2nd Conférence de l’abbé Marchiset – Controverses autour du dogme Hors de l’Eglise point de Salut (15/03/15)

Chers amis, nous nous retrouvons donc pour cette deuxième conférence et nous abordons maintenant comme je vous l’ai annoncé, la controverse sur le ’’baptême’’ de désir et sur le dogme en dehors de l’Eglise point de salut. Comprenez tout d’abord que s’il y a controverse, c’est que malheureusement il y a un problème quant à l’adhésion à ce dogmeet que la foi en ce dogme est donc en jeu.

C’est la raison pour laquelle il faut parler du démantèlement de la foi catholique, et précisément du démantèlement de la foi au XXème siècle, démantèlement qui a donc aussi atteint aujourd’hui, force est de le constater, le monde de la tradition, toutes distinctions confondues. Et il n’y aurait donc pas de controverse si le monde de la tradition conservait comme il se doit le dogme en dehors de l’Eglise point de salut et rejetait cette considération de baptême de désir, mais aussi de sang, cette ignorance invincible et cette notion erronée d’Âme de l’Eglise, ces quatre considérations que nous avons regardées dimanche dernier.

Ainsi, pour bien comprendre cette controverse sur le ’’baptême’’ de désir il faut tout d’abord se rendre compte que ce démantèlement de la foi catholique était déjà bien avancé dans les années précédant Vatican II, et que ce démantèlement était préparé et avait commencé de bien plus longue date.

Certains le reconnaissent car par exemple sur le site Catholicapedia, un certain Charles (il s’agit d’un pseudonyme, la plupart des intervenants ont recours à ce procédé), un certain Charles écrit donc le 25 février dernier : « déjà bien avant le conciliabule et, a fortiori, sous Pie XII, le mystère d’iniquité était déjà à l’œuvre dans l’Église ainsi que le châtiment du clergé… ». Par conséquent l’on reconnaît, sous les termes Mystère d’iniquité, ce démantèlement de la foi, mais il est nécessaire d’admettre que ce démantèlement porte aussi sur la juste compréhension du dogme hors de l’Eglise point de salut.

Dans le contexte de cette controverse, il faut donc absolument comprendre que la plupart des prêtres et des évêques, et bien sûr des théologiens, des écrivains ecclésiastiques, dans ces années 1900, 1910 à 1950 avaient rejeté la juste compréhension du dogme hors de l’Eglise point de salut, c’est-à-dire qu’ils ne retenaient plus le dogme comme le Magistère l’avait toujours enseigné, mais croyaient aussi à ces opinions théologiques qui leur permettaient de dire « ce que signifie ce dogme », « comment il faut entendre ce dogme ».

Les opinions théologiques que nous avons vues dimanche dernier, dont ce ’’baptême’’ de désir, avaient donc été couramment enseignées dans la plupart des séminaires. Sans oublier de vous faire remarquer que l’enseignement de ces opinions se fait toujours dans les séminaires et communautés religieuses « de tradition », puisqu’il a été dit que l’on voulait continuer ce qui se faisait avant le concile.

En effet, si continuer ce qui se faisait avant le concile, signifie ne pas prendre en compte les réformes liturgiques, c’est très bien, encore qu’il faille utiliser les bons arguments canoniques pour justifier cette attitude ; mais s’il s’agit de continuer en tout l’enseignement qui était donné dans ces années avant le concile…alors attention, car tout n’était pas catholique ! Ainsi, puisque l’on ne retenait déjà plus le dogme comme le Magistère l’avait toujours enseigné, mais que l’on croyait à ces opinions théologiques erronées, il faut bien se rendre compte que sur ce point cet enseignement n’était plus catholique.

Par conséquent, retenons bien qu’il s’agit du démantèlement de la foi et que ce démantèlement de la foi catholique par le démon et ceux qui se sont mis à son service (comme le relate Léon XIII à propos du dialogue qu’il a entendu en 1884 entre Notre Seigneur et le démon), a commencé bien avant les années 1940, et que l’on peut faire commencer très concrètement ce démantèlement, si l’on suit ce que Notre-Dame dit à La Salette, non pas en 1964, mais un siècle plus tôt, en 1864.

La Très Sainte Vierge dit en effet le 19 septembre 1846 : « En l’an 1864, Lucifer avec un grand nombre de démons seront détachés de l’enfer ; ils mettront fin à la foi peu à peu, même dans les personnes consacrées à Dieu. Ils les aveugleront de manière que, sauf s’ils ont une grâce particulière, ces personnes prendront l’esprit de ces anges de l’enfer. Plusieurs maisons religieuses perdront toute foi et perdront beaucoup d’âmes ». Et l’on sait bien qu’elle dit également, comme le résultat de ce démantèlement, que Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist, que l’Eglise sera éclipsée.

Le démantèlement de la foi catholique s’est donc particulièrement opéré depuis 1864. 1864 c’est l’année de la promulgation de l’Encyclique Quanta cura sur les principales erreurs politico-religieuses, et l’année de la promulgation du Syllabus du pape Pie IX, ce qui prouve que ce démantèlement fut préparé bien auparavant, en remontant bien évidemment au ’’siècle des lumières’’, et à la Révolution française.

Tout ceci est une réalité incontournable, et c’est ce qui explique la présence de ces considérations théologiques erronées contredisant le dogme Hors de l’Église point de salut, dans les ouvrages parus avec imprimaturs, surtout au XIXème siècle et dans la première moitié du XXème siècle. C’est dans cette période que l’Abbé Cekada, je vous en ai suffisamment fait la remarque, a choisi et dressé sa liste de théologiens, de 25 théologiens préconciliaires.

Comme je l’explique dans mon document et comme nous l’avons vu dans la première conférence, mais je tiens à le redire, les écrits de ces théologiens, leurs ouvrages, les manuels d’instruction religieuse, les catéchismes … aussi nombreux qu’ils soient, ne sont pas des documents infaillibles et ils peuvent donc véhiculer des enseignements déficients, des opinions théologiques controversées et erronées.

Beaucoup, malheureusement, et nous ne le savons que trop bien, s’arrêtent à l’argument des catéchismes, au nombre de ces catéchismes, et à ceux qui ont une grande autorité.

Certains s‘arrêtent également au nombre d’autres ouvrages, surtout sur une centaine d’année avant le concile Vatican II, et c’est malheureusement le nombre de ces différents ouvrages qui lorsque certains commencent à comprendre que ces considérations théologiques sont erronées, les font se reprendre. Ils se disent que « ce n’est pas possible qu’il en soit ainsi, puisque tous ces catéchismes et ces ouvrages (pris précisément dans cette fourchette du XIXème et de la première moitié du XXème siècle) les présentent et les développent ».

Mais qu’elles réfléchissent donc ces personnes ! Parce que lorsque l’on connaît l’origine de ces considérations, pourquoi elles n’ont jamais été retenues et encore moins enseignées par l’Eglise, pourquoi elles n’ont jamais été condamnées, comme nous l’avons vu dimanche dernier, peu importe alors le nombre d’ouvrages faillibles à les présenter sur ces deux derniers siècles ! D’autant plus que ces personnes qui sont parfaitement au courant du mystère d’iniquité, donc de la conjuration antichrétienne, et de l’apostasie quasi générale, devraient tout de même comprendre que tout cela fait partie du démantèlement de la foi ! Alors elles pourraient comprendre que ce grand nombre d’ouvrages qui parlent des ces considérations, fait justement partie du programme de démantèlement de la foi !

Alors, mes chers amis, cet argument du nombre d’ouvrages, vous l’aurez compris également, résulte aussi d’une méprise sur l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel, et il faudrait que ceux qui se fixent à cet argument, et pour abandonner cet argument, distinguent déjà bien entre documents faillibles et infaillibles. Cet attachement aux documents faillibles, nous l’avons vu, est donc une conséquence d’une erreur sur l’infaillibilité. La polémique depuis cet été dernier a permis d’en fournir plusieurs preuves sur lesquelles j’aurai quelques occasions de revenir.

Ainsi, pour avancer dans la compréhension de cette controverse, ce qu’il faut retenir également, c’est l’oubli de la conjuration antichrétienne. Alors, chers amis, là, cet oubli volontaire de la part de ceux qui on lancé cet été dernier la polémique à mon égard, va malheureusement de pair dans l’œuvre du démantèlement de la foi catholique. Car tout se tient dans ce démantèlement : il faut que l’on ne connaisse plus, et pour ces catholiques semper idem c’est un comble, que l’on ne tienne plus compte, que l’on ferme les yeux sur l’action des ennemis du Christ et de l’Eglise. Je vais bien sûr vous expliquer cela, mais comprenez bien par conséquent, que depuis près de 200 ans, ces considérations théologiques erronées ont été admises, acceptées dans toute la chrétienté et maintenant également dans le monde de la tradition.

Il faut savoir que ce sont les ouvrages d’apologétique, ainsi que les manuels d’instruction religieuse, qui ont été tout particulièrement les courroies de transmission de ces considérations. Je vais donc vous en parler dans quelques instants.

Alors, sachez que moi-même, dans les cours, j’ai évidemment entendu ces considérations. Mais comme je l’ai déjà précisé, d’une part, à ce moment là, je ne les ai retenues que comme des cas virtuels, théoriques, car l’on vous explique toujours (comment pourrait-on faire autrement d’ailleurs ?) : « imaginons un esquimau sur sa banquise… ». Et d’autre part qu’il ne m’a pas été difficile, à la lecture des Actes du Magistère et en remarquant la méthode exercée dans cette affaire du Père Feeney, de comprendre qu’il s’agissait bien : 1/ de ce rejet de ce dogme de la foi catholique tel que l’on peut le constater dans les années précédant Vatican II et que l’on peut toujours constater, malheureusement, chez ceux qui se disent catholiques de tradition, toutes distinctions confondues, et 2/ qu’il y avait bien là la marque de l’action de la conjuration antichrétienne.

Retenez bien, et j’insiste, que ce soit alors sous Pie XII ou ensuite sous les personnages illégitimes que la chrétienté trompée reconnaît comme ’’souverains pontifes’’. Car, chers amis, il s’agit de la conjuration antichrétienne à l’action sous Pie XII, oui sous Pie XII, car cette conjuration était évidemment déjà bien active sous son pontificat ! Nous allons en parler par des exemples concrets.

Ainsi, toutes ces défaillances dans la foi, font que ces considérations erronées sont malheureusement perçues comme un enseignement officiel de l’Eglise, alors qu’elles ne l’ont jamais été. En effet, vous entendez, toujours sous cette forme ou sous une autre, mais toujours selon la même confusion entre ce qui ressort du Magistère et ce qui n’en ressort pas : « C’est l’enseignement du Magistère, puisqu’elles se trouvent dans les ouvrages que je possède, dans mes manuels d’instruction religieuse, dans mes catéchismes… ».

 Je n’invente rien, et une preuve manifeste de cette confusion, se trouve d’ailleurs dans le dossier que l’Abbé Cekada a fourni au site Catholicapedia : c’est une réponse faite par un théologien d’avant le concile, une réponse faite à une personne qui se posait la question de savoir si ce qu’il avait appris dans son catéchisme, concernant le ’’baptême’’ de désir, était vrai. Cela s’est donc passé semble-t-il aux Etats-Unis, et ce théologien lui répond : « Le baptême de désir et le baptême de sang étaient bel et bien enseignés dans les anciens catéchismes. C’est l’un des signes indiquant qu’un enseignement appartient au magistère ordinaire universel, et les catholiques sont donc tenus d’y adhérer ».

 Donc pour ce théologien et pour beaucoup d’autres personnes, puisque ces ’’baptêmes’’ de désir et de sang sont enseignés dans les catéchismes anciens, et parce que se sont des catéchismes anciens, se sont des enseignements infaillibles du Magistère ordinaire et universel !

Chers amis, nous avons là la preuve de cette erreur sur le Magistère ordinaire et universel, car l’on prend donc les catéchismes pour des documents du Magistère infaillible. Et vous en avez de multiples preuves. En voici une parmi d’autres : au mois de mai 2014, un intervenant sur un site internet dit ceci : (…) « Le Catéchisme de Saint Pie X, qui touche au plus près la Foi (quoi de plus proche de la Foi qu’un catéchisme) est sous le coup de l’Infaillibilité ». Grave erreur donc sur l’infaillibilité de l’Eglise, et c’est ainsi que l’on en arrive à cette conséquence que « vous êtes tenus d’adhérer à ces considérations » !

Ou encore, comme plusieurs me l’ont écrit, avant mes réfutations… plus après… Donc, comme on me l’a reproché avant mes réfutations : « Vous refusez l’enseignement de l’Eglise, vous refusez la Tradition, puisque cela se trouve dans la plupart des catéchismes ». Donc, depuis, et jusqu’à présent, c’est le grand silence, alors que certains avaient annoncé : « vous allez voir, ce que vous allez voir »…

Mais, chers amis, lorsque, au départ des discussions, lorsque l’on commence par expliquer que ces considérations n’ont jamais été enseignées par le Magistère, vous déclenchez, tout spécialement chez les clercs, une réaction totalement démesurée, épidermique. Pourquoi donc ? Tout simplement parce l’on remet en cause ce qui a été appris, pensez-donc, dans les séminaires traditionnels !

 Il ne faut donc pas s’étonner de cette réaction, puisque, comme je viens de le dire, dans les séminaires ’’traditionnels’’, l’on a voulu « continuer ce qui se faisait avant le concile », époque où l’on ne croyait déjà plus comme il se doit à ce dogme. Alors ces clercs réagissent ainsi, car cela remet en cause ce qu’ils ont appris, ce qu’ils aiment bien, car ils les aiment ces thèses théologiques, et ils s’y attachent tellement que pour les défendre, ils ont recours à la malhonnêteté intellectuelle !

 Rappelez-vous, en effet, ce que je vous ai dit de l’argumentation de l’abbé Cekada : sa brochette de théologiens d’avant Vatican II pour tenter de prouver que cette considération théologique de ’’baptême’’ de désir à toujours été enseignée par la tradition.

Et puis souvenez vous également de la méthode de l’abbé Belmont qui se permet de trafiquer l’Encyclique Mystici corporis de Pie XII.

Mais vous avez eu les explications dans mon document et dans la première conférence, donc retenez bien qu’avant le concile ces considérations théologiques erronées étaient admises par presque tous ceux qui se disent être catholiques, et qu’il ne restait plus alors, selon la méthode de l’ennemi, qu’à présenter un argument ’’massue’’ afin que l’on ne puisse pas considérer le dogme en dehors de l’Eglise point de salut comme il se doit, c’est à dire dans le sens dont le Magistère l’a défini.

Cet argument ’’massue’’, chers amis, c’est celui de l’autorité. C’est le coup de maître de Satan, car avec cet argument de l’autorité, et encore mieux une condamnation, c’était le moyen le plus efficace pour que l’on ne revienne pas à croire le dogme comme il se doit. C’est ainsi que maintenant, si vous croyez au dogme évidemment sans ces considérations théologiques qui le contredisent, vous êtes hérétiques ! Et ça marche. Si vous avez regardé les commentaires dans cette polémique, depuis le mois d’août, vous avez vu plusieurs fois cet argument qu’est l’excommunication du Père Feeney. On a même plusieurs fois cité la célèbre phrase de saint Augustin : « Rome a parlé, la cause est entendue ». C’est Cave Ne Cadas, c’est son pseudonyme, le webmestre du site Catholicapedia, qui ne sortait pratiquement que ce genre d’argument.

Alors, que voulez-vous, dans cet état d’esprit, cette condamnation du Père Feeney (mais cela aurait très bien pu être quelqu’un d’autre) est donc présentée comme des plus officielles, et pour ces personnes là, vous ne pouvez pas la remettre en cause, vu que « c’est une condamnation faite par Pie XII, le dernier vrai pape ». C’est donc cette condamnation que l’on va ressortir, et parce que c’est Pie XII, l’on fait en sorte qu’il ne soit pas question de conjuration antichrétienne dans cette affaire.

C’est tout simplement malhonnête, et ce que je constate également c’est que malheureusement il n’y a pas d’interlocuteur sérieux dans cette controverse.

Donc cette condamnation, c’est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt, et il faut précisément la replacer dans son contexte, car pour la conjuration antichrétienne, elle était indispensable pour que l’on ne tienne plus la juste compréhension du dogme hors de l’Eglise point de salut.

Par conséquent, comprenez bien que cette condamnation avait pour but de faire admettre définitivement que des non-catholiques peuvent être sauvés tout en restant dans des fausses religions, une des idées maîtresses pour le futur ’’concile’’ Vatican II et dans l’œcuménisme post conciliaire. Cette condamnation était nécessaire dans la préparation à l’apostasie de Vatican II. Le pire, chers amis, c’est que ce sont les catholiques semper idem qui la ressortent, accompagnée des termes discriminatoires d’« hérésie « feeneyiste » » ; hérésie, qui, vous le saisirez encore mieux à la fin de cette conférence, n’existe pas.

Il faut donc expliquer l’affaire de l’excommunication du Père Feeney en la replaçant dans le cadre de la conjuration antichrétienne, en toute objectivité et en toute honnêteté intellectuelle, ce qui ne fut pas le cas, je l’ai suffisamment fait remarquer à propos de cette conférence dont je fais état dans mon document, et ce qui, il me semble, n’est également pas fait dans les interventions que l’on peut trouver sur les fils de discussions de sites internet ces dernières années.

C’est primordial. C’est pour cela que ce conférencier est coupable, car il connaît l’action de la conjuration antichrétienne, mais n’en a pas fait pour autant une étude objective dans cette affaire, se plaçant même par certains côtés dans la position adverse, dans le but de soutenir ces opinions erronées. C’est lui qui dit dans sa conférence que « le problème c’est que les Feeneyistes », je reprends son expression uniquement parce que c’est son expression, « prennent le dogme au pied de la lettre ». Mais comment voulez-vous prendre un dogme autrement ? Prendre au pied de la lettre ce dogme et d’une manière générale tous les dogmes, c’est tout simplement prendre le dogme comme l’Eglise l’a toujours cru et enseigné !

Alors, comprenez-le bien : sa conférence, c’est-à-dire le sujet choisi en lui-même, le ’’Feeneyisme’’, c’est la preuve flagrante que ces considérations théologiques erronées ont été admises, comme je vous le disais, par presque tous ceux qui se disent catholiques. Et qu’en brandissant le spectre de cette soit disant hérésie « Feeneyiste », ils ne se rendent pas compte qu’ils font, c’est un comble, le jeu de l’ennemi, et comme l’ennemi le souhaitait !

Oui, c’est un comble, et l’on se demande bien pourquoi les organisateurs de cette conférence, le conférencier, le webmestre du site internet Catholicapedia, ainsi que certains commentateurs, se sont fait un devoir de titrer ou de surenchérir (à l’heure d’internet, quelle responsabilité !) : « la chute de l’Abbé Marchiset dans l’hérésie Feeneyiste » qui n’est donc que du non-être, qui n’existe pas ! Le premier article sur ce site révélant manifestement l’état d’esprit de ces personnes formatées à l’ ’’école’’ des ACRF, des Amis du Christ Roi de France, qui, dans cette histoire, et suivant les dires de son mentor qui intervient à la fin de la conférence en question, se croient attaquées…

Bref, après ces précisions qui sont indispensables, vu le contexte et le cas de ces personnes, car il y aura de sérieux devoirs de réparations ici-bas ou au purgatoire, puisqu’il y a atteinte publique à la réputation du prochain, continuons si vous le voulez bien, sur ce qu’il faut dire pour la compréhension de la controverse sur le ’’baptême’’ de désir.

Regardons maintenant quelques textes qui contredisent le dogme en dehors de l’Eglise point de salut tout en vous faisant remarquer que les documents qui traitent du ’’baptême’’ de désir, et des autres considérations, sont des documents faillibles et qui, je n’ai plus à vous l’expliquer, se contredisent et contredisent le dogme défini.

Comme nous avons déjà vu la cause de ces opinions erronées, c’est-à-dire les différents auteurs et leurs écrits, les différents passages du Magistère mal traduits ou mal interprétés, je ne vais donc pas revenir sur l’origine de ces opinions erronées, mais vous présenter quelques citations pour vous faire bien comprendre que ce sont principalement les ouvrages d’apologétique et d’instruction religieuse qui manient aussi l’apologétique, qui ont joué un grand rôle dans ce démantèlement de la foi en proposant ces opinions controversées et erronées, et en bénéficiant vraiment de la complaisance, mais aussi de la prévarication, de ceux qui aurait dû faire leur travail de gardiens de la foi, les évêques.

Car n’oubliez pas, chers amis, je le reprécise avant même les citations que je vais faire, n’oubliez pas cette prévarication de l’épiscopat et le démantèlement de la foi depuis le milieu du XIXème siècle. L’imprimatur ne voulant pas dire infaillibilité, et n’étant plus du tout d’ailleurs, depuis 150 ans, la garantie que les ouvrages de la plupart des auteurs ecclésiastiques étaient parfaitement et en tous points catholiques.

Par conséquent, dans cette première moitié du XXème siècle, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait, même sous couvert d’imprimatur, des attaques sur la foi catholique, afin de préparer les esprits aux réformes conciliaires.

Des attaques sur la notion de sacrifice par exemple, afin de détruire la doctrine du saint sacrifice de la Messe. J’ai récemment fait un parallèle, entre deux ouvrages parus tous deux en 1931 avec imprimatur. Deux publications traitant sensiblement du même sujet. Vous avez l’ouvrage de l’Abbé Buathier : Le sacrifice dans le dogme catholique et dans la vie chrétienne, qui est excellent sur la doctrine du sacrifice et du saint sacrifice de la messe, et puis Le Sacrifice du Chef, du chanoine Masure. Et bien, ce dernier commence par des pages très critiques sur la théologie du sacrifice telle qu’exprimée au XVIIème siècle et sur la piété qui en découle.

Donc, juste ce petit aspect pour vous montrer l’état d’esprit dans ces années qui ont précédé le concile. C’était le démantèlement de la foi et cela depuis 150, voire 200 ans, et chers amis, ceux qui se disent de tradition, je précise donc aussi, catholiques semper idem, car, vous l’avez compris, la polémique de cet été n’est venue que par eux, ne se rendent pas compte que parmi les citations que certains ont présentées pour soutenir ces opinions théologiques erronées, il y a des propos qui s’apparentent aux condamnations du Magistère, et particulièrement aux propositions condamnées du syllabus de Pie IX.

Alors, pour vous citer les passages annoncés, commençons par les écrits de Mgr de Ségur. Oui Mgr de Ségur, et cela ne veut pas dire que je vais rejeter tous ses ouvrages à cause de cela.

 Celui-ci écrit dans ce petit livre Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion, qui, je l’ai signalé, n’a même pas l’imprimatur, preuve que l’on était loin de contrôler tous les ouvrages : « Un protestant, dit-il, un schismatique n’est pas damné par cela seul qu’il est protestant ou schismatique ». Nous savons ce que le Magistère pense de cela, mais il continue : « S’il est de bonne foi dans son erreur, c’est à dire s’il n’a pas pu, pour une raison ou une autre, connaître et embrasser la foi catholique, il est considéré par l’Eglise comme faisant partie de ses enfants : et, s’il a vécu selon ce qu’il a cru être la vraie loi de Dieu, il a droit au bonheur du Ciel, comme s’il eût été catholique ».

 Pourquoi dire : « S’il est de bonne foi dans son erreur (…) il est considéré par l’Eglise comme faisant partie de ses enfants », et puis : « comme s’il eût été catholique » ? Vous remarquerez que sous prétexte de vouloir expliquer le dogme, on l’adapte et finalement on le réduit à un minimum, et cela n’est vraiment pas rendre service aux non-catholiques, alors que la sollicitude de Pie XII, dans son Encyclique Mystici corporis, souvenez-vous, est cette invitation à « s’efforcer de sortir d’un état où nul ne peut être sûr de son salut éternel » et que la seule chose que peut faire ce ’’certain désir et souhait inconscient’’ dont parle Pie XII à propos de ces non-catholiques, est, je vous l’ai dit, de les mettre en ordre pour entrer dans l’Eglise, à l’exemple de personnes qui se mettraient à suivre le sillage d’un bateau et qui s’apprêteraient à monter dans celui-ci.

 Par conséquent voyez comment en disant : « s’il est de bonne foi dans son erreur (le protestant), (…) il est considéré par l’Eglise comme faisant partie de ses enfants », et puis : « comme s’il eût été catholique », voyez comment l’on en arrive même à contredire le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et chers amis, ces propos, comme je vous l’ai dit, s’apparentent à différentes condamnations du Magistère !

 Car en effet, si l’on met en parallèle ces propos avec les Actes du Magistère, vous avez le Pape Grégoire XVI, dans son Encyclique Summo Iugiter Studio du 27 mai 1832 qui dit : « Enfin, certains de ces égarés tentent de se persuader à eux-mêmes ainsi qu’à d’autres, que les hommes ne sont pas sauvés uniquement dans la religion catholique, mais que même les hérétiques peuvent atteindre la vie éternelle ». Et Pie IX qui dénonce dans l’Encyclique Quanto conficiamur Moerore du 10 septembre 1863 dont nous avons déjà parlé dimanche, qui dénonce, entendez bien, qu’un homme peut parvenir à l’éternelle vie en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi.

 Si l’on prend maintenant le Syllabus de Pie IX, ce qu’écrit Mgr de Ségur correspond aussi à une proposition condamnée qui stipule: « Le protestantisme n’est pas autre chose qu’une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l’Église catholique ». C’est, je viens de le dire, une proposition condamnée. Alors voyez, chers amis, jusqu’où va cette apologétique au XIXème siècle !

 Et puis dire : « s’il est de bonne foi dans son erreur (le protestant) (…) il est considéré par l’Eglise comme faisant partie de ses enfants », c’est aussi une étape pour en arriver à dire que l’on peut appartenir à l’Âme de l’Eglise sans en appartenir au Corps, car c’est ce qui va se passer dans les générations d’auteurs après Mgr de Ségur. En se copiant les uns sur les autres, voici ce que l’on trouve très exactement dans cet ouvrage de 1934 de l’abbé Lescure, intitulé « V’lan ! », étant une interjection parce qu’il s’agit de réponses à des objections ; donc l’abbé Lescure écrit, et c’est le deuxième document dont je voulais vous parler : « Un protestant n’est pas damné par cela seul qu’il est protestant. S’il est de bonne foi dans son erreur, c’est-à-dire s’il lui a été impossible, pour une raison ou une autre, de connaître et d’embrasser la religion catholique, il est considéré par l’Eglise comme appartenant à son âme ».

 Vous aurez remarqué qu’il s’agit presque mot pour mot ce que disait Mgr de Ségur, et que l’on en arrive donc à cette notion erronée d’Âme de l’Eglise. Ces deux premiers exemples vous montrent à quel point, au détriment donc du Magistère, l’on en arrive à faire croire que le dogme catholique sur le salut n’exclurait pas l’idée que les personnes non-catholiques soient sauvées tout en restant dans leurs fausses religions.

 Et cela chers amis, ne croyez pas, qu’il s’agisse uniquement de la croyance des modernistes, de la croyance des conciliaires, car, malheureusement, ceux qui se disent catholiques traditionnels, toutes distinctions confondues, tiennent ce genre de raisonnement.

 Mais me direz-vous, les propos de Mgr de Ségur, comme ceux de cet abbé Lescure, vont sans doute un peu trop loin, et ne peut-on pas rester à la proposition restrictive de ’’baptême’’ de désir, telle, par exemple que l’Abbé Belmont l’exprimait  et que nous avons vu dans la première conférence ou dans mon document? Je vous la rappelle : « L’appartenance invisible à l’Église est précaire et fragile, dit-il : elle doit tendre à l’appartenance visible, à laquelle il ne faut pas se dérober. Si l’on se dérobe, cette appartenance invisible devient vaine et se perd; elle n’est en effet qu’une pierre d’attente ».

Donc, à cela je réponds que si vous croyez à ce ’’baptême’’ de désir, même avec ces conditions restrictives, vous contredisez tout de même le dogme défini, vous ne le tenez plus comme il se doit, et cela touche évidemment la foi ! Vous êtes obligés de penser, vous, c’est-à-dire avec des opinions théologiques personnelles, que l’on peut parvenir à la vie éternelle en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi, ce que Pie IX dénonce dans cette Encyclique Quanto conficiamur Moerore. Et vous ne tenez pas compte également, entre autre, de la sollicitude de Pie XII qui invite les non catholiques à tout faire pour se disposer à entrer dans l’Eglise catholique, car dans un tel état dit-il, nul ne peut être sûr de son salut éternel.

Et puis en faisant ainsi, vous réduisez le dogme à un minimum, et c’est bien ce que dénonce Pie XII dans l’encyclique Humani generis dont je vais parler en fin de conférence, lorsqu’il dit : « (…) le propos de certains est d’affaiblir le plus possible la signification des dogmes (…) ».

Par conséquent si vous admettez cela, c’est vous, chers amis, qui allez perdre la foi au dogme défini ! Mais rappelez-vous : il s’agit d’un démantèlement de la foi ! Et pourquoi les traditionnalistes n’y seraient pas soumis… et quelque peu atteints? Donc pour résister fort dans la foi, il faut se fixer au Magistère et non pas aux opinions théologiques controversées et erronées !

Après ces deux premières citations que j’ai choisies parce qu’elles sont caractéristiques de ces erreurs, et parce que ce sont, en partie, les propos d’un auteur que vous connaissez, Mgr de Ségur, et qui nous le voyons bien ici, a bénéficié d’une grande liberté de presse de la part de l’épiscopat, à cause du nombre de ses ouvrages, je voudrais vous dire, et avant même un autre document que je veux vous expliquer, vous redire un mot sur l’Imprimatur.

 L’ouvrage de Mgr de Ségur, je vous l’ai précisé, n’a pas l’Imprimatur (et nous allons voir ensuite ce qu’il en est de l’ouvrage de l’abbé Lescure).

 Le cas de ces deux ouvrages nous reporte donc à ce que disait saint Pie X dans son Encyclique Pascendi. Rappelez-vous ce que j’ai cité dans mon document : au paragraphe 69 de l’Encyclique, et à l’adresse des évêques du monde entier, saint Pie X a cette injonction : « Ne vous laissez pas arrêter, Vénérables Frères, au fait que l’auteur a pu obtenir d’ailleurs l’Imprimatur : cet Imprimatur peut-être apocryphe, ou il a pu être accordé sur examen inattentif, ou encore par trop de bienveillance ou de confiance à l’égard de l’auteur, ce qui arrive peut-être quelques fois dans les Ordres religieux ».

Par conséquent, saint Pie X s’était rendu compte de la nécessité de faire contrôler dans les diocèses toutes les publications d’ouvrages religieux, et peut-être avait-il déjà vu que bien avant lui les autorités diocésaines faisaient déjà trop confiance à certains écrivains ecclésiastiques.

 Les évêques n’ont donc pas assuré pleinement leur rôle de surveillant, de gardien de la foi puisque nous voyons non seulement des imprimaturs accordés par trop de bienveillance ou de confiance à l’égard de certains auteurs, mais encore cet ouvrage en libre circulation du fait qu’il s’agit de Mgr de Ségur avec ses nombreux écrits.

Et puis si l’on regarde le second document, cet ouvrage de l’abbé Lescure, voici ce que l’Evêque d’Alger qui accorde son Imprimatur, en 1931, écrit : « Mes occupations ne m’ont pas permis, à mon grand regret, de lire toutes les pages de votre livre ». Qu’est-ce à dire, sinon que nous avons une autre preuve que le travail demandé ne se faisait pas et que de toute façon, chers amis, aucune voix ne se serait élevée, puisque les évêques ne tenaient déjà plus au dogme comme le Magistère l’avait toujours enseigné, et croyaient à ces considérations théologiques qui se sont trouvées développées, augmentées par de véritables thèses théologiques dans cette première moitié du XXème siècle, comme celles que nous trouvons dans l’ouvrage de Mgr Prunel daté de1932. Et c’est donc le troisième document dont je voulais vous parler. C’est un cours supérieur d’instruction religieuse.

Il y a quelques instants, je vous ai dit que dans les générations d’auteurs après Mgr de Ségur, certains en se copiant les uns sur les autres, en arrivaient à dire que l’on peut appartenir à l’Âme de l’Eglise sans en appartenir au Corps. C’était donc dans un but d’apologétique. Ici dans l’ouvrage de Mgr Prunel de 1932, il s’agit bien d’instruction religieuse et d’apologétique. Il ne faut donc pas s’étonner que ces générations pré-conciliaires aient connu ce démantèlement de la foi, car, chers amis, à propos de ’’baptême’’ de désir et du dogme en dehors de l’Eglise point de salut, nous assistons à la publication sous forme de citations évidemment, aux thèses théologiques qui se sont multipliées sur le sujet, au point que tout cela me fait penser à une usine à gaz, ou à ces raffineries, avec leurs tuyaux, leurs vannes, avec ces reprises de tuyaux plus ou moins gros, avec les by-pass un peu partout…

C’est pourquoi, je vous montre rapidement comment ce qui est présenté dans cet ouvrage ne pouvait que démanteler la foi au dogme.

Comme pour beaucoup d’ouvrages, il y a donc la juste présentation du dogme avec des explications parfaitement correctes, et puis ce clivage, ce « oui, mais ». Ici, il s’agit : « d’autre part ». Mgr Prunel, dans cet ouvrage de 1932 se met donc à présenter l’ignorance invincible, et comme d’autres auteurs, comme Mgr de Ségur explique le cas de l’hérétique et du schismatique. Et pour justifier tout cela il cite partiellement saint Thomas d’Aquin qui, nous l’avons vu, explique précisément que l’on ne peut pas invoquer l’ignorance invincible !

 Et puis il arrive bien sûr le cas de Valentinien II mort catéchumène en citant saint Ambroise. Nous avons vu ce qu’il en était de l’opinion de saint Ambroise. Et pour justifier ce qui n’est qu’une opinion, il va alors en arriver à l’allusion au passage du Concile de Trente si mal interprété et incomplet. Et puis aux documents de Pie IX eux aussi mal interprétés, et bien sûr à cette notion erronée d’Âme de l’Eglise.

Ce qui est à remarquer également, c’est qu’il cite des passages d’une théorie du Père Bainvel, exposée dans son ouvrage Hors de l’Eglise point de salut (évidemment !) daté de 1912. Voyez cette compilation d’arguments. L’usine à gaz…Donc, la théorie du Père de Bainvel, en ce qui concerne le désir du baptême, pour devenir évidemment ’’baptême’’ de désir, se résume par : le désir et la réalité équivalents devant Dieu. Elle est « basées, dit-il, sur de graves autorités théologiques ». Et bien tout cela, chers amis, nous le connaissons malheureusement. C’est donc avec cette sorte d’ouvrage, avec ces théories qui contredisent le dogme que l’on comprend démantèlement de la foi au dogme en dehors de l’Eglise point de salut.

Le Père Feeney avait donc remarqué tout cela et c’est pourquoi il faut alors replacer ses difficultés dans ce contexte du démantèlement bien avancé de la foi ainsi que sous l’angle de la conjuration antichrétienne bien évidemment en action sous Pie XII.

C’est donc cette action de la conjuration antichrétienne que j’aborde maintenant avec vous dans le cadre de l’affaire du Père Feeney.

Tout d’abord rappelez-vous la méthode de l’ennemi avec l’argument d’autorité, et cela, que ce soit sous Pie XII et bien sûr après lui. Il faut donc une condamnation, quitte à faire une levée de cette condamnation ensuite. Ce qui sera d’ailleurs fait à propos du Père Feeney, mais puisque cette levée d’excommunication, et notez-le bien, sans qu’il lui soit demandé de rétractation, a été faite par les autorités illégitimes post Vatican II, par ceux que nous dénonçons effectivement comme des antichrists, les contradicteurs de cet été et de cet automne, ne veulent évidemment pas en entendre parler, puisque nous considérons leurs actes comme nuls, non avenus et sans valeur. N’empêche, chers amis, que la méthode est là. Il y a donc condamnation, condamnation que nous allons regarder en la replaçant dans son contexte, car comprenez bien que l’adversaire sait parfaitement faire en sorte que le grand public ne retienne que la condamnation.

Aussi, quand je vous parle de condamnation et puis de levée d’excommunication, remarquez bien la méthode. Je vous l’explique avec des exemples que vous comprendrez facilement puisque certains d’entre vous ont vécu les difficultés dont je vais parler, ou tout du moins pour certains autres dont vous avez entendu parler. Quant aux plus jeunes ici présents, écoutez bien, car vous n’étiez pas nés…et par conséquent vous ne les connaissez pas ou alors si vous les connaissez, c’est seulement à la lecture de certains documents.

Je veux donc parler de la condamnation de la tradition avec Mgr Lefebvre. Car, chers amis, pour le grand public, qu’est-ce que le « traditionnaliste » ? C’est dès l’après concile Vatican II, celui qui refuse (à juste titre) le conciliabule Vatican II et ses réformes. Pendant toutes ces années et encore maintenant, c’est quelqu’un qui « désobéit au pape », et Mgr Lefebvre fut, bien involontairement le chef de file de cette désobéissance. Et pour le lecteur des journaux, le lecteur et l’auditeur des médias, le traditionnaliste c’est aussi un ’’intégriste’’, il est aussi ’’Lefebvriste’’ ’’Lefebvreviste’’, en effet, petite anecdote, c’est le terme employé par un prêtre lorsque j’étais à Longeville. J’avais en effet suite à l’affichage et au fléchage de la procession de la Fête-Dieu, reçut une lettre adressée ainsi : « A Monsieur le représentant de la cellule lefèbvreviste de Longeville » (sic).

Donc, chers amis, le traditionnaliste est ’’Lefebvriste’’, ’’intégriste’’, et donc pour ceux qui se croient encore catholiques, mais qui ne le sont plus que de nom, c’est tout simplement « quelqu’un qui désobéit au pape ». Cela, chers amis, c’est malheureusement vrai pour ceux qui reconnaissent comme légitimes ces pseudos autorités conciliaires, mais pas pour nous, puisqu’il n’y a pas de pape depuis Pie XII.

Par conséquent, dans ces condamnations, qu’est-ce que retient toujours le grand public ? La condamnation bien sûr. En 1976 il y a eu la suspense a divinis de Mgr Lefebvre. C’est-à-dire que Rome avait interdit à Mgr Lefebvre de procéder à quelques ordinations que ce soit. Alors en 1976, sursitaire, je terminais mon service militaire, et j’avais posé une permission pour assister aux ordinations. J’étais donc aux ordinations, et Mgr Lefebvre avait déjà rencontré de grandes difficultés avec Rome. Si l’on veut comprendre ces difficultés, vous avez un ouvrage qui publie tous les échanges épistolaires, tous les écrits et même les sermons de Mgr Lefebvre. Cet ouvrage s’intitule ’’L’évêque suspens’’ (Mgr Lefebvre), paru en 1977.

Et nous y voyons, comme je l’ai constaté moi-même, que le grand public n’avait retenu que la suspense a divinis de Mgr Lefebvre, selon les médias qui se faisaient l’écho des déclarations du Vatican, de ces gens, de ces cardinaux de la Curie romaine.

Et alors en 1988, chers amis, vous pensez bien, avec les sacres, j’étais présent également, ayant quatre ans de sacerdoce, c’était évidemment le « schisme », l’ « excommunication », les excommunications de Mgrs Lefebvre, Castro Mayer, et des quatre évêques. Et puis, bien plus tard, je ne vais pas refaire l’histoire de la tradition, ni rentrer dans les détails, il y eut, vous le savez la levée des excommunications pour les quatre évêques…, mais, sans rentrer dans les explications, je vous l’ai dit, seulement pour vous montrer la méthode employée, qu’est-ce que cette ’’levée’’ des excommunications a changé pour tout ce monde conciliaire, voulez-vous me le dire? Rien, rien, car le ’’traditionaliste’’, ’’l’intégriste’’, et maintenant le ’’sédévacantiste’’, n’est pas fréquentable. Et vous comprenez alors, combien les termes en « -isme » sont toujours là pour éviter que l’on vienne à la vérité, à la véritable pratique religieuse, et que l’on comprenne que la religion conciliaire n’est pas la religion catholique, que l’Eglise catholique est éclipsée par la secte conciliaire.

Et bien, chers amis, dans l’affaire du Père Feeney, il en est de même. Car, qu’est-ce que l’on cherche à faire retenir et qu’est-ce que l’on retient ? Sa condamnation, son excommunication, évidemment ! Et là encore il y a malhonnêteté intellectuelle en n’étudiant pas et surtout en ne voulant pas regarder objectivement le fond de l’affaire, tout simplement, comme je vous l’ai dit, parce que Pie XII est le dernier pape que nous reconnaissons. Cave Ne Cadas, je vous l’ai dit, le webmestre du site Catholicapedia, s’est fait le champion de cet argument. C’est foncièrement malhonnête et je le répète, parce que l’on ne veut pas voir objectivement l’action de la conjuration antichrétienne sous Pie XII.

Evidemment ces difficultés rencontrées par le Père Feeney, ne sont pas du même ordre que les difficultés rencontrées par Mgr Lefebvre, et surtout, c’est un argument malhonnête, je vous l’ai dit, l’on invoque le fait que cela eut lieu sous l’autorité de Pie XII, le dernier pape que nous reconnaissons.

Mais faut-il pour autant méconnaître ou passer sous silence l’action de la conjuration antichrétienne sous Pie XII ? Bien sûr que non ! Et si les personnages en action, n’étaient pas les mêmes que dans les difficultés de Mgr Lefebvre (il y aura tout de même, nous allons le voir, un certain Montini), c’étaient néanmoins des personnages en place faisant le travail que la conjuration leur avait demandé de faire.

Alors regardons précisément qui sont ces personnages de la Curie romaine sous Pie XII et le fonctionnement, ou plutôt le disfonctionnement de la Curie romaine dans cette affaire.

Tout cela nous pouvons le constater d’après cette réforme-massacre de la semaine Sainte et de la vigile pascale sous Pie XII; et puis nous la regarderons dans les échanges épistolaires que nous connaissons entre cette Curie romaine et le Père Feeney.

Donc, lorsque l’on regarde la réforme des rites de la Semaine Sainte, l’on voit que cette réforme fut la voie ouverte aux réformes de Vatican II. Montini-Paul VI le dit du reste en ces termes dans sa Constitution apostolique « Missale Romanum », du 3 avril 1969 :

« L’exigence de revoir et d’enrichir les formules du Missel Romain s’est fait sentir. Le premier pas d’une telle réforme a été l’œuvre de Notre Prédécesseur Pie XII, avec la réforme de la Vigile Pascale et du rite de la Semaine Sainte. C’est cette réforme qui a constitué le premier pas de l’adaptation du Missel romain à la mentalité contemporaine ».

Comprenez alors que Montini-Paul VI était bien placé pour dire cela car cette réforme des rites de la Semaine Sainte s’est passée alors qu’il était secrétaire d’état et qu’il agissait de concert avec un certain Père Bea, le confesseur de Pie XII, futur Cardinal Béa, de son nom Buan dans la F*** M***.

Oui, chers amis, c’est ainsi que s’exerce l’action de la conjuration antichrétienne, par ces personnages qui se sont mis au service du démon, ce que nous déduisons de ce que relate Léon XIII à propos du dialogue qu’il a entendu en 1884 entre Notre Seigneur et le diable, et nous voyons donc dans l’histoire de cette réforme de la Semaine sainte que ces deux personnages agissent directement, en court-circuitant les responsables de la Congrégation des rites. Dans la façon dont ce déroula ces réformes de la Semaine sainte il est donc intéressant de savoir que ce sont précisément Montini et Béa qui ont font avancer les choses pendant la maladie et la convalescence de Pie XII.

Or, chers amis, les deux années précédentes, ce sont les années où le Père Feeney rencontra ses difficultés avec ses échanges avec la Curie romaine et qui se termina par cette excommunication. C’est pourquoi je dis que dans ce contexte, il ne faut certainement pas croire que Pie XII s’est occupé personnellement de ce dossier. Mais ce qu’il faut objectivement voir, c’est qu’avec ces personnages dans la place et aux postes clefs, c’est un dossier à charge qui est constitué, avec les mêmes méthodes que celles employées quelques années plus tard avec Mgr Lefebvre, et qui se terminera de toute façon, par la rédaction d’un décret présenté à signer à Pie XII, parmi tant d’autres affaires en cours.

Les faits et le simple bon sens demandent donc que l’on arrête d’idéaliser le Pontificat de Pie XII parce qu’il s’agit du dernier pape légitime que l’on reconnaisse. Car je le répète, il faut replacer ce dossier dans le cadre de la conjuration antichrétienne et se rendre compte que celle-ci est bien présente dans la Curie romaine sous Pie XII.

Maintenant, grâce aux échanges épistolaires que nous connaissons entre cette Curie romaine et le Père Feeney, je vous explique également la méthode employée par ces personnages qui occupent les postes clefs de la Curie romaine, et qui de toute façon, vous l’avez compris, ne croient plus au dogme comme il se doit, ou qui plus exactement le croient avec les opinions qui le contredisent, et qui useront donc de leur pouvoir, pour faire croire que c’est ainsi que l’Eglise l’a toujours entendu.

Si je vous dis cela, c’est que tout se retrouve dans le Protocole Suprema haec sacra, dans cette lettre de deux cardinaux à l’archevêque Cushing datée du 8 août 1949, dans le cadre de l’affaire du Père Feeney, ce que je vous ai expliqué et commenté dimanche dernier en vous disant que cette Lettre contenait d’une façon évidente (ces gens de la Curie ne risquaient alors pratiquement plus grand-chose) ces considérations théologiques erronées de ’’baptême’’ de désir, de sang, d’ignorance invincible…

 Par conséquent, pour aller à l’essentiel, si cet Archevêque Richard Cushing de Boston fut le premier à faire taire le Père Feeney, non pas sur le ’’baptême’’ de désir, mais sur hors de l’Eglise il n’y a pas de salut tel que le Magistère l’a toujours compris, c’est avec les échanges entre le Père Feeney et l’archevêque-cardinal Pizzardo que je voudrais vous faire remarquer la méthode employée par ces personnages de la Curie sous Pie XII.

 En effet, le 30 octobre 1952, le Père Feeney envoya une réponse à l’Archevêque Pizzardo, lui demandant une liste des accusations portées contre lui. Le 22 novembre 1952, l’archevêque lui répondit : « Votre lettre du 30 octobre montre clairement que vous essayez d’éluder la question … Vous devez vous rendre immédiatement à Rome, où vous serez informé des charges portées contre vous … Si vous ne vous présentez pas … avant le 31 décembre, cet acte de désobéissance sera rendu publique avec les peines canoniques … Le Délégué apostolique a reçu l’approbation de financer les dépenses de votre voyage ».

 Cet échange de lettres entre le Père Feeney et l’Archevêque Pizzardo est très intéressant, car il montre que le désir du Père Feeney était d’opérer dans les limites de la loi, alors que l’Archevêque et son équipe au Vatican ont montré un mépris flagrant du droit, même dans la manière de le convoquer à Rome. C’est toujours la même méthode pour ces gens là. Si vous lisez les documents de ce livre dont je viens de vous parler, tout cela est évident, tout cela saute aux yeux ! Et, chers amis, comprenez bien que ce n’est pas parce que avec Mgr Lefebvre on est sous Jean-Baptiste Montini-Paul VI ou Karol Wojtyla-Jean-Paul II, car, je le reprécise : des personnages ayant gravi les échelons de la hiérarchie, selon les ordres de la F***M***, étaient déjà en place et connaissaient la méthode à employer dans l’argument d’autorité.

 Ne tenant pas à la vérité, à la pleine lumière, ils agissent par des moyens détournés, et savent comment avoir l’avantage dans la situation. C’est pourquoi quand je lis ce qu’écrit cet Archevêque-Cardinal Pizzardo au Père Feeney : « Votre lettre du 30 octobre montre clairement que vous essayez d’éluder la question », je ne peux m’empêcher de penser à cette méthode.

 Donc, dans l’affaire du Père Feeney, chers amis, celui-ci envoie cette réponse à l’Archevêque Pizzardo lui demandant par conséquent une liste des accusations portées contre lui, comme le stipule le Droit canonique. Et je vous cite à nouveau la réponse : « Votre lettre du 30 octobre montre clairement que vous essayez d’éluder la question… ». Non, ce n’est pas le Père Feeney qui élude la question, ce sont eux, mais ils utilisent l’argument d’autorité et ils en usent même jusqu’aux menaces : « Si vous ne vous présentez pas … avant le 31 décembre, cet acte de désobéissance sera rendu public avec les peines canoniques … ».

 A ce stade il faut savoir pourquoi le Père Feeney demandait à ce qu’on l’informe des accusations portées contre lui. C’est que le Droit canonique stipule que la personne convoquée à Rome doit au moins être tenue informée des accusations générales portées contre elle. C’est élémentaire, non ! Mais ces gens n’en ont cure ! Le Père Feeney aura beau citer les canons qu’il fallait, cet Archevêque Pizzardo et son équipe ont volontairement passé outre ces lois. Ils savent comment procéder, et comprenez qu’il ne fait presque aucun doute que l’Archevêque croyait également que des non-catholiques pouvaient être sauvés en tant que non-catholiques, et celui-ci ne s’est donc pas gêné dans l’affaire du Père Feeney. « Obéissez à ce que l’on vous dit, sinon…». Eh bien ils ont mis à exécution leurs menaces, car on peut le constater, il y a bien eu violation du secret du Saint-Office en ayant laissé échappé de manière publique leur correspondance à la presse. Il y a ces menaces répétées d’imposer des sanctions sans donner des accusations ou des procédures, comme l’exige le Droit Canon, et il y a la diffusion de ce Protocole 122/49, protocole qui va être pris comme une position doctrinale du Saint-Siège.

Voilà, chers amis, comment cela fonctionne avec ces personnages en place. C’est, vous l’aurez compris, au détriment de la plus élémentaire légalité, et vous pensez bien que ce Protocole fut officiellement présenté, tout en n’ayant jamais été publié dans les Actes du Siège apostolique.

Comme je vous l’ai dit ces gens là savent faire croire que toute cette affaire est on ne peut plus officielle, mais contourne habilement le Droit Canon. Et le pire, chers amis, et c’est vraiment lamentable, c’est bien cette réaction que nous avons constatée sur le site Catholicapedia, lorsque l’on ressort sans autre forme de procès, c’est le cas de le dire : « C’est Pie XII », « Rome a parlé, la cause est entendue ».

Alors, dans le contexte que je viens de vous décrire, Rome, en Pie XII a-t-il vraiment parlé ? Non, chers amis, non, ces personnages cherchaient une condamnation de ce qui était un obstacle à la future Révolution conciliaire et ils l’ont donc obtenue le 13 février 1953.

Ainsi, puisque nous venons de voir comment agissaient ces personnages, comment ils agissaient directement sur Pie XII, comment ils court-circuitaient les responsables de la Congrégation des Rites, nous ne pouvons pas ne pas penser à des interventions de ces Montini et Béa, et d’autres… dans les dossiers de cette période, aussi bien en ce qui concerne la réforme de la Semaine sainte et de la Vigile pascale que dans la signature de ce décret d’excommunication qui ne stipule donc aucune des accusations que l’on serait en droit de voir figurer, comme le Droit canon l’exige.

Ce qui est à remarquer c’est qu’un dénommé Abenader le 26 février mettait ceci en commentaire sur le site Catholicapedia, à propos de la réforme de la semaine sainte: « Pour ma part, je suis vraiment partagé. J’ai plus que du mal à croire que Pie XII ait réellement accepté ces innovations ». Par conséquent, combien on aimerait, chez ces personnes et ces clercs qui argumentent avec très peu de sérieux, qu’il y ait au moins ce genre de question sur le cas de l’excommunication du Père Feeney. Car effectivement nous sommes bien obligés, à la fois sur cette réforme de la semaine sainte, et dans cette condamnation du Père Feeney, d’y voir objectivement des interventions de ces Montini et Béa et d’autres personnages de la Curie romaine, et cela dans certainement bien d’autres dossiers de cette période.

Aussi, parce que cette excommunication en elle-même ne mentionne rien de la doctrine, mais fait seulement état de refus d’obéissance, il faut bien y voir la signature de ces gens au Vatican, ayant investi les postes clefs.

Alors je vous lis ce décret d’excommunication où il faut donc reconnaître un vice de forme, ce qui, en Droit civil, serait immédiatement suivi d’une déclaration de nullité :

« Puisque le prêtre Léonard Feeney, résidant à Boston (Saint Benedict Center), lequel à cause du grave refus d’obéissance à l’Autorité ecclésiastique avait été déjà suspendu ‘a divinis’, nonobstant les avertissements réitérés et l’instante menace d’excommunication à encourir ipso facto, n’est pas venu à résipiscence, les Eminentissimes et Révérendissimes Pères préposés à la sauvegarde de la foi et des mœurs, dans la séance plénière du mercredi 4 février 1953, l’ont déclaré excommunié avec tous les effets de droit.

Et le jeudi 12 février 1953, Sa Sainteté Pie XII, Pape par la Providence de Dieu, approuva et confirma le décret des Eminentissimes Pères, et ordonna qu’il fût rendu public.

Donné à Rome, au siège du Saint-Office, le 13 février 1953.

Marius Crovini, Notaire »
AAS (16 fév. 1953) Vol. XXXXV, page 100.

Cette excommunication n’a donc pas de quoi impressionner lorsqu’on la replace dans tout ce contexte. Malheureusement, je vous l’ai dit, c’est l’argument de ceux qui soutiennent ces considérations théologiques erronées.

Mais ce décret ne mentionnant donc rien de la doctrine, c’est la signature de la forfaiture de l’ennemi en place, occupant les postes clefs à Rome, car ils savent bien, eux, que l’on ne peut pas condamner dans les règles du Droit Canon quelqu’un qui ne croit pas à une doctrine que l’Eglise n’a jamais enseignée.

Et bien, chers amis, c’est ainsi que nous arrivons aux conclusions qui s’imposent. Alors les voici :

1/ l’Eglise ne peut évidemment pas condamner quelqu’un qui ne croit pas à une doctrine que l’Eglise n’a jamais enseignée.

2/ Et ce sont plutôt ceux qui croient à des opinions théologiques que l’Eglise n’a jamais enseignées qui sont condamnables.

C’est pourquoi de la première conclusion, l’on peut dire que l’hérésie Feeneyiste n’existe pas, que c’est du non être doctrinalement et donc juridiquement, et c’est la raison pour laquelle les ennemis dans la place se sont bien gardés de mentionner quelque doctrine que se soit dans ce décret d’excommunication.

 Et c’est pourquoi de la seconde conclusion, l’on peut dire que beaucoup sont dans l’erreur et sous le coup de réprobations voire de condamnations du Magistère.

 Comme je l’ai dit dans mon document, ceux qui réclament péremptoirement que l’on fournisse un Acte du Magistère qui condamne ce ’’baptême’’ de désir, réclament leur propre condamnation, et à défaut de condamnation explicite (nous en avons vu les raisons dimanche dernier), il y a tous les Actes du Magistère qui en rappelant comme il se doit en dehors de l’Eglise point de salut, condamnent implicitement ces opinions théologiques.

 Ainsi, pour résumer à la fois la première conférence et cette deuxième conférence, nous pouvons dire 1 /que ces considérations théologiques ne sont que des opinions controversées qui sont devenues, en passant par le stade de thèses théologiques, de véritables erreurs. Erreurs qui se sont faites très discrètes à leurs débuts afin de pouvoir mieux s’accroître et bien sûr triompher de nos jours. Et 2/ que l’Eglise ne peut évidemment pas condamner quelqu’un qui ne croit pas à une doctrine que l’Eglise n’a jamais enseignée. Donc que l’hérésie Feeneyiste n’existe pas, qu’il n’y a donc pas de Feeneyiste (s), et 3/ que ce sont plutôt ceux qui croient à des opinions que l’Eglise n’a jamais enseignées qui sont condamnables, signe que nous sommes bien dans le démantèlement très avancé de la foi, qui n’a donc pas épargné le monde de la tradition.

Enfin pour terminer, et puisque nous avons vu comment les propos de certains auteurs s’apparentaient à ces condamnations, je voudrais donc vous faire remarquer comment ces considérations théologiques, avec cette apologétique qui va jusqu’à contredire le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, correspond à ce que dénonce Pie XII lui-même dans son Encyclique Humani generis en 1950.

Il y a tout d’abord, ce passage qui est à mettre en parallèle avec cette apologétique qui tend à réduire à un minimum le dogme défini : « En ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d’affaiblir le plus possible la signification des dogmes et de libérer le dogme de la formulation en usage dans l’Eglise depuis si longtemps et des notions philosophiques en vigueur chez les Docteurs catholiques, pour faire retour, dans l’exposition de la doctrine catholique, à la façon de s’exprimer de la Sainte Ecriture et des Pères. Ils nourrissent l’espoir que le dogme, ainsi débarrassé de ses éléments qu’ils nous disent extrinsèques à la révélation, pourra être comparé, avec fruit, aux opinions dogmatiques de ceux qui sont séparés de l’unité de l’Eglise: on parviendrait alors à assimiler au dogme catholique tout ce qui plaît aux dissidents ».

Même si Pie XII vise dans ce passage l’adaptation des dogmes tels que le font les modernistes, il n’empêche que toute cette apologétique, avec ces considérations théologiques controversées et erronées, se trouve ici condamnée puisque ces considérations affaiblissent la signification du dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et qu’avec ces considérations théologiques l’on parvient à assimiler au dogme catholique tout ce qui plaît aux dissidents ! 

Et puis il y a ce passage que je vous ai cité à propos des théologiens et du Magistère : « Car Dieu a donné à son Eglise, en même temps que les sources sacrées, un magistère vivant pour éclairer et pour dégager ce qui n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement dans le dépôt de la foi. Et ce dépôt, ce n’est ni à chaque fidèle, ni même aux théologiens que le Christ l’a confié pour en assurer l’interprétation authentique, mais au seul magistère de l’Eglise ».

Et Pie XII continue alors : « Or si l’Eglise exerce sa charge, comme cela est arrivé tant de fois au cours des siècles, par la voie ordinaire ou par la voie extraordinaire (les deux modes d’enseignement infaillible : Magistère ordinaire ou extraordinaire), il est évident qu’il est d’une méthode absolument fausse d’expliquer le clair par l’obscur, disons bien qu’il est nécessaire que tous s’astreignent à suivre l’ordre inverse. Aussi notre Prédécesseur, d’immortelle mémoire, Pie IX, lorsqu’il enseigne que la théologie a la si noble tâche de démontrer comment une doctrine définie par l’Eglise est contenue dans les sources, ajoute ces mots, non sans de graves raisons: « dans le sens même où l’Eglise l’a définie » ».

Donc, chers amis, les théologiens doivent nous montrer comment la doctrine du dogme en dehors de l’Eglise point de salut est contenue dans les sources, et cela dans le sens même, toujours dans le même sens, où l’Eglise l’a définie. Ainsi puisque l’Eglise a défini le dogme en dehors de l’Eglise point de salut dans le seul sens que nous connaissons, l’on ne peut retenir que la théologie qui exprime ce sens, sinon c’est la méthode que dénonce Pie XII, la méthode qui consiste à expliquer le clair par l’obscur, et concrètement ici cela reviendrait à expliquer le dogme en dehors de l’Eglise point de salut par ces opinions théologiques controversées. Ceux qui se fixent donc à ces opinions théologiques controversées et erronées « qui permettent, comme ils le disent, de mieux comprendre le dogme en dehors de l’Eglise », ou « que c’est ainsi qu’il faut entendre ce dogme », sont donc sous le coup de ce que dénonce Pie XII lui-même dans cette Lettre Encyclique Humani generis.

Voilà chers amis, cette deuxième conférence se termine.

Alors gardez bien à l’esprit 1/ que dans ces controverses, nous sommes dans le démantèlement bien avancé de la foi catholique, jusque dans les rangs de la tradition, et 2/ que cette soi-disant ’’excommunication’’ intervient dans le cadre de la conjuration antichrétienne, et qu’elle provient d’ecclésiastiques qui s’opposaient à la prédication du dogme comme l’Eglise la toujours entendu et que c’est bien parce que le dogme dit que ceux qui meurent non-catholiques ne peuvent pas être sauvés dans leurs religions, qui fut la raison de l’éclatement de l’affaire du Père Feeney, ayant abouti à son excommunication, excommunication qui vous en avez compris la raison et la méthode, ne mentionne rien de la doctrine.

Malheureusement, aujourd’hui, c’est cette excommunication que tous retiennent et, à cause d’elle, l’enseignement selon lequel personne ne peut être sauvé hors de l’Eglise Catholique, est presque irrémédiablement absent des esprits, et même ceux qui se disent catholiques semper idem, pensent que le dogme catholique sur le salut n’exclurait pas l’idée que les personnes non-catholiques soient sauvées tout en restant dans leurs fausses religions.

Ce qui est curieux et cela fait partie bien sûr du mystère d’iniquité, du démantèlement de la foi, c’est que la très grande majorité des fidèles de tradition, préfèrent les opinions théologiques aux Actes du Magistère qui tous d’une manière implicite condamnent ces opinions. Certains se sont réfugiés derrière la sainteté des Docteurs de l’Eglise. Un autre que j’ai bien connu, et que certains ici ont connu, à même trouvé ce qu’il voulait trouver dans les instructions de catéchisme du saint Curé d’Ars, alors que par ailleurs le saint curé d’Ars dit ceci dans un de ses sermons en expliquant l’article du Credo : je crois la sainte Eglise : « Lorsque vous dites : je crois à la sainte Eglise catholique, c’est comme si vous disiez : je crois qu’il n’y a qu’une véritable religion, celle de l’Eglise de Jésus-Christ ; que c’est Notre Seigneur Lui-même qui l’a établi, qu’Il y a renfermé toutes ses grâces, que ceux qui n’appartiennent pas à cette religion et à cette Eglise ne seront pas sauvés, et que cette Eglise doit durer jusqu’à la fin du monde ».

Par conséquent voyez comment même les saints ont pu osciller sur ces questions controversées. Ce qui nous prouve une fois de plus que c’est bien le Magistère qui nous permet de résister fort de notre foi quand une controverse théologique éclate.

Et c’est pourquoi enfin je voudrais vous faire remarquer combien certains parmi qui ceux qui se disent catholiques traditionnels et sédévacantistes, sont bien imbibés de ces considérations et particulièrement à cause des erreurs sur l’infaillibilité de l’Eglise, au point de ne plus me faire figurer sur la liste des centres de messes non una cum. Car pour eux, écoutez bien, « nier le baptême de désir », c’est proférer une hérésie ou des erreurs contraires à l’enseignement de la sainte Eglise catholique. Je vous lis le passage en question présenté sur site internet Sedevacantiste pour rester catholique.

C’est donc à propos de la liste des centres de messes non una cum sur laquelle je ne figure plus. Il y a par conséquent cette note qui stipule : « Pour ce motif, ne figurent pas ici ceux qui professent des hérésies ou des erreurs contraires à l’enseignement de la Sainte Église Catholique Romaine, à sa doctrine, à sa discipline ou à sa théologie : comme c’est le cas pour ceux qui sont en rapport avec les “orthodoxes” ou les “vieux catholiques” ; ou aussi avec les “conclavistes” ou avec ceux qui nient le baptême de désir ou nient la validité des ordinations de Mgr Ngo-dinh-Thuc ou de Mgr Lefebvre(…) ». Etc.

Donc, je vous l’ai dit, pour ces personnes, nier le ’’baptême’’ de désir serait proférer une hérésie ou des erreurs contraires à l’enseignement de la sainte Eglise catholique, alors que le Magistère, vous l’avez compris, ne l’a jamais enseigné !

Eh bien, voilà chers amis, jusqu’où va cette erreur sur l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel : jusqu’à vous retirer de la liste des centres de messes non una cum ! Parce que ces personnes croient que le ’’baptême’’ de désir fait partie de l’enseignement de l’Eglise, de la tradition, parce que cela se trouve dans les catéchismes.

Alors, aujourd’hui, il est certain que si des erreurs sur l’infaillibilité de l’Eglise ne permettent plus à la fausse majorité traditionnelle de comprendre la véritable situation de l’Eglise, il y a aussi cette nouvelle erreur qui aveugle ceux qui se disent de tradition, sédévacantistes ou qui annoncent qu’ils refusent ce terme, et qui se disent catholiques semper idem.

Dans cette controverse, il est aussi regrettable qu’il n’y ait jamais eu d’interlocuteurs valables et qu’il n’y ait plus aujourd’hui sur sites internet ou dans des sermons, que des perroquets qui répètent des citations cent fois réfutées. Même les plus en verve de cet été et de cet automne, suite à mes réfutations, se sont tus. Ils en restent avec cet argument de la loi du nombre, car il est évident qu’avec les siècles passés, pour les raisons que vous connaissez maintenant, ces considérations théologiques se retrouvent en de nombreux ouvrages, ce qui n’en fera pourtant jamais une vérité ni un enseignement du Magistère.

Ces personnes en restent également à cet autre argument, celui qui consiste à dire que des saints en ont parlé et comme ce sont des saints, vous ne pouvez pas remettre en cause ce qu’ils ont dit, et alors avec ironie l’on vous dit que vous vous prenez peut être pour un saint, pour un saint théologien, pour un saint Docteur de l’Eglise, pour un Père de l’Eglise, voire « pour le pape » (cela se trouve sur une vidéo qui se veut réfuter ce que je disais dans mon sermon cet été). Non vraiment tout cela n’est pas sérieux.

Voilà chers amis, depuis mes réfutations vous n’avez donc en face de vous pas d’interlocuteurs sérieux, qui travaillent honnêtement la question. Et je le constate de plus en plus, dans la tradition l’on abandonne la saine doctrine pour se tourner vers des fables.

Alors, comme j’aime à le faire remarquer, et je le rappelle encore ici, ce n’est pas celui qui suit le Magistère et qui grave dans son cœur la foi à la vérité de l’Eglise, et qui n’a donc pas de peine à éviter le terrible danger de l’hérésie, mais celui qui a non seulement péché contre la foi mais encore méprisé l’autorité de l’Eglise et qui se sera attaché à des opinions mauvaises, qui est hérétique.

Par conséquent tenons-nous en au Magistère, et l’on retiendra alors correctement ce dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et non pas ce que peuvent en dire les hommes qui l’interprète autrement avec leurs opinions humaines. Oui, puisque le Christ et l’Eglise c’est tout un, écoutons le Magistère infaillible, car c’est ainsi que nous réaliserons le verset du psalmiste : il vaut mieux se confier au Seigneur, que de se confier en l’homme (Psaume 108/8).

Comme à la fin de la première conférence, récitons la prière du Sub tuum confugimus, dans laquelle nous demandons à la Très sainte Vierge Marie de ne pas mépriser nos prières dans les nécessités mais de nous délivrer de tous les dangers.

Abbé Michel Marchiset

Note : dans le Syllabus de Pie IX, deux propositions condamnées renvoient à d’autres Encycliques.

La Proposition XVII : « Tout au moins doit-on avoir bonne confiance dans le salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véritable Église du Christ », renvoie à l’allocution Singulari quadam, 9 décembre 1854 et à l’Encyclique Quanto conficiamur mœrore aux évêques d’Italie, du 10 août 1863.

La Proposition XVIII : « Le protestantisme n’est pas autre chose qu’une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l’Église catholique », renvoie à l’Encyclique Nostis et Nobiscum aux archevêques et évêques d’Italie, 8 décembre 1849.

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