Sermon du dimanche in albis – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, les messes de cette semaine nous ont présenté les passages des Evangiles où Notre Seigneur a donné, par des signes sensibles, les preuves de sa résurrection. Comme l’explique saint Thomas d’Aquin, ces signes sensibles furent donnés parce que les cœurs n’étaient pas disposés à accepter facilement la foi en la résurrection, alors que Notre Seigneur a prouvé sa résurrection par la Sainte Écriture. C’est l’objet de la remarque de Notre Seigneur aux disciples d’Emmaüs : « Ô insensés et lents à croire tout ce qu’ont annoncé les prophètes !».

Par conséquent, après ces passages et celui de ce matin, qui nous relatent la preuve tangible que Notre Seigneur donna à l’Apôtre Thomas, regardons d’où vient le mérite de la foi.

« Le mérite de la foi, dit saint Thomas d’Aquin, vient de ce que l’homme croit, sur l’ordre de Dieu, ce que son esprit ne voit pas ». Et comme le remarque saint Thomas d’Aquin, le mérite de la béatitude causé par la foi est donc totalement exclu si l’homme ne veut croire que ce qu’il voit.

Cependant, ne mettons pas l’Apôtre Thomas si facilement dans ce cas, car si celui-ci a certes vu, et même touché la plaie au côté de Notre Seigneur, il a aussi cru en sa divinité, car après avoir touché la plaie de Notre Seigneur, il croit et affirme la divinité de Notre Seigneur.

Mais il faut bien sûr dire que la foi qui ne requiert pas de tels secours pour croire est plus parfaite et c’est bien l’objet des paroles de Notre Seigneur : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! ».

Par conséquent Notre Seigneur a montré les signes de la résurrection parce que les cœurs n’étaient pas disposés à accepter facilement la foi en la résurrection, alors que Notre Seigneur a prouvé sa résurrection par l’autorité de la Sainte Écriture.

Alors, mes bien chers frères, puisque Notre Seigneur dit « heureux ceux qui croient sans avoir vu ! », c’est donc cette foi et le mérite de cette foi qui sont nôtres depuis 2000 ans, la Sainte Ecriture étant le fondement de la foi, la règle immédiate de la foi, et puis le Magistère de l’Eglise étant la règle prochaine de la foi. Avec ces deux règles, nous savons donc que ce qu’il faut croire et ce qu’il faut faire pour aller au Ciel ; la Révélation et la Tradition étant garanties par le Magistère de l’Église.

Nous croyons alors en toute sécurité, car dans la règle immédiate comme dans la règle prochaine de la foi, nous avons l’autorité et la véracité même de Dieu qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. C’est ce que résume notre acte de foi. Le début de l’acte de foi que certains ont appris d’après le catéchisme du diocèse de Besançon, de 1937, est même celui-ci : « Mon Dieu, je crois fermement tout ce que croit et enseigne la sainte Eglise… ». Pourquoi dire directement « tout ce que croit et enseigne la sainte Eglise », et non pas « toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Eglise » ? Parce que en disant directement « tout ce que croit et enseigne la sainte Eglise », l’on évite ainsi cette notion protestante sur la sainte Ecriture : l’Ecriture seule, la sola Scriptura.

Cette notion qui finit par se retrouver dans le monde conciliaire à un tel point que ceux qui se disent catholiques, mais qui ne les sont plus que de nom, sont devenus comme les protestants qui n’ont pas l’autorité et l’infaillibilité du Magistère de l’Eglise.

Alors que le fidèle catholique, mes bien chers frères, ne craint absolument rien en se référant au Magistère. Il sait que sa foi, le culte, l’enseignement, tout ce qu’il faut croire et faire pour aller au ciel est assuré et réglé par le Magistère de l’Eglise. Voici ce que dit Dom Guéranger à ce sujet : « Une fois entrés dans l’Église, le devoir pour nous est de considérer désormais toute chose au point de vue surnaturel ; et ne craignons pas que ce point de vue, réglé par les enseignements de l’autorité sacrée, nous entraîne trop loin ».

C’est pourquoi la foi en Dieu et en son Eglise, en son Magistère, nous fait conclure que ce conciliabule Vatican II, qui contient de nombreuses erreurs et au moins une hérésie, la liberté religieuse, ainsi que toutes ces réformes liturgiques, tous ces rituels invalides, de la messe, du sacerdoce, et en premier lieu de l’épiscopat, ne peuvent pas être les œuvres de l’Église, mais les œuvres d’une contre-église, qu’il faut désigner par les termes exacts de secte conciliaire, car en dehors de l’Eglise, il n’y a que des sectes qui ne méritent pas le nom de religions.

Ce que je vous dis ici, pourra en étonner certains, mais ce sont tout simplement des explications sur les propositions condamnées qui sont exposées dans le Syllabus de Pie IX. Ce sont les explications de Mgr Gaume dans son Petit catéchisme du Syllabus, explications qui font suite aux questions réponses sur l’obligation de l’homme de professer la religion catholique. « Il suit de là dit-il, qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais qu’une seule religion, la religion catholique, apostolique et romaine : toutes les autres sont des sectes qui ne méritent pas le nom de religions ».

Et puis, toujours dans ce Petit catéchisme du Syllabus, mais l’on peut les regarder directement dans le Syllabus lui-même, il y a les propositions condamnées du latitudinarisme, c’est-à-dire les propositions qui affirment que des non-catholiques peuvent être sauvées tout en restant dans leurs fausses religions.

 Voici ces propositions condamnées (page 16, dans le Petit catéchisme du Syllabus) : « En pratiquant une religion quelconque, les hommes peuvent trouver le chemin du salut et acquérir la vie éternelle ». Et encore : « Du moins, on doit bien espérer du salut éternel de ceux qui ne vivent pas dans la véritable église de Jésus-Christ ». Et encore : « le protestantisme n’est qu’une forme différente de la vraie religion chrétienne, dans laquelle on peut aussi bien se sauver que dans l’Eglise catholique et être agréable à Dieu ».

Ces propositions condamnées se retrouvent sous une forme ou sous une autre, je vous l’ai démontré récemment, dans de nombreux ouvrages du XIXème et du XXème siècle, ce qui démontre bien que sur deux siècles passés et bien sûr aujourd’hui, ce latitudinarisme condamné dans le Syllabus a pénétré le monde de la tradition, toutes divergences confondues.

Voilà pourquoi, mes bien chers frères, j’insiste tant depuis quelques mois et encore aujourd’hui sur les connaissances que vous devez avoir sur le Magistère, car ce sont ces connaissances des Actes du Magistère qui vous permettent de tenir la vérité et de distinguer les erreurs si nombreuses aujourd’hui et bien sûr de les rejeter.

Alors, en ce dimanche où nous voyons les Apôtres, les disciples, comme les pèlerins d’Emmaüs, excusables sur la mort et la résurrection de Notre Seigneur, comprenez que désormais, puisque nul n’est censé ignorer le Magistère, que l’excuse de la méconnaissance du Magistère n’est pas recevable surtout de la part des clercs.

Il y a quelques semaines je vous ai encore rappelé les trois sortes d’aveuglements spirituels, et je vous citais saint Bonaventure disant que « l’hérétique est celui qui, avançant une chose mauvaise contre la foi, a la perversité de la soutenir et de la défendre, sans vouloir se corriger ».

Je pense donc ici à tous ceux qui parfaitement au courant des sujets traitant de l’infaillibilité de l’Eglise, et puis traitant du dogme en dehors de l’Eglise point de salut, tiennent, soutiennent, sans vouloir se corriger, des erreurs sur cette infaillibilité de l’Eglise, et sur ce dogme.

Voilà, mes bien chers frères, ce que l’on constate aujourd’hui sans oublier les autres erreurs sur le Magistère ordinaire et universel ainsi que leurs conséquences dont je vous ai encore donné un aspect dimanche dernier.

Par conséquent aujourd’hui où nous venons de voir d’où vient le mérite de la foi : de ce que l’homme croit, sur l’ordre de Dieu, ce que son esprit ne voit pas, et pourquoi nous pouvons croire l’Église en toute sécurité, comprenons bien que la foi est le principe de notre bonheur et qu’elle nous en méritera la consommation, si elle est animée par la charité et par les œuvres.

Prenez alors le temps de vous instruire sur votre foi, et sur le Magistère, et demandez dans vos prières, par l’intercession de la très sainte Vierge Marie, les grâces qui vous sont nécessaires pour garder la foi en son divin Fils ressuscité et en son Église

Un jour viendra où le triomphe de l’Église sera le triomphe de Notre Seigneur Jésus-Christ en son Corps mystique, en tous ses membres qui auront ainsi mérité de la foi. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

Publicités
Cet article a été publié dans Sermons. Ajoutez ce permalien à vos favoris.