1ère Conférence de l’abbé Marchiset – Baptême de désir et autres considérations théologiques erronées (08/03/15)

Chers amis, dans cette première conférence nous allons parler de ces quatre considérations théologiques que sont le ’’baptême’’ de désir et de sang, l’ignorance invincible et cette notion d’Âme de l’Eglise.

Nous allons donc voir 1/ l’origine de ces considérations théologiques ; montrer que celles-ci sont basées sur des opinions théologiques faillibles, sur de mauvaises traductions ou interprétations du Magistère, 2/ qu’elles n’ont jamais été enseignées par le Magistère de l’Eglise, et montrer également pourquoi elles n’ont jamais été condamnées.

Je serai amené à préciser quelques points de doctrine et à parler de la malhonnêteté intellectuelle constatée sur ces sujets, de désigner des clercs, des personnes qui sont intervenues sous couvert de pseudonymes sur différents sites internet, et qui sont à l’origine de la controverse que vous connaissez ou qui l’ont entretenue.

Dans une deuxième conférence, dimanche prochain, si le bon Dieu le permet, nous regarderons d’une manière générale cette controverse sur le ’’baptême’’ de désir et sur le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et nous terminerons évidemment par les conclusions qui s’imposent.

Pour cette première conférence qui possédera elle-même une conclusion, je reprends donc les principaux passages de mon document intitulé Conséquences d’une nouvelle erreur sur l’infaillibilité de l’Eglise, puisque ce document fait le tour de la question. Et je reprendrai également des passages de mon document intitulé Réponse à une objection, puisque dans celui-ci, je précise un peu plus les raisons pour lesquelles cette considération de ’’baptême’’ de désir n’a jamais été condamnée.

I – L’origine de ces considérations théologiques.

Ainsi, pour rentrer dans le vif du sujet, vous avez pu remarquer qu’avec les enseignements du Magistère sur le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, on est rassuré, affermi dans sa foi, mais que l’on reste dans l’incertitude, l’hypothétique, le virtuel, le théorique, avec toutes ces considérations théologiques controversées et erronées, qui sont, selon la remarque de plusieurs auteurs, des ’’thèses théologiques’’.

Ces considérations théologiques se fondent donc sur les écrits de saint Augustin et saint Ambroise de Milan. Saint Bernard et saint Thomas d’Aquin s’appuieront sur celles-ci, et à leur suite d’autres théologiens étaieront encore ces développements sur une mauvaise interprétation d’un passage du Concile de Trente.

Nous allons donc suivre la chronologie de ces opinions et nous verrons que dans les difficultés rencontrées aujourd’hui de la part de ceux qui s’évertuent à soutenir ces propositions théologiques, il y a le fait de dire que des saints ont pu se tromper. Comme si l’Eglise en les canonisant avait également rendu leurs écrits infaillibles. Non, nous le savons, tout saints qu’ils sont, ils ont pu faire des erreurs et, comme le rappelle le Pape Benoît XIV dans Apostolica du 26 juin 1749 : « le jugement de l’Église est préférable à celui d’un docteur qui serait renommé pour sa sainteté et son enseignement ».

C’est pourquoi je vous rappelle dès maintenant quelques points de doctrine pour répondre à ces difficultés : l’Eglise, pour son enseignement infaillible, utilise ce que l’on appelle les critères de la tradition. Ceux qui nous intéressent ici, ce sont le consentement unanime des Pères de l’Eglise, le consentement unanime des Docteurs de l’Eglise et des théologiens. Mais, sachez que le Magistère peut très bien s’en passer et ne retenir que ce qui est de foi, c’est-à-dire ce qui se trouve dans la Révélation, ou de foi défini, c’est-à-dire la doctrine définie par ce même Magistère.

Par conséquent, il est tout d’abord nécessaire qu’en ce qui concerne les Docteurs de l’Eglise, leurs doctrines expriment ce qui était déjà explicité antérieurement à leur époque, et qu’ensuite, en ce qui concerne les théologiens, leurs travaux soient eux aussi en parfait accord avec la doctrine reconnue par l’Eglise.

Ainsi, puisque nous aurons l’occasion de comprendre que ces considérations théologiques n’ont jamais été exprimées et encore moins définies dans les documents infaillibles du Magistère, contrairement à ce que certains pensent, celles-ci ne sont que des raisonnements qui doivent être considérés comme des opinions théologiques controversées, et que malgré le nombre de théologiens à les développer, ceux-ci n’en constituent pas pour autant ces critères de la Tradition que je viens de vous rappeler.

Autre point de doctrine que j’explique dans mes documents : l’on ne peut même pas invoquer un enseignement tacite du Magistère ordinaire et universel (c’est-à-dire admettre que le silence du Magistère soit pris comme un consentement), du fait que ces considérations ne font pas partie de ces critères de la tradition. L’enseignement tacite ne peut concerner que ce qui rentre dans ces critères de la tradition.

L’Abbé Cekada, lui, affirme dans ses documents que « toute la Tradition proclame ces considérations », mais il ne nous dit pas ce qu’il entend par “Tradition“ et il fait croire que sa liste de 25 théologiens préconciliaires qui ont enseigné le ’’baptême’’ de désir et le ’’baptême’’ de sang, correspond à l’exigence stipulée par le pape Pie IX qui précise que les théologiens doivent être ’’d’un consensus universel et constant’’. Sa liste ne représente, pour reprendre ses propres termes, qu’un ’’consentement commun’’ de théologiens sur les quelques dizaines d’années seulement avant le concile Vatican II, cette période où le démantèlement de la foi était déjà bien avancé, comme nous le verrons dimanche prochain.

Aussi quand celui-ci, dans son étude en l’an 2000, intitulée Baptême de désir et principes théologiques, conclut : « Par conséquent, tous les catholiques sont tenus d’adhérer à l’enseignement sur le baptême de désir et le baptême de sang », il y a là une malhonnêteté intellectuelle foncière, parce que dès le début l’enseignement universel et constant des Pères de l’Eglise et des théologiens c’est qu’absolument personne ne peut être sauvé sans le baptême d’eau.

Mais regardons, si vous le voulez bien, les documents qui sont à l’origine de ces considérations théologiques.

 Comme je vous l’ai dit, saint Augustin (354 – 430) est cité en faveur de ce concept de ’’baptême’’ de désir. Or à l’étude de ses écrits, nous voyons ce saint Docteur tiraillé sur cette question.

Nous le voyons donc exprimer une opinion tirée elle-même d’une déduction que fit saint Cyprien à propos du baptême de sang. Et j’en profite ici pour remercier la personne qui nous a fait ce très précieux travail d’avoir reproduit le plus fidèlement possible les textes latins qui sont à l’origine de ces considérations théologiques, et de les avoir traduits le plus fidèlement possible également.

Donc, saint Cyprien cité par saint Augustin apporte à l’appui de cette thèse que le martyre tienne parfois lieu de baptême, l’argument du Bon Larron à qui Notre Seigneur a dit : « Aujourd’hui vous serez avec moi dans le Paradis », quoique ce dernier ne fût pas baptisé. J’ai expliqué dans mon document, ce qu’il fallait penser du cas du Bon Larron. J’y reviendrai, mais pour l’instant regardons saint Augustin.

« Et, à y revenir maintes et maintes fois, dit-il, je trouve que ce n’est pas seulement le martyre au nom du Christ qui peut suppléer l’absence de baptême ; c’est aussi la foi et la conversion du cœur, s’il advient que les vicissitudes des circonstances empêchent de recourir à la célébration du mystère du baptême. (…) Par conséquent, < pour montrer > à quel point ce que peut < cette foi > sans le sacrement visible du baptême, la parole de l’Apôtre : « Car il faut croire de cœur pour être justifié, et confesser de bouche pour être sauvé » trouve sa réalisation concernant ce larron. Mais < ce sacrement > s’accomplit invisiblement lorsque ce n’est pas le mépris de la religion mais la dernière extrémité qui empêche d’administrer le mystère du Baptême ».

 Il est donc vrai que saint Augustin affirme que le martyre ou le désir du baptême peut remplacer le baptême, mais on voit bien qu’il s’agit d’une situation exceptionnelle, qui de toute façon ne saurait être érigée en généralité, et puis comme il s’agit d’une opinion personnelle qui touche la grâce, je voudrais alors vous expliquer tout de suite, afin de vous donner un éclairage général sur tous ces arguments, ce que pense l’Eglise sur ces sujets qui font rentrer en jeu la grâce, la prédestination et le libre arbitre. Car l’Eglise a eu une attitude précise et une attitude que nous devons évidemment observer.

Regardons cela avec le passage d’un sermon de saint Augustin sur le psaume 95 (sermon 27 sur le psaume 95 et sur ces paroles de l’Apôtre : « Il fait miséricorde à qui Il veut, et il endurcit le cœur de qui Il veut, dites-le moi » et la suite).

« Lorsque nous serons parvenus à contempler la beauté < du Christ >, dit-il, nous verrons aussi la justice de Dieu. Et il ne sera plus possible de dire : « Pourquoi secourt-il celui-ci et non celui-là ? Pourquoi celui-ci a-t-il été conduit par la Divine Providence à se faire baptiser, au lieu que celui-là, qui a vécu sagement dans le catéchuménat, est mort subitement sans être parvenu au baptême ? Tel autre encore, après avoir vécu dans le crime, dans la débauche, dans l’adultère, dans les théâtres, à la chasse, est tombé malade, a été baptisé et a quitté < ce monde > : mais le péché qui était en lui, a-t-il été vaincu ? Le péché qui était en lui a-t-il été détruit ? Cherche ce qu’il a mérité : tu ne trouveras rien d’autre qu’un châtiment ».

Dans ce passage saint Augustin affirme le mystère de la toute-puissance de Dieu et de sa grâce, au détriment du libre-arbitre. C’est le domaine complexe où rentrent donc en jeu la grâce de Dieu, le libre-arbitre, et la prédestination.

C’est la raison pour laquelle il faudrait d’abord que ceux qui soutiennent ces considérations théologiques de ’’baptême’’ de désir et ’’baptême’’ de sang, connaissent ce domaine et l’attitude du Magistère sur ces points controversés de théologie. Car c’est une attitude sagement prudente que le Magistère a toujours observé, ce qui est une des raisons pour laquelle il n’a jamais condamné le ’’baptême’’ de désir. Ni jamais enseigné, ni jamais condamné. Le magistère a donc toujours observé cette attitude et cela, depuis Pélage et saint Augustin. Si Pélage fut condamné en 418 par le pape Zosime, l’opinion de saint Augustin quant à elle n’a jamais été reconnue comme étant de foi.

Saint Thomas a put tenir un juste milieu entre ces deux extrêmes, mais les querelles sur ces sujets, chers amis, sont tenaces et elles reprirent au XVIe et au XVIIe siècle et prirent tellement d’ampleur que le pape Paul V ordonna en 1611, avec la création de commissions appelées De Auxiliis, que cessent toutes les discussions sur la grâce.

Alors retenez-le bien : le pape ne prit aucune définition doctrinale sur ces questions, rappelant seulement l’enseignement du Concile de Trente, selon lequel une motion divine, c’est-à-dire une action ou impulsion du Saint-Esprit, est nécessaire au libre arbitre, sans même préciser davantage la nature de cette motion. Par conséquent, retenez bien que défense fut faite aux théologiens d’évoquer à l’avenir ces questions disputées, défense qui dut être rappelée à plusieurs reprises, ce qui n’empêcha pas les querelles de s’envenimer jusqu’à la publication de la Bulle Unigenitus que le pape Clément XI fulmine en septembre 1713 pour dénoncer le jansénisme.

Par conséquent, tous ceux qui soutiennent mordicus ces considérations théologiques, devraient savoir dans quel domaine ils s’engagent de nouveau, et savoir également que Pie IX, en déclarant dans l’allocution Singulari Quadam, le 9 décembre 1854 : qu’ « il y a ’’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême’’ (Eph. 4/5) ; il est illicite d’aller plus loin dans l’enquête », cherchait très certainement à endiguer la marée de croyances selon lesquelles on pourrait être sauvé en dehors de l’Eglise par le ’’baptême de désir’’

Voilà, chers amis, ce que je voulais vous expliquer ici, ce qui vous permet maintenant de comprendre beaucoup plus facilement ces questions et de regarder plus rapidement les autres passages invoqués en faveur de ces ’’baptêmes’’ de désir et de sang et des deux autres considérations.

Par conséquent pour revenir à saint Augustin, nous voyons donc ce qui vient de ses propres considérations, reprises ensuite, et qui constitueront malheureusement une tradition erronée, alors que par ailleurs il affirme la saine doctrine et le refus du concept du baptême de désir, en niant qu’un catéchumène puisse être sauvé sans le baptême d’eau.

Maintenant si vous le voulez bien, regardons le texte de saint Ambroise si invoqué pour soutenir à la fois le ’’baptême’’ de désir et le ’’baptême’’ de sang. C’est ce passage de saint Ambroise que vous retrouvez dans les manuels d’instruction religieuse, dans les ouvrages d’apologétique, après l’affirmation correcte du dogme. Ce fameux « oui, mais », sur lequel l’on hausse le ton comme pour faire mieux passer l’opinion théologique au détriment du Magistère.

C’est le passage de l’oraison funèbre de saint Ambroise (340 – 397), à propos de son ami l’empereur Valentinien II, mort alors qu’il n’était que catéchumène. Saint Ambroise enseigne que celui-ci a été sauvé par son désir pour le baptême. Voici le passage :

« Mais j’entends que vous êtes dans la douleur parce qu’il n’a pas reçu les sacrements du Baptême. Dites-moi : que pouvez-vous faire d’autre que de désirer, de demander ? Mais, il avait même ce désir depuis longtemps, à savoir que, quand il reviendrait en Italie, il pourrait être initié … N’a-t-il, donc, pas reçu la grâce qu’il demandait ? Et puisqu’il a demandé il a reçu ; et c’est pour cela qu’il est écrit : ’’Le juste, de quelque mort qu’il soit prévenu, son âme sera dans le repos’’ (Sagesse 4/7) … Ou si le fait que les mystères n’aient pas été solennellement célébrés vous perturbe, alors vous devriez réaliser que même les Martyrs ne sont pas couronnés s’ils sont catéchumènes, car ils ne sont pas couronnés s’ils ne sont pas initiés. Mais s’ils sont lavés dans leur propre sang, sa piété et son désir (à Valentinien) l’ont aussi lavé ».

Or, ce passage est extrêmement ambigu car d’une part saint Ambroise, en soulignant que les catéchumènes ’’ne sont pas couronnés s’ils ne sont pas initiés’’, répète la tradition apostolique constante chez les Pères de l’Eglise, à savoir que les catéchumènes qui ont versé leur sang pour le Christ, ne peuvent pas être sauvés s’ils ne sont pas baptisés. Et puis d’autre part, il dit que si les martyrs sont lavés dans leur propre sang, alors la piété de Valentinien et son désir, l’ont aussi lavé, ce qui semble contredire directement ce qu’il vient juste de déclarer, et semble donc enseigner les ’’baptêmes’’ de désir et de sang.

Si bien que, même si saint Ambroise laisse entendre que Valentinien II a été sauvé sans le baptême, il n’en reste pas moins que ce passage du discours funèbre de notre saint Docteur est contradictoire. Et il faudrait aussi ajouter qu’il est nécessaire de replacer ce discours dans son contexte, car la préparation au baptême avec les différents rites (c’est pourquoi saint Ambroise parle des sacrements du Baptême) entourant et préparant au baptême, était très longue à cette époque, ce qui fait de Valentinien II un cas exceptionnel, qui de toute façon, là aussi, ne saurait être érigé en généralité, et qui demeure, comme pour saint Augustin, une opinion personnelle. Voilà donc ce qu’il en est de ce passage de saint Ambroise.

Voilà pour les écrits de saint Augustin et de saint Ambroise, et il n’y a donc seulement que ces deux, trois, Pères des premiers siècles de l’Eglise, sur des dizaines pouvant être cités en faveur de ces ’’baptêmes’’ de désir et de sang, tout en sachant que saint Augustin était tiraillé sur cette question, qu’il s’y était contredit, et que saint Ambroise, malgré cette éloge funèbre, reniait clairement et à plusieurs reprises le concept du baptême de désir, en disant que personne (et y incluant un catéchumène) ne peut être sauvé sans renaître de l’eau et de l’Esprit dans le sacrement du Baptême.

Comme vous pouvez le constater, nous sommes loin, très loin de ce consensus universel et constant qui est absolument nécessaire pour que le Magistère ordinaire s’en serve comme critère ou organe de la Tradition ! Car c’est tout simplement la tradition au message évangélique : ’’si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint’’, qui est de consensus universel et constant chez les Pères de l’Eglise.

Regardons maintenant les écrits de saint Bernard et de saint Thomas d’Aquin puisque ceux-ci se sont appuyés sur ces passages de saint Augustin et de saint Ambroise.

Saint Bernard (1091-1153) admet effectivement sa croyance dans le baptême de désir, puisque celle-ci repose uniquement sur ce qu’il croit qu’enseignaient saint Augustin et saint Ambroise, renforçant ainsi cette tradition erronée qui ne peut donc être de foi et de foi définie par le Magistère de l’Eglise.

Mais là encore, tout comme pour saint Ambroise et saint Augustin, l’étude des écrits de saint Bernard nous montre combien l’approbation par ce grand saint, du ’’baptême’’ de désir, était défectueuse. Du reste, saint Bernard admet explicitement qu’il peut être dans l’erreur : « … je parle d’Augustin et d’Ambroise, dit-il. C’est avec eux, dis-je, que j’avoue ou bien être dans l’erreur, ou bien être sage. Je crois, moi aussi, qu’un homme peut être sauvé par la foi seule, accompagnée du désir du sacrement… ». Par conséquent saint Bernard admet qu’il est faillible, car il sait que son raisonnement est uniquement fondé sur des opinions humaines.

Regardons maintenant saint Thomas d’Aquin (1224-1274)

Le problème lorsque l’on aborde saint Thomas d’Aquin, c’est évidemment qu’un grand nombre de théologiens furent poussés à adopter le ’’baptême’’ de désir, c’est-à-dire un salut possible pour les catéchumènes morts sans baptême, par respect pour la grande érudition du Docteur angélique. Or, je le répète, l’enseignement des Docteurs de l’Eglise, des saints, avec tout le respect que l’Eglise leur accorde, n’est cependant pas garanti comme exempt de toute erreur.

Ce qui est curieux c’est que sur ce sujet saint Thomas d’Aquin tente d’expliquer sa croyance dans le ’’baptême’’ de désir et de sang en justifiant la raison de ’’ trois baptêmes ’’ (d’eau, de sang et de désir) par la passion du Christ. Cela se trouve dans la Somme théologique, Partie III, question 66, article 11.

« Les deux autres baptêmes (de sang et d’esprit), dit-il, sont inclus dans le baptême d’eau, qui tient son efficacité de la passion du Christ… ».

Vous connaissez la méthode de saint Thomas d’Aquin : question, objections, réponses aux objections, solutions. Donc en voulant répondre à l’objection cherchant à expliquer pourquoi il y aurait ’’trois baptêmes’’, alors que Dieu révèle qu’il n’y en a qu’un seul, ce que nous affirmons dans le Credo, saint Thomas dit par ailleurs que les deux autres ’’baptêmes’’, de désir et de sang, sont inclus dans le baptême d’eau. Mais il est évident que celui qui reçoit le baptême d’eau ne reçoit pas le baptême de désir et le baptême de sang.

Par conséquent, et avec tout le respect dû à saint Thomas, vous remarquerez que c’est une tentative bien faible pour expliquer ces ’’baptêmes’’.

Maintenant, toujours pour vous montrer que l’on ne doit pas retenir les opinions que l’Eglise elle-même n’a pas retenues, je vous cite un autre passage de saint Thomas d’Aquin en le mettant en parallèle avec les Actes infaillibles du Magistère.

En effet, saint Thomas d’Aquin, dit dans la Somme Théologique III, Q. 68, art. 2 : « … il semble que sans le sacrement de baptême on puisse obtenir le salut par la sanctification invisible… ». Or le Concile de Trente (quelques siècles après saint Thomas, en 1547) Sess. 7, can. 5 sur le sacrement de Baptême, dit infailliblement par l’autorité du Pape Paul III : « Si quelqu’un dit, que le baptême est libre, c’est-à-dire n’est pas nécessaire pour le salut (Jean 3/5) : qu’il soit anathème ».

Il est donc évident, chers amis, que l’on doit croire le Magistère infaillible de l’Eglise, qui n’a donc absolument pas pris en compte l’opinion erronée du ’’baptême’’ de désir et du ’’baptême’’ de sang et qui enseigne du reste que le jugement de l’Église est préférable à celui d’un docteur. Je vous l’ai dit, le Pape Benoît XIV rappelle que « le jugement de l’Église est préférable à celui d’un docteur qui serait renommé pour sa sainteté et son enseignement ». Et encore plus proche de nous, le Pape Pie XII dans Humani generis du 12 août 1950 : « Et ce dépôt, ce n’est ni à chaque fidèle, ni même aux théologiens que le Christ l’a confié pour en assurer l’interprétation authentique, mais au seul magistère de l’Eglise ».

C’est pourquoi, chers amis, je pense que les saints Docteurs de l’Eglise dont nous venons de regarder les opinions théologiques, se seraient facilement rangés aux décisions du Magistère.

Malheureusement par la suite un grand nombre de théologiens furent poussés à adopter le ’’baptême’’ de désir, un salut possible pour les catéchumènes morts sans baptême, et cela par respect pour la grande érudition de saint Thomas d’Aquin.

Voilà donc ce qu’il en est de l’opinion de saint Thomas d’Aquin, et si celui-ci avait donc tort sur le ’’baptême’’ de désir, il croyait cependant au dogme Hors de l’Eglise pas de salut et rejetait l’ignorance invincible dont je vais parler dans quelques instants.

Mais abordons maintenant ce fameux passage du Concile de Trente qui se trouve dans la Session 6, au chapitre 4, sous l’autorité du Pape Paul III. Le voici :

« Après la promulgation de l’Evangile, ce transfert (le processus de justification) ne peut se faire sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci, selon ce qui est écrit : ’’Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint ’’ (Jean 3/5). »

Un des arguments est donc tiré de ce passage, et tout vient du mot ’’désir ’’ (le désir de celui-ci, du baptême) qui est cité dans cette déclaration du Magistère infaillible.

Comment faut-il comprendre cette précision « ou le désir de celui-ci » ? Beaucoup de théologiens se sont empressés de dire que le simple désir du baptême d’eau, peut suffire pour être justifié. Et à la remorque de beaucoup d’autres théologiens, l’on continue de faire croire avec cette mauvaise interprétation, que je vais vous expliquer, que le concile de Trente enseigne le ’’baptême’’ de désir. Sans aller très loin, pour vous donner un exemple de cette méprise, le Père Mercier du prieuré de Bethléem à Faverney, affirme hautement cela dans son sermon de la saint Matthieu le 21 septembre dernier. Il dit que le baptême de désir est enseigné dans le concile de Trente, dans le décret sur la justification. Il ne fait donc que répéter ce qu’il a lu ou entendu, c’est-à-dire cette erreur d’interprétation, car ce n’est pas ce que le concile de Trente enseigne.

Je réexplique donc ce passage : en disant qu’on ne peut pas être justifié sans le baptême d’eau ou le désir de celui-ci, les Pères du concile et le Pape qui ratifie cet enseignement, traitent tout spécialement ici de la justification de l’adulte et de ceux qui au-dessus de l’âge de raison doivent aussi désirer le sacrement afin d’être justifiés par celui-ci. Le concile de Trente ne signifie donc pas une alternative (soit l’un, soit l’autre), mais qu’il faut les deux. Exemple : si je dis que cette conférence ne peut se faire sans moyens matériels (documents, salle, micro…) ou le désir de ceux-ci, cela ne veut pas dire que le seul désir de ces moyens matériels, me permet de faire la conférence, car il me faut l’ensemble.

Ainsi, il faut que pour l’adulte, il y ait le désir de recevoir le baptême, comme condition de validité, et le baptême, et c’est bien la raison pour laquelle ce passage ne s’arrête pas à ces mots, ou le désir de celui-ci, car il y a la précision : virgule, selon ce qui est écrit (sicut scriptum est), ’’Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint ’’ », et cette précision est bien là pour exclure toute possibilité de salut sans renaître de l’eau, sans le Sacrement du Baptême. Malheureusement la plupart des auteurs ne citent pas cette précision : « selon ce qui est écrit : ’’Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint ’’ », et alors l’on peut faire croire que le Concile enseignait le baptême de désir, ce qui, vous l’aurez compris, n’est absolument pas le cas. Et malheureusement c’est déjà cette mauvaise interprétation qui se retrouve en simple énoncé dans le Catéchisme du concile de Trente dont je dirai un mot évidemment.

Donc, et cela vous le savez bien, car je l’ai précisé : avec un peu de sens de l’Eglise, c’est-à-dire de son Magistère, vous pensez bien que si le Concile de Trente avait voulu enseigner le ’’baptême’’ de désir, il l’aurait fait explicitement en précisant ses modalités, surtout que tous les autres passages du Concile, en accord avec celui que nous venons de voir, excluent totalement tout salut sans baptême d’eau. Toutes les définitions dans le Concile de Trente, enseignent en effet une compréhension littérale de Jean 3/5 : que personne n’est sauvé sans le Sacrement du Baptême.

Abordons maintenant rapidement d’autres auteurs en faveur des ’’baptêmes’’ de désir et de sang, je dis rapidement car je pense que vous avez compris que nous n’allons avoir affaire maintenant qu’à des reprises et des développements de ces opinions théologiques et de cette mauvaise interprétation de ce passage du Concile de Trente.

Regardons saint Alphonse de Liguori (1696-1787). Ce grand saint a lui aussi a enseigné le ’’baptême’’ de désir. Je vous cite le passage :

« Mais le baptême de feu est une parfaite conversion à Dieu par la contrition ou l’amour de Dieu par dessus tout avec le vœu explicite ou implicite du vrai baptême d’eau : ce dont il supplée la force, selon le Concile de Trente (iuxta Trid. Sess.14, c. 4) quant à la rémission de la faute, mais pas quant à l’impression du caractère, ni quant à la suppression de la pleine responsabilité du châtiment. Il est dit de feu, parce qu’il arrive par l’impulsion du Saint-Esprit, qui est représenté par une flamme … Maintenant, il est de fide que les hommes sont également sauvés par le Baptême de feu, conformément au Canon Apostolicam ’’de presbytero non baptizato’’ et au Concile de Trente, Sess. 6 chap. 4, où l’on y mentionne que nul ne peut être sauvé ’’sans le bain de la régénération ou le désir de celui-ci’’.

Par conséquent, la cause de l’erreur de saint Alphonse sur le ’’baptême’’ de désir, ce sont toujours ces mauvaises compréhensions, tout spécialement sur ce passage du Concile de Trente. C’est ce qui l’a conduit à la fausse conclusion que le ’’baptême’’ de désir est un enseignement de l’Eglise catholique. Mais, j’insiste, cela doit être clair dans votre esprit, le passage que saint Alphonse pensait être un enseignement du ’’baptême’’ de désir, c’est au contraire l’affirmation claire que : selon ce qui est écrit, nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint.

Ceci est encore une preuve que l’enseignement des saints n’est pas garanti comme exempt d’une ou plusieurs erreurs et que lorsque survient un conflit entre le dogme et les opinions de saints, le catholique doit choisir le dogme, peu importe la grandeur ou la sagesse du saint.

A cela il faut ajouter que lorsque saint Alphonse de Liguori dit qu’ « il est de foi que les hommes sont également sauvés par le Baptême de feu », ceci est évidemment une autre erreur. Du reste, la plupart des théologiens après lui qui croyaient au ’’baptême’’ de désir ne pensaient pas que le ’’baptême’’ de désir est de foi comme l’affirmait saint Alphonse. Et presqu’aucun d’entre eux ne dit d’ailleurs qu’il est de foi définie. Ceci prouve que le ’’baptême’’ de désir n’est tout simplement ni de foi, ni de foi définie, et que par conséquent nous n’avons affaire qu’à des opinions théologiques controversées.

Saint Robert Bellarmin (1542-1621), Docteur de l’Eglise a lui aussi adopté la fausse idée du ’’baptême’’ de désir, alors qu’il nous a donné une célèbre définition de l’Eglise catholique, mais, en ayant adopté la fausse idée du ’’baptême’’ de désir, il n’est donc pas resté cohérent avec sa propre définition de l’Eglise, et par conséquent il n’est pas resté cohérent avec la définition unanime des théologiens sur l’Eglise.

Ce qui nous montre bien pourquoi l’on ne fait pas de conclusions doctrinales à partir de l’enseignement des saints, mais que ces conclusions doctrinales sont faites en partant d’un dogme catholique, et de l’enseignement des saints, seulement quand ces derniers sont en accord avec le dogme. Et cela, rappelez-vous, chers amis, c’est cette condition nécessaire pour faire partie de ce critère de la tradition, qu’est le consentement unanime des Docteurs de l’Eglise et des théologiens.

Voilà donc ce qui concerne l’origine de ces considérations théologiques, et comment celles-ci sont basées sur des opinions théologiques faillibles, et sur de mauvaises interprétations du Magistère.

Regardons maintenant cette autre considération théologique qu’est cette ignorance invincible

Celle-ci consiste à croire qu’un homme en dehors de l’Eglise, mais ignorant de la vérité, peut être sauvé. Cette opinion est plus récente que les deux premières et s’est principalement développée au XIXème siècle (alors que ce siècle verra le plein développement des missions étrangères), et elle est alors la porte ouverte au faux œcuménisme de Vatican II.

Comme je vous l’ai dit, saint Thomas d’Aquin, malgré son opinion erronée sur le ’’baptême’’ de désir, croyait cependant au dogme Hors de l’Eglise pas de salut et rejetait l’ignorance invincible.

En effet, à la question : « Est-il nécessaire de croire explicitement ? », et à l’objection : « L’on ne doit pas affirmer une chose, s’il s’ensuit une incohérence … En effet, il est possible qu’un homme soit élevé dans la forêt, ou même parmi les loups ; et un tel homme ne peut rien connaître de la foi explicitement », il répond très exactement ceci : « Il revient à la divine providence de procurer à tout homme les choses nécessaires au salut, pourvu qu’il n’y ait pas d’empêchement du côté de cet homme. Car si quelqu’un, élevé de la sorte, suivait la conduite de la raison naturelle dans l’appétit du bien et la fuite du mal, il faut tenir pour très certain que Dieu ou bien lui révélerait par une inspiration intérieure les choses qui sont nécessaires pour croire, ou bien lui enverrait quelque prédicateur de la foi… ». De veritate, Q. 14, art. 11, ad 1.

Et encore : « Si quelqu’un, né parmi les nations barbares, fait ce qu’il peut, Dieu Lui-même lui montrera ce qui est nécessaire pour son salut, soit par l’inspiration, soit en lui envoyant un prédicateur. » Sentence, II, 28, q. 1, art. 4, ad. 4.

Et enfin : « Si quelqu’un n’a personne pour l’instruire, Dieu lui montrera, à moins que ce quelqu’un ne se rende coupable en restant dans sa présente situation. » Sentence, III, 25, q. 2, art. 2, sol. 2.

Comme on le voit, saint Thomas d’Aquin, comme du reste tous les Pères de l’Eglise, rejetait cette considération erronée et désormais moderne de l’’’ignorance invincible’’. Mais, les partisans de cette ’’l’ignorance invincible’’ croient pouvoir se servir du Magistère pour étayer leurs arguments  et cela sur deux documents de Pie IX, documents qui, je le précise, ne remplissent pas les conditions nécessaires pour ressortir du Magistère ordinaire infaillible du souverain Pontife, mais qui cependant ne contiennent pas d’erreur.

Il y a cette allocution Singulari Quadam, du 9 décembre 1854 dans laquelle Pie IX dit : « …ceux qui vivent dans l’ignorance de la vraie religion, si cette ignorance est invincible, ne sont liés par aucune culpabilité en cette matière aux yeux du Seigneur ».

Dans ce passage le pape ne dit pas que les ’’ignorants invincibles’’ peuvent être sauvés, mais il signifie qu’ils ne sont pas damnés à cause de leur infidélité, parce que n’ayant pas la vraie foi. Et il ne dit pas que cela en fait des sauvés pour autant, car selon saint Thomas d’Aquin, les non-croyants qui n’ont jamais entendu parler de l’Evangile sont damnés pour leurs autres péchés, lesquels ne peuvent être remis sans la Foi. C’est pourquoi l’Eglise a tant multiplié et béni les missions, pour enseigner, transmettre la foi, baptiser, pour le salut des âmes !

Et Pie IX poursuit en disant dans la même allocution, à propos d’une personne de bonne volonté qui est ignorante invincible : « Les dons de la grâce céleste ne seront assurément pas refusés à ceux qui désirent sincèrement et qui prient pour le rafraîchissement de la lumière divine…». Et plus loin encore : « …tenons très ferme que, conformément à l’enseignement catholique, il y a ’’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême’’ (Eph. 4/5) ; il est illicite d’aller plus loin dans l’enquête »

Ainsi, de ces passages il faut retenir trois choses : 1/ que dans cette allocution, Pie IX n’a pas enseigné l’erreur qu’on peut être sauvé sans la foi catholique par ignorance invincible, mais qu’il faut reconnaître que ce genre de formulation suffit pour que ceux qui refusent d’accepter le dogme en dehors de l’Eglise point de salut comme il se doit, en profitent. Il aurait pu tout simplement répéter le dogme plusieurs fois défini et expliquer alors que quiconque est de bonne volonté ne sera pas laissé dans l’ignorance de la vraie religion.

2/ qu’en déclarant qu’ « il y a ’’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême’’ (Eph. 4/5) ; il est illicite d’aller plus loin dans l’enquête », nous avons certainement, je vous l’ai dit, une tentative de Pie IX pour endiguer la marée de croyances qu’on pourrait être sauvé en dehors de l’Eglise par le ’’baptême de désir’’.

Evidemment, tous ceux qui croient qu’il peut y avoir ainsi un salut hors de l’Eglise, ne citent presque jamais cette partie de l’allocution, car Pie IX avertit bien qu’ « il est illicite d’aller plus loin dans l’enquête ».

Le second document du Pape Pie IX qui est également utilisé, c’est cette Encyclique Quanto Conficiamur Moerore, du 10 août 1863 aux évêques d’Italie. Pie IX écrit : « Et ici, Fils chéris et vénérables Frères, nous devons rappeler de nouveau et blâmer l’erreur considérable où sont malheureusement tombés quelques catholiques. Ils croient en effet qu’on peut parvenir à l’éternelle vie en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi et de l’unité catholique. Cela est péremptoirement contraire à la doctrine catholique. Nous le savons et vous le savez, ceux qui ignorent invinciblement notre religion sainte, qui observent avec soin la loi naturelle et ses préceptes, gravés par Dieu dans le cœur de tous, qui sont disposés à obéir au Seigneur, et qui mènent une vie honorable et juste, peuvent, avec l’aide de la lumière et de la grâce divine, acquérir la vie éternelle ; car Dieu … ne permet point qu’on souffre les châtiments éternels sans être coupable de quelque faute volontaire».

Donc là encore il faut noter 1/ que Pie IX rejette l’idée qu’un homme ’’peut parvenir à l’éternelle vie en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi’’, ce que nous trouvons malheureusement dans des ouvrages d’apologétique dont je parlerai dimanche prochain. Et 2/ qu’il ne dit donc nulle part que les ignorants invincibles peuvent être sauvés là où ils sont. Et 3/ qu’il réitère que les ignorants, s’ils coopèrent avec la grâce de Dieu, observent avec soin la loi naturelle et répondent à l’appel de Dieu, peuvent acquérir la vie éternelle ’’avec l’aide de la lumière et de la grâce divine’’ (devenant éclairés par la vérité de l’Evangile).

Cette précision est importante car suivant le sens scriptural et traditionnel, la ’’lumière et la grâce divines’’ sont reçues en entendant l’Evangile, en y croyant et en recevant le saint Baptême. Mais là encore, chers amis, quand les tenants de l’ignorance invincible se basent sur ce passage, ils omettent cette précision, si bien que l’on pourrait croire que Pie IX laisse entendre que l’ignorant suivant la loi naturelle et demeurant dans sa fausse religion, peut parvenir ainsi au salut.

Mais là encore, il est vrai que si Pie IX avait été plus clair, certains libéraux n’auraient pas exploité sa formulation pour favoriser cette considération qu’il peut y avoir un salut en dehors de l’Eglise.

Voilà donc ce qu’il faut rétablir à propos de ces deux documents du Pape Pie IX invoqués par les tenants de cette opinion erronée qu’est ’’l’ignorance invincible’’, ajoutant qu’invoquer l’ ’’ignorance invincible’’ comme possibilité de se sauver, c’est tout de même la plus grande insulte que l’on puisse faire à tous ces missionnaires qui ont œuvré jusqu’au martyre pour la conversion des peuples ignorants!

Regardons maintenant si vous le voulez bien, cette quatrième considération théologique erronée qu’est cette notion d’Âme de l’Eglise.

Conjointement à cette erreur de l’ignorance invincible, vous trouvez dans beaucoup d’ouvrages du siècle passé et bien sûr aujourd’hui, cette idée qu’il est possible d’appartenir à l’ ’’Âme’’ de l’Eglise sans appartenir à son Corps et qu’ainsi ceux qui font partie de religions non-catholiques pourraient être sauvés.

Cette erreur est non seulement admise dans tout le monde conciliaire, mais aussi dans la fausse majorité traditionnelle, et malheureusement par la plupart des prêtres et des fidèles qui refusent à juste titre de reconnaître la légitimité de ces pseudos autorités conciliaires.

Alors d’où vient cette notion erronée d’ “Âme de l’Eglise’’, puisque l’on sait fort bien que l’Âme de l’Eglise s’entend tout d’abord du Saint-Esprit. Et que l’Âme de l’Eglise peut s’entendre également de toutes les âmes en état de grâce, fondues ensemble sous l’Action du Saint-Esprit, de manière à réaliser le mot des Actes des Apôtres : « un seul cœur et une seule âme (Actes 4/32) ». Et que pour en faire partie, il faut non seulement avoir été baptisé et professer la foi catholique, mais aussi il faut être en état de grâce. Le baptisé qui ne serait pas en état de grâce, même en gardant le lien extérieur de l’unité, même en conservant un reste de foi, serait, nous le savons, une branche morte, qui est destinée au feu, à moins que la pénitence ne la fasse reverdir.

Par conséquent, à l’étude de cette nouvelle notion, l’on voit qu’il ne s’agit pas de cela, mais d’une extension du terme ’’Âme de l’Eglise’’ pour correspondre, chers amis, aux besoins d’une théologie qui tend sans cesse à accorder d’autres possibilités de salut. Là encore c’est la porte ouverte à Vatican II.

Or, ceux qui disent qu’on peut être sauvé en appartenant à ’’l’Âme de l’Eglise’’, tout en n’appartenant pas à son corps, nient évidemment l’unité indivise du corps et de l’âme de l’Eglise et s’opposent au Magistère, car le pape Léon XIII dans l’Encyclique Satis Cognitum du 29 Juin 1896 est très clair :

« C’est pour toutes ces raisons que l’Eglise, dans les saintes Lettres, est si souvent appelée un corps, et aussi le corps du Christ … Il s’ensuit que ceux-là sont dans une grande et pernicieuse erreur, qui, façonnant l’Eglise au gré de leur fantaisie, se l’imaginent comme cachée et nullement visible … L’une et l’autre de ces deux conceptions est tout aussi incompatible avec l’Eglise de Jésus-Christ que le corps seul ou l’âme seule est incapable de constituer l’homme. L’ensemble et l’union de ces deux éléments est absolument nécessaire à la véritable Eglise, à peu près comme l’intime union de l’âme et du corps est indispensable à la nature humaine ».

Malgré cela, chers amis, il existe malheureusement de nombreux écrits affirmant que l’on peut appartenir seulement à ’’l’Âme de l’Eglise’’ sans en appartenir au corps et être sauvé.

Des écrits de ce genre ont été publiés sur le site Catholicapedia et il n’est pas difficile de relever cette erreur. Dans d’autres écrits on peut lire également qu’il existe une âme invisible de l’Eglise, où encore, comme l’écrit l’abbé Belmont que l’on peut appartenir invisiblement à l’Eglise, ce qui n’est qu’une façon masquée de parler de cette notion d’ « Âme de l’Eglise ».

Que de considérations humaines, chers amis, qui vont contre le dogme ! Et comme me le disait et avec bon sens, l’un d’entre vous : « En somme l’homme demanderait à Dieu de changer la loi ».

Aussi puisque appartenir invisiblement à l’Eglise est une expression que l’on trouve dans l’étude de l’Abbé Belmont, regardons quelques instants ses explications. Elles nous permettent de faire globalement le tour de la question.

Comme je l’ai écrit dans mon document, il utilise le syllogisme pour tenter de rendre imparable sa démonstration. Je n’y reviens pas en détail, mais je vous cite ce passage avec mes explications : « Qui a simplement la foi théologale, dit-il, sans être baptisé ou sans professer extérieurement la foi, appartient invisiblement mais réellement à l’Église visible » ; c’est la ’’majeure’’ du syllogisme. Ensuite il cite saint Thomas d’Aquin qui définit « l’Église collectio fidelium, l’ensemble des fidèles, la société de ceux qui ont la foi », ce qui constitue donc la ’’mineure’’, et nous avons alors cette conclusion qui semble imparable : « Il y a donc deux façons d’appartenir à l’Église catholique, l’une visible et l’autre invisible. Mais seul le premier mode est normal et stable, seul il peut assurer du Salut éternel. »

Ailleurs il écrit aussi : « L’appartenance invisible à l’Église est précaire et fragile: elle doit tendre à l’appartenance visible, à laquelle il ne faut pas se dérober. Si l’on se dérobe, cette appartenance invisible devient vaine et se perd; elle n’est en effet qu’une pierre d’attente ».

Comme on peut le constater, malgré une proposition restrictive dans les conditions ’’d’appartenance invisible’’ à l’Eglise, on voit comment l’Abbé Belmont soutient cette erreur. Et puis, comme je vous ai dit qu’il y avait quelque part de la malhonnêteté intellectuelle, en voici la preuve lorsqu’il se permet de modifier un passage de l’Encyclique Mystici corporis de Pie XII.

Citant partiellement Pie XII dans cette Encyclique, il écrit : « Pour ceux-là mêmes qui n’appartiennent pas [visiblement] à l’organisme visible de l’Église, (…) nous les avons invités tous et chacun, de toute notre affection, à céder librement et de bon cœur aux impulsions intimes ».

L’abbé Belmont (j’ai appuyé ma voix sur le terme), a ainsi placé entre crochets l’adverbe visiblement ce qui engendre inévitablement, vous l’aurez remarqué, une répétition dans la lecture. C’est ainsi que l’Abbé Belmont se permet de trafiquer l’Encyclique pour sous-entendre que l’on peut aussi appartenir invisiblement à l’Eglise ! Et c’est malheureusement ce genre de malhonnêteté intellectuelle qui trompe les âmes au point de croire que si Pie XII parle d’Eglise visible, cela veut dire aussi qu’il peut y avoir une Eglise invisible.

Et c’est ainsi qu’il peut écrire : « Qui a simplement la foi théologale, sans être baptisé ou sans professer extérieurement la foi, appartient invisiblement mais réellement à l’Église visible » !

Et pour en arriver à ce genre de conclusion, l’Abbé Belmont reprend évidemment ce qu’enseigne saint Alphonse de Liguori, ce qui, nous l’avons vu, découle de cette interprétation erronée du Concile de Trente, et de cette affirmation également erronée de saint Alphonse, qu’ « il est de foi que les hommes sont aussi sauvés par le « ‘‘baptême’’ de feu », c’est-à-dire le ’’baptême’’ de désir.

Enfin, un dernier point avant de passer aux raisons qui font que ces considérations n’ont jamais été enseignées.  Comme l’Abbé Belmont a cité partiellement un passage de l’Encyclique Mystici corporis, je voudrais vous expliquer ce que dit exactement Pie XII, pour démontrer que l’on ne peut en tirer aucun argument en faveur du ’’baptême’’ de désir et de cette notion ’’d’Âme de l’Eglise’’.

Le Pape Pie XII, dans Mystici Corporis du 29 juin 1943, en parlant des non-catholiques dit en effet ceci : « Cette assurance solennelle, Nous désirons la renouveler … les invitant tous et chacun de toute Notre affection à céder librement et de bon cœur aux impulsions intimes de la grâce divine et à s’efforcer de sortir d’un état où nul ne peut être sûr de son salut éternel ; car, même si par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent ordonnés au Corps mystique du Rédempteur, ils sont privés de tant et de si grands secours et faveurs célestes, dont on ne peut jouir que dans l’Eglise catholique».

A la lecture de ce passage, on comprend la sollicitude de Pie XII, ce qu’il dit est dans le même sens de ce qu’à toujours dit le Magistère. Mais malheureusement l’invitation à « s’efforcer de sortir d’un état où nul ne peut être sûr de son salut éternel » a été traduite par « s’efforcer de sortir d’un état dans lequel ils ne peuvent pas avoir la certitude de leur salut », ce qui donne la nette impression que les non-catholiques ont une éventuelle possibilité, voire une certitude de leur salut.

Et puis il y a de mauvaises traductions de ce passage : «  même si par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent ordonnés au Corps mystique du Rédempteur », car certains proposent : « car, même si par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent liés au Corps mystique du Rédempteur », les autres allant même jusqu’à dire : « unis à celui-ci ».

Ce sont des erreurs délibérées qui modifient le sens des paroles de Pie XII, car le verbe latin qui veut dire ’’ordonner’’ (mettre en ordre, arranger, ajuster, disposer) est utilisé ici par Pie XII selon le mode subjonctif pour exprimer une contingence d’incertitude et non d’un fait. La phrase doit donc être la suivante : “car, même si par un certain désir et souhait inconscient, ils se trouvent possiblement disposés (ou ordonnés) au Corps mystique du Rédempteur…’

En d’autres termes, la seule chose que ce ’’certain désir et souhait inconscient’’ peut faire pour ces non-catholiques, est de les mettre en ordre pour entrer dans l’Eglise, à l’exemple de personnes qui se mettraient à suivre le sillage d’un bateau et qui s’apprêteraient à monter dans celui-ci.

Pie XII, n’a donc jamais affirmé, comme certains le prétendent, et nullement en d’autres occasions, que les non-catholiques pouvaient par un ’’certain désir et souhait inconscient’’ être liés au Corps mystique de Notre Seigneur et pourraient être ainsi sauvés.

Voilà donc comment, pour terminer la réfutation de cette considération théologique erronée qu’est cette notion d’« Âme de l’Eglise », ce qu’il fallait savoir sur ce passage de l’Encyclique Mystici corporis.

Maintenant que nous avons vu l’origine de ces erreurs, puis les documents qui ont été mal interprétés, mal traduits, et d’une manière générale les réfutations de ces considérations théologiques que sont ces ’’baptêmes’’ de désir et de sang, cette ’’ignorance invincible’’ et cette notion d’ ’’Âme de l’Eglise’’, regardons les raisons pour laquelle ces considérations n’ont jamais été enseignées par le Magistère de l’Eglise et pourquoi elles n’ont également jamais été condamnées.

II – Les raisons pour lesquelles ces propositions n’ont jamais été enseignées par le Magistère de l’Eglise ainsi que jamais condamnée.

Je viens déjà de vous en donner quelques unes puisque je vous ai rappelé les conditions pour faire partie des critères de la tradition. Je les reprends donc rapidement ici. Pour faire partie de ces critères dont peut tenir compte le Magistère, ce consentement des Pères de l’Eglise, des Docteurs et des théologiens, il faut qu’en ce qui concerne les Docteurs de l’Eglise, que leurs doctrines expriment ce qui était déjà explicité antérieurement à leur époque, et qu’ensuite, en ce qui concerne les théologiens, leurs travaux soient eux aussi en parfait accord avec la doctrine reconnue par l’Eglise.

Ainsi, puisque nous avons vu que ces considérations théologiques ne pouvaient correspondre à ces critères, parce qu’elles n’étaient pas en accord avec la doctrine reconnue par l’Eglise, nous pouvons déjà comprendre pourquoi elles n’ont jamais été exprimées et encore moins définies dans les documents infaillibles du Magistère. Comme nous l’avons vu que celles-ci ne seront toujours que des opinions théologiques controversées. Donc c’est une des raisons pour lesquelles le Magistère ne les a pas enseignés.

Et puis, ceux qui auraient pu trouver une solution, et invoquer alors un enseignement tacite du Magistère ordinaire et universel, c’est-à-dire admettre que le silence du Magistère soit pris comme un consentement, ne peuvent même pas invoquer cet argument, du fait que l’enseignement tacite du Magistère (et vous remarquerez que c’est déjà aller bien loin dans les arcanes de la doctrine sur l’infaillibilité) ne peut concerner là encore que ce qui concerne les critères de la tradition. Ces considérations ne pouvant en faire partie ; par conséquent ceux qui auraient pu se réjouir de cet argument, seront encore déçus.

Maintenant, il faut aussi se souvenir de l’attitude même du Magistère sur ces points controversés de théologie : cette attitude sagement prudente que le Magistère a toujours observée. C’est encore une des raisons pour laquelle il ne les a jamais enseignés, et fait évidemment partie des raisons pour lesquelles il ne les a pas condamnés.

Et puis j’insiste puisque certains sont persuadés que le ’’baptême de désir et de sang’’, est, comme ils disent, une « doctrine commune de l’Eglise », et que l’on croit donc que c’est l’enseignement du Magistère. J’insiste, car cette croyance vient d’une erreur sur le Magistère ordinaire et universel. Et l’erreur est manifeste dans les écrits et les commentaires consultables sur le site internet Catholicapedia. Il s’agit d’une extension de l’infaillibilité du Magistère ordinaire et universel aux ouvrages ou manuels de catéchismes !

Alors effectivement avec une telle extension de l’infaillibilité du Magistère ordinaire il n’est pas étonnant que les personnes qui m’ont relevé bon nombre de citations tirées de différents catéchismes sur ces ’’baptêmes’’ de désir, de sang…, de documents faillibles, aient été désolées de ce que je refuse le « Magistère ordinaire de l’Eglise » !

Non, ce n’est pas moi qui refuse le Magistère qui ne les a donc jamais enseignées, mais par contre à cause de cette erreur sur le Magistère ordinaire et universel, l’on prend des documents faillibles pour des documents infaillibles !

Tous ceux qui sont intervenus sur ce site internet Catholicapedia, ainsi que tous ceux qui soutiennent que les catéchismes sont infaillibles, n’ont pas compris que l’infaillibilité ne s’étend pas, c’est-à-dire ne descend pas en dessous des Encycliques pontificales, et tout vient de ce qu’ils ont mal compris les auteurs qui disaient à juste titre que les Actes du Magistère infaillible se trouvent dans les catéchismes, en déduisant que c’étaient les catéchismes en eux-mêmes qui étaient infaillibles.

Cette erreur, chers amis, a d’énormes conséquences, entre autres celle de concentrer pratiquement toutes les argumentations sur les ouvrages faillibles au détriment des Actes infaillibles de l’Eglise. Et cela je l’ai remarqué tout particulièrement à propos des catéchismes. A propos de ceux qui ont le plus d’autorité, comme à propos du martyrologe romain ainsi que pour tous les ouvrages qui font état de ces propositions théologiques erronées et qui ont reçu l’imprimatur, car là encore, l’on croit que l’imprimatur est signe d’infaillibilité !

C’est donc à cause de ces méprises que l’on vous accuse de refuser le Magistère. Ce qui fait que de fil en aiguille, ne tenant pas compte également de la conjuration chrétienne dans ce sujet, l’on en arrive à croire que vous êtes tombé, que vous faites naufrage dans l’hérésie feeneyiste, qui, vous le devinez, et nous le verrons dimanche prochain, n’existe pas.

Alors puisque dans la controverse on se base sur les ouvrages faillibles au détriment des Actes infaillibles de l’Eglise, je vous explique rapidement ce qu’il faut savoir à propos du Catéchisme de Trente, du Catéchisme attribué à saint Pie X, et à propos du bon larron, des saints Innocents, et de quelques saints Martyrs catéchumènes, dont on se sert également pour faire croire que ces ’’baptêmes’’ de désir et de sang font partie de l’enseignement de l’Eglise.

Tout d’abord le Catéchisme du concile de Trente. C’est évidemment un excellent catéchisme qui exprime la Foi catholique avec précision et efficacité. Mais nous retrouvons donc, dans un simple énoncé, que la résolution de quelqu’un à recevoir le baptême le ferait arriver à la grâce et à la justification s’il lui était impossible de recevoir le baptême.

C’est le passage où il est dit (page 204, de la Nécessité du baptême) :

« Malgré cela l’Église n’est pas dans l’usage de donner le Baptême aux adultes aussitôt après leur conversion. Elle veut au contraire qu’on le diffère un certain temps. Ce retard n’entraîne point pour eux les dangers qui menacent les enfants, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Comme ils ont l’usage de la raison, le désir et la résolution de recevoir le Baptême, joints au repentir de leurs péchés, leur suffiraient pour arriver à la grâce et à la justification, si quelque accident soudain les empêchait de se purifier dans les Fonts salutaires. »

Découvrir cela n’est donc pas étonnant, puisque nous avons vu que tout vient d’une mauvaise interprétation de ce passage du concile de Trente, à propos du baptême d’eau ou du désir de celui-ci, et de l’omission de la phrase qui suit immédiatement : « selon ce qu’il est écrit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît pas de l’Eau et de l’Esprit Saint (Jean 3/5) ».

Et il est donc évident que ce n’est pas parce que cet excellent catéchisme comporte cette erreur qu’il faut pour cela le retirer de sa bibliothèque, et faire de même pour tous les autres fort bons ouvrages, ainsi que pour le catéchisme attribué à Saint Pie X, car dans le catéchisme, je précise bien, attribué au pape saint Pie X, et toujours selon le même clivage : l’affirmation du dogme et puis la contradiction avec ces autres possibilités, nous retrouvons effectivement à la question sur le baptême, que « le défaut du sacrement de Baptême peut être suppléé par le martyre qu’on appelle Baptême de sang, ou par un acte de parfait amour de Dieu ou de contrition joint au désir au moins implicite du Baptême, et ceci s’appelle Baptême de désir ». Là encore il s’agit de cette toujours mauvaise interprétation du passage du concile de Trente.

Ainsi après avoir compris pourquoi ces propositions théologiques erronées se retrouvent dans ces catéchismes, je vous explique encore pourquoi l’on ne peut donc se servir des cas du bon larron, des saints Innocents, et de quelques saints Martyrs catéchumènes.

Certains disent : « puisque ces martyrs morts sans le baptême sont au catalogue des saints, et que canonisation fait partie des objets soumis à l’infaillibilité de l’Eglise, c’est la preuve que l’Eglise reconnaît une autre possibilité de salut, celle du ’’baptême’’ de désir et de sang ».

Pour répondre à cet argument, il faut déjà savoir que l’Eglise n’engage pas son infaillibilité dans le Martyrologe car celui-ci comporte trop d’imprécisions dans le récit de la mort de certains Martyrs. Tout cela est précisé dans la préface même du Martyrologe.

C’est pourquoi pour le cas de sainte Emérentienne, si souvent cité, martyrisée en priant publiquement sur la tombe de sainte Agnès durant la persécution de Dioclétien, l’on peut fort bien admettre que le compte-rendu de son martyre offre une situation qui suggère en soi qu’elle était déjà baptisée.

Pour le cas des saints Donatien et Rogatien, deux frères nantais dont l’un était catéchumène, et qui passèrent la nuit avant leur martyre à se fortifier l’un l’autre dans la foi, pourquoi personne n’émet l’idée que l’un ait pu baptiser l’autre ?

Et pour le cas de saint Alban, dans lequel on fait croire que le saint prie pour qu’une source d’eau apparaisse afin d’étancher sa soif. Mais il paraît évident que cette source d’eau a jailli miraculeusement, non pas pour étancher sa soif, mais pour que celui-ci puisse baptiser son garde qui venait de se convertir.

Et ce n’est pas parce que nous trouvons encore dans quelques endroits du Martyrologe l’expression “baptisé dans son sang“, qui signifie “lavé dans son sang“, qu’il faut pour autant en conclure à un ‘’baptême’’ de sang comme le suggèrent les tenants de cette considération erronée.

Regardons encore, si vous le voulez bien, le cas des saints Innocents. Dans certains catéchismes nous trouvons l’expression “baptême de sang“ à propos des enfants tués au temps de la naissance de Notre Seigneur, par l’ordre d’Hérode. Par exemple dans le catéchisme de Spirago, on lit : « Enfin ils sont innocents en raison des suites de leur mort, parce que leur martyre leur a conféré l’innocence baptismale, c’est-à-dire les a purifiés du péché originel ». Or, ce n’est pas leur martyre qui les a purifiés du péché originel, mais ils furent déjà purifiés par le rite de la circoncision, qui, nous le savons, avant l’institution du baptême enlevait la tache originelle.

Par conséquent, que ces enfants soient ensuite visités intérieurement par une grâce spéciale qui les prépara à l’immolation glorieuse pour laquelle ils étaient destinés, c’est certain. Maintenant si les saints Innocents sont inscrits au calendrier des saints du Nouveau Testament, c’est tout simplement parce que l’Eglise les a associés au Mystère de l’enfance de Notre Seigneur Jésus-Christ, ou de la Passion en ce qui concerne les saints et saintes, je l’ai dit dans mon document, qui sont morts avant l’Ascension et étant toujours sous l’ancienne loi. Ce qui est le cas du Bon Larron sur lequel je vous ai dit que je reviendrai.

Car certains affirment, et l’on peut entendre cela en écoutant certains enregistrements sur des sites internet, que c’est uniquement la grâce de conversion que Dieu accorde au Bon Larron qui lui mérita son salut, afin de justifier là encore qu’il est possible de se sauver sans le baptême d’eau ou par le ’’baptême de sang’’.

Mais pourquoi tant d’insistance sur cette grâce de conversion ? Alors que le cas du Bon Larron est beaucoup plus simple. En effet, tout en nous trouvant avant l’ordre formel de Notre Seigneur Jésus-Christ d’ « allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », Notre Seigneur, suite à la contrition du Bon Larron, est tout a fait libre de lui accorder le Paradis et c’est bien ce que nous lisons dans l’Evangile de la Passion. Saint Dismas, puisque tel est son nom, est d’ailleurs l’unique saint canonisé par Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même.

Voyez comme quoi tous ces arguments et puis bien d’autres recherches parmi les documents faillibles sont une conséquence de cette extension erronée de l’infaillibilité du Magistère.

Donc, pour toutes les raisons que nous venons de voir, le Magistère n’a jamais enseigné ces considérations théologiques controversées et erronées, et il nous faut alors pour terminer cette première conférence, regarder maintenant les raisons pour lesquelles le Magistère ne les a pas condamnées.

Parmi les différentes raisons, il y a, je vous l’ai dit, cette attitude du Magistère sur ces points controversés de théologie. Cette attitude sagement prudente que le Magistère a toujours observée, tout en se rappelant également ce que Pie IX déclare dans son allocution Singulari Quadam, que je vous ai citée, à savoir qu’ « il y a ’’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême’’; il est illicite d’aller plus loin dans l’enquête », puisque Pie IX cherchait très certainement à endiguer la marée de croyances qu’on pourrait être sauvé en dehors de l’Eglise par le ’’baptême de désir’’.

Ainsi, l’on peut dire que l’Eglise ne tenait certainement pas, en ayant constaté sur plusieurs siècles, la ténacité, voire même l’obsession de certains théologiens dans les débats sur la grâce, le libre arbitre et la prédestination, à condamner directement, frontalement, ces opinions, jugeant que le seul fait que celles-ci soient condamnées implicitement dans les Actes du Magistère, suffisaient.

Et c’est là, chers amis, que nous touchons à l’affaire du Père Feeney, car c’est bien le fait de tenir comme il se doit au dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et de dire que ces considérations étaient contradictoires, qui lui a valu ses difficultés avec des personnages qui ne croyaient déjà plus à ce dogme. Mais comme se sera l’objet de la prochaine conférence, continuons de regarder les autres raisons pour lesquelles le Magistère n’a pas condamné ces considérations théologiques.

Donc, comprenez bien qu’il était délicat de condamner directement ces opinions, d’autant plus que c’était par là-même condamner les théologiens de renoms qui les avaient exprimées.

Effectivement, à cause de la renommée de saint Ambroise, de saint Augustin, de saint Thomas d’Aquin et des quelques autres théologiens que nous avons vus, il a donc été délicat et difficile pour le Magistère de condamner ces doctrines. Car même si ces opinions erronées n’ont pas eu d’incidence pour leur canonisation, il n’en reste pas moins que condamner celles-ci aurait entraîné une confusion certaine entre infaillibilité et sainteté. C’est la même difficulté qui se retrouve aujourd’hui, je vous l’ai dit au début de la conférence, quand il s’agit de parler des erreurs qu’on pu commettre les saints dans leurs écrits.

Et puis, chers amis, cette renommée a une seconde conséquence qu’il ne faudrait certainement pas oublier. En effet, en raison de la renommée de ces théologiens, cette considération théologique a été utilisée par l’apologétique, ce qui a constitué alors un autre obstacle à de possibles condamnations.

Car vraiment l’apologétique fut régulièrement utilisée par les théologiens tout particulièrement au XIXème siècle, qui de surcroît ont bénéficié de la complaisance des évêques, ou même de la prévarication des évêques dans l’accord de l’imprimatur. Je le soulignerai encore plus dimanche prochain. Dans ce domaine de l’apologétique, certains auteurs ecclésiastiques ont vraiment fait sauter des points de doctrine que les adversaires avaient du mal à admettre, et en faisant ainsi ils ont véritablement réduit le dogme en dehors de l’Eglise point de salut à une sorte de minimum, ce que, là encore montrerai dimanche prochain, en citant le Magistère sur ce sujet.

Donc dans le souci d’expliquer ce dogme, voire de l’adapter, les apologistes vont utiliser principalement cette considération théologique de ’’baptême’’ de désir, et en citant les théologiens de renoms qui l’ont exprimé, ils ont renforcé l’idée que cette considération était une doctrine réputée et célèbre dans l’Eglise. Non, vous l’avez compris, ce n’est pas une doctrine réputée et célèbre dans l’Eglise, car elle n’est réputée et soit disant définie que dans des ouvrages faillibles !

L’apologétique, chers amis, constitua donc un facteur supplémentaire pour que cette considération traverse le XIXème siècle sans aucune intervention des autorités, celles-ci étant bien trop heureuses de voir les apologistes s’en servir pour répondre aux questions et aux attaques sur la religion catholique qui ne manquèrent pas au XIXème siècle ; quant à la première la première moitié du XXème, comme il y avait déjà un grand démantèlement de la foi dans l’épiscopat, vous pensez bien qu’il n’était plus question de condamnation, mais au contraire, nous le verrons, de condamner la compréhension correcte de ce dogme.

Et puis, comprenez-le bien également, c’est comme cela que se sont multipliés les ouvrages lors des deux siècles passés, où l’on vous dit qu’ « ainsi ce dogme est mieux entendu, mieux compris », comme si tout au long de l’histoire de l’Eglise, le Magistère n’en avait pas bien saisi les éléments théologiques!

Voilà donc quelques premières raisons qui ont fait que cette considération n’a pas été condamnée, mais comme je l’explique dans mon document Réponse à une objection, il y a encore un autre facteur : le contexte même dans lequel le catéchisme du concile de Trente a été publié.

Tout d’abord comprenez que l’énoncé que l’on trouve dans le catéchisme du Concile de Trente étant en grande partie établi à partir de cette mauvaise compréhension du passage du concile de Trente que nous avons vu, est très court, et cela s’explique du fait que les catéchismes sont des résumés de la doctrine catholique, et qu’ils évitent par conséquent les développements ainsi que les controverses qui seraient au-dessus de la portée des simples fidèles.

Par conséquent, dans le contexte du XVIème siècle et pendant plus de 200 ans, ce court passage n’était vraiment pas en mesure de soulever de problème particulier, d’autant plus que toute la chrétienté recevait la grâce de la justification par le sacrement du baptême. Comprenez alors combien ces ’’baptêmes’’ de désir et de sang, mais aussi cette ’’ignorance’’ invincible et cette notion d’ ’’Ame’’ de l’Eglise, sont virtuels, théoriques.

C’est du reste cette même raison qui fait dire à 450 ans de distance, à la personne qui intervient à la fin de la conférence dont je parle dans mon document : « (…) L’histoire du baptême d’eau, de désir et de sang, c’est un problème qui n’existe pas chez nous. Chez nous il n’y a que le baptême d’eau. Il n’y a personne ici qui a et le baptême de désir ou de sang. Dans toute la France il n’y a personne qui a eu le baptême de désir et de sang (…)». Au risque d’annuler deux heures de conférence sur le sujet, cet intervenant manifestait donc sans s’en rendre compte ce qui n’était perçu que comme une considération virtuelle, purement théorique, du XVIème au XVIIIème siècle.

Le même contexte historique nous fait voir également qu’à cette époque la chrétienté ne discutait pas les dogmes de notre sainte religion catholique comme c’est le cas malheureusement depuis plus de 200 ans et particulièrement aujourd’hui.

Tous les fidèles catholiques croyaient au dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et ils le croyaient comme l’Eglise l’avait toujours enseigné.

Pour s’en convaincre il suffit de savoir que des statuts canoniques très anciens furent ajoutés aux œuvres du pape saint Léon le Grand, prescrivant d’interroger les futurs évêques s’ils croyaient que personne n’est sauvé hors de l’Eglise catholique. C’est ce que précise le père Hugon lui-même dans son ouvrage Hors de l’Eglise point de salut ?

Par conséquent, pour se faire une idée de la façon dont la chrétienté croyait au dogme en dehors de l’Eglise point de salut, il suffit de se reporter à tous les Actes du Magistère, y compris tous ceux de ce concile de Trente, puisque nous avons vu comment le passage du chapitre 4 de la session 6 fut mal interprété, et si nous voulions revenir à ceux plus proches de nous, aux Actes de Grégoire XVI, Pie IX jusqu’à Pie XII, certains de leurs actes, nous l’avons vu également, ayant été mal interprétés.

A la lecture de tous ces Actes, nous voyons donc comment le Magistère a entériné l’unanimité constante et universelle des théologiens sur ce dogme et, je vous le redis, il est certain que les Pères et Docteurs de l’Eglise, en voyant comment les souverains pontifes en ont parlé par la suite, se seraient soumis de bon cœur reconnaissant que leur ’’baptême’’ de désir était erroné.

Conclusion :

Voilà donc, chers amis, les différentes raisons et facteurs qui ont fait que ces considérations de ’’baptêmes’’ de désir et de sang, d’ ’’ignorance’’ invincible et d’ ’’Âme’’ de l’Eglise, n’ont pas enseignées ni condamnées.

La conclusion c’est que se sont des opinions controversées qui sont devenues, en passant par le stade de thèses théologiques, de véritables erreurs. Erreurs qui se sont faites très discrètes à leurs débuts afin de pouvoir mieux s’accroître et bien sûr triompher de nos jours.

Et vous le savez, puisque je les ai relevées dans mon document, elles se retrouvent d’une façon manifeste et quasiment officielle dans le Protocole Suprema haec sacra, dans cette lettre de deux cardinaux à l’archevêque Cushing datée du 8 août 1949, dans le cadre de l’affaire du Père Feeney, d’autant plus que nous sommes bien, sous Pie XII, dans l’action de la conjuration antichrétienne.

J’aurai donc l’occasion dimanche prochain de vous expliquer ce contexte, et sachez aussi que ces considérations théologiques sont réellement utilisées comme argumentation dans le document Espérance du salut pour les enfants morts sans baptême, rédigé par la ’’Commission Théologique Internationale’’ en 2007, ’’approuvé’’ à l’époque par l’abbé Ratzinger, alias Benoit XVI, et qui visait tout bonnement à supprimer les Limbes !

Par conséquent vous l’aurez compris, ce ’’baptême’’ de désir tout particulièrement, qui se trouve donc présent seulement sous forme d’énoncé depuis le catéchisme du Concile de Tente jusqu’au XVIIIème siècle, sera surtout développé dans les thèses théologiques et sera utilisé par l’apologétique au XIXème siècle. La première moitié du XXème sera une série d’exposés, chaque auteur s’appuyant sur des théories précédentes, pour finir par enserrer le dogme en dehors de l’Eglise point de salut, et permettre d’établir cette nouvelle théologie hérétique de Vatican II qui prête si volontiers à d’autres voies et à d’autres religions la possibilité de se sauver.

Alors, chers amis, gardons la foi aux dogmes et particulièrement à ce dogme en dehors de l’Eglise point de salut comme l’Eglise l’a défini et demande d’y croire. Car c’est bien pour croire à des opinions qui le contredisent, et malgré l’argument du nombre d’auteurs et d’ouvrages qui se sont démultipliés depuis plus de 150 ans, que nous avons cette controverse.

Dimanche prochain nous aborderons donc cette controverse sur le ’’baptême’’ de désir et sur le dogme en dehors de l’Eglise point de salut. Et nous verrons, que puisqu’il y a controverse, c’est que malheureusement il y a perte de la foi, et c’est la raison pour laquelle je vous parlerai du démantèlement de la foi catholique au XXème siècle et bien sûr en ce début de XXIème siècle, démantèlement qui a donc aussi atteint aujourd’hui le monde de la tradition, étant donné que dans cette controverse certains n’ont pas compris que l’on ne peut pas condamner quelqu’un pour hérésie simplement parce qu’il ne croit pas à des opinions qui n’ont jamais été enseignées par le Magistère.

Mais, comme je le rappellerai encore dimanche prochain et à chaque fois qu’il le faudra, ce n’est pas celui qui suit le Magistère et qui grave dans son cœur la foi à la vérité de l’Eglise, et qui n’a donc pas de peine à éviter le terrible danger de l’hérésie, mais celui qui a non seulement péché contre la foi mais encore méprisé l’autorité de l’Eglise et qui se sera attaché à des opinions mauvaises, qui est hérétique.

Que ceux qui s’attachent mordicus à ces opinions théologiques, réfléchissent donc bien. Dans ces temps d’apostasie de la foi, il est de plus en plus nécessaire de s’attacher à l’enseignement du Magistère et de ne pas retenir ces opinions que l’on vous présente faussement comme une doctrine officielle de l’Eglise.

Récitons maintenant, si vous le voulez bien, la prière du Sub tuum confugimus, dans laquelle nous demandons à la Très sainte Vierge Marie de ne pas mépriser nos prières dans les nécessités mais de nous délivrer de tous les dangers.

Abbé Michel Marchiset

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