les trois sortes d’aveuglement spirituel. La première sorte d’aveuglement spirituel, dit-il, c’est l’aveuglement péché. C’est-à-dire qu’il s’agit de la malice du péché, et c’est alors l’aveuglement volontaire et entretenu. C’est le cas du pécheur, mes bien chers frères, qui ne veut pas sortir de son péché car il le préfère à toutes les lumières de la vérité. Il connaît ses obligations, mais veut faire comme s’il les ignorait pour se complaire dans cet aveuglement, car il est commode, et sans crainte, du moins s’en persuade-t-il.

Cette attitude est la plus contraire au salut. C’est le cas des sensuels, des voluptueux, qui pour goûter avec moins de trouble tous ces infâmes plaisirs ne veulent pas même entendre parler des vérités éternelles sur la foi et sur la morale.

Alors, dans cette sorte d’aveuglement spirituel, aveuglement péché, il y a aussi le cas des hérétiques. Saint Bonaventure dit que : « l’hérétique est celui qui, avançant une chose mauvaise contre la foi, a la perversité de la soutenir et de la défendre, sans vouloir se corriger ». Je pense donc ici à tous ceux qui parfaitement au courant des sujets traitant de l’infaillibilité de l’Eglise, écrivant même sur ces sujets, tiennent, soutiennent, sans vouloir se corriger, des erreurs sur cette infaillibilité de l’Eglise, et qui finissent par pêcher contre la foi en l’Eglise. Il y a une difficulté de plus en plus grande à ce que dans cette fausse majorité certains en reviennent à une juste compréhension de l’infaillibilité du Magistère ordinaire universel. En effet, lorsque certains en arrivent à dire que l’Eglise est capable de promulguer de fausses doctrines, des règles scandaleuses et un faux culte, c’est une position qui équivaut à contredire l’infaillibilité même de l’Eglise, et puisqu’ils soutiennent, s’obstinent dans leurs arguments, sans vouloir se corriger, nous avons bien là, mes bien chers frères, le cas de l’hérétique qui se trouve donc dans cette sorte d’aveuglement spirituel qu’est donc l’aveuglement péché.

La deuxième sorte d’aveuglement spirituel, maintenant, c’est l’aveuglement cause du péché. Alors l’on pense tout de suite à l’excuse de l’ignorance. Mais, comme le dit Bourdaloue : « il y a trop de lumières aujourd’hui, pour pouvoir s’autoriser de le crucifier à nouveau par nos péchés ». Et Bourdaloue précise bien que « cette ignorance prétexte au péché, est l’excuse, écoutez bien, la plus frivole et la moins recevable, car (…) dans le siècle où nous vivons, dit-il, (…), il y a trop de lumières pour pouvoir s’autoriser de ce prétexte ». C’est là que ce situent ceux dont parle l’Apôtre saint Paul dans son Épître aux Romains, ce passage que beaucoup ne connaissent pas, lorsque saint Paul dit que « ceux-là sont inexcusables, si, avec cette connaissance de Dieu, au lieu de le glorifier comme tel et de le remercier, ils se sont au contraire abandonnés à la vanité de leurs pensées et que leur cœur insensé s’est plongé dans les ténèbres ». Ces péchés sont donc plus graves, mes bien chers frères, que ceux évoqués précédemment, plus graves que les péchés de celui qui connaît ses obligations mais qui les ignore.

Enfin, la troisième sorte d’aveuglement, vous allez peut-être encore mieux comprendre cet aveuglement, c’est l’aveuglement effet du péché. Cette sorte d’aveuglement est la conséquence des péchés, et c’est une punition, un véritable châtiment. « En punition de nos infidélités et de nos désordres, dit Bourdaloue, Dieu ne nous donne plus certaines lumières qu’il nous donnait autrefois ». Là encore, nous constatons combien la fausse majorité traditionnelle subit cette conséquence, car toutes les fausses argumentations qu’elle avance, sont le résultat de la privation des lumières que Notre Seigneur donne au contraire dans l’étude scrupuleuse et honnête de la saine doctrine catholique, comme par exemple dans l’étude des Actes du Magistère, ce que nous voyons dans ces deux conférences depuis ces quinze jours passés.

Cet aveuglement effet du péché est donc en punition des péchés, et des péchés d’orgueil. Il y a cette cause très certainement pour bien des membres de la FSSPX, et cela se manifeste par cet état d’esprit très caractéristique. En effet, pour ne prendre qu’une citation, ils affirment par exemple qu’ils sont les seuls et les derniers témoins de la Tradition de l’Église dans son intégralité ! Alors qu’ils sont dans l’erreur dans plusieurs domaines. Il y a donc manifestement là cet orgueil clérical qui est une cause de l’aveuglement, donc de cet aveuglement effet du péché.

Et puis d’une manière générale, mes bien chers frères, tout ce que nous constatons au niveau mondial, cette immoralité envahissante, ces lois licencieuses dont le but est la perdition des âmes, se sont la conséquence des infidélités à la loi de Dieu, et du rejet de la société, de la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ. Je vous le rappellerai d’ailleurs dans les explications que je vous donnerai dimanche prochain sur la réforme liturgique sous Pie XII, mais je vous le précise donc ici, comme par avance, dans cette réforme au niveau du dimanche des Rameaux, il y a la suppression de la préface dans la bénédiction des Rameaux, préface avec les paroles relatives à l’autorité de Notre Seigneur sur les royaumes et les autorités humaines. Cette préface a donc été supprimée.

Alors, mes bien chers frères, pour conclure et donner des résolutions pratiques, comme il se peut que des âmes se trouvent soit dans l’une, ou dans les trois sortes d’aveuglement spirituel que nous venons de voir, comprenez combien, à l’approche de la semaine sainte, qu’il est nécessaire de manifester cette contrition des péchés et de prendre des résolutions utiles pour leur confession.

L’Église nous invite à ne pas être ennemis de nous-mêmes mais au contraire nous presse, tout en continuant nos efforts de Carême, à la contrition de nos cœurs, à l’appel à préparer la confession pascale, à confesser les péchés pour lesquels Notre Seigneur a versé son sang, tout son sang sur la croix.

Ainsi, puisque la liturgie nous présente en ce dimanche Notre Seigneur Jésus-Christ, nouvel Adam, qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix, ne permettez pas, mes bien chers frères, pour reprendre ce que dit Dom Guéranger, « que votre cœur, ému peut-être un instant, retourne à sa dureté ordinaire. Il y aurait à cela le plus grand des périls ».

Demandons donc toute l’intercession de la très sainte Vierge Marie, afin qu’elle vous accorde les grâces nécessaires dans ces résolutions, tout spécialement pour la confession des péchés, et qu’à la communion, unis à Notre Seigneur, vous puissiez bénéficier de tous les fruits de la réception de la sainte Eucharistie pour augmenter la vie de la grâce dans vos âmes. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

Publicités
Cet article a été publié dans Sermons. Ajoutez ce permalien à vos favoris.