Sermon du dimanche du « Bon Pasteur » – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, le deuxième Dimanche après Pâques est désigné de Dimanche du bon Pasteur, parce que, dans l’Evangile de ce jour, Notre-Seigneur Jésus-Christ se donne lui-même ce titre et où il fait paraître envers nous sa bonté et sa miséricorde. Et puis comme l’écrit Dom Guéranger : « un lien mystérieux unit ce texte évangélique au temps où nous sommes ; car c’est en ces jours que le Sauveur des hommes, établissant et consolidant son Eglise, commença par lui donner le Pasteur qui la devait gouverner jusqu’à la consommation des siècles ».

40 jours après sa résurrection, Notre Seigneur cessait effectivement d’être visible ici-bas. Et nous ne le reverrons qu’à la fin des temps, lorsqu’il viendra juger les vivants et les morts. Mais Notre Seigneur ne nous a pas abandonnés pour autant. Après s’être offert en sacrifice sur la Croix pour nous, ce bon Pasteur s’emploie sans cesse à nous faire revenir au bercail ou à nous y retenir.

 Si l’on veut bien regarder ce que l’on appelle l’économie du salut, c’est déjà après le péché originel, mes bien chers frères, tout le genre humain s’étant égaré loin des chemins du Ciel, que Notre-Seigneur Jésus-Christ, le bon Pasteur, a vu ces hommes courant à leur perte. Et c’est par la bouche du Prophète Ezéchiel que Notre Seigneur dit : « Mes brebis sont dispersées ; je les vois en proie aux bêtes féroces ; je les irai chercher et les rassemblerai ». Par conséquent, comme le dit saint Matthieu, Notre Seigneur a abaissé les cieux pour venir au devant des brebis perdues de la maison d’Israël.

Il a daigné prendre notre humanité, et nous, qui sommes désormais ses ouailles, il nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous, car il est le bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

Mais ne croyons pas que Notre Seigneur se soit arrêté là. Après sa glorieuse résurrection et son ascension, que n’a-t-il pas fait encore pour ses brebis? Ces brebis qui, comme le dit le prophète Isaïe, prennent souvent leur propre chemin. Comme si l’on pouvait être libre et se passer de guide ici-bas !

C’est pourquoi, sans jamais se lasser, Notre Seigneur se met à la poursuite de la brebis égarée. Puis l’ayant retrouvée, et malgré les résistances quelques fois, il ne se décourage pas et se tient chaque jour, frappant à la porte des cœurs par sa grâce. Et quand la brebis perdue consent à revenir, mes bien chers frères, loin de la pousser devant soi en la frappant de sa houlette, que fait-il ? Il la prend avec douceur sur ses épaules et la rentre au bercail.

Et puis ce divin Pasteur s’emploie encore à nous retenir dans son bercail, en nous donnant les moyens de notre salut, c’est-à-dire les sacrements, qui produisent ou augmentent en nous la grâce sanctifiante, et tout particulièrement le saint Sacrifice de la Messe, qui est, comme nous l’avons vu le Jeudi saint, le sacrifice d’application des mérites que Notre-Seigneur nous a acquis sur la Croix et permet notre sanctification. Alors, mes bien chers frères, devant la conduite de ce bon Pasteur, qui veille jour et nuit sur nous, nous protégeant contre les ennemis de notre salut, prenons la ferme résolution d’être vertueux en nous confiant à lui.

Nous savons bien que notre premier et plus mortel ennemi c’est le démon. Notre-Seigneur Jésus-Christ ne cesse de nous protéger de notre adversaire qui rôde sans cesse autour de nous, tel un lion rugissant cherchant qui dévorer, comme le dit l’Apôtre saint Pierre, et plus encore en ces temps où les assauts de Satan et sa fureur se déchaînent contre Notre-Seigneur Jésus-Christ et contre son Eglise.

Léon XIII, vous le savez bien, a eu cette vision prophétique de la situation de l’Epouse de l’Agneau Immaculé, de l’Eglise. Depuis plus de cinquante ans en effet, des ennemis très rusés, là où fut instituée la chaire de Pierre, ont posé le trône de leur abomination dans l’impiété, en sorte que le pasteur étant frappé, le troupeau puisse être dispersé. C’est parce que Léon XIII fut conscient de ces malheurs imminents, qu’il voulut protéger l’Eglise par cette prière à saint Michel Archange dite après chaque Messe basse, que les ennemis de la vraie foi se sont empressés de supprimer de leurs nouveaux rituels. Ce qui prouve que nous devons donc résister avec la force que donne la foi.

Alors, prions Notre Seigneur de nous rendre dociles à ses enseignements, car, nous qui sommes ses brebis, il y a des vertus qu’il nous faut observer : 1/ l’innocence, qui préside à tous les actes de notre vie, 2/ la douceur qui nous aide à réprimer nos passions, nous donnant un cœur charitable, 3/ la docilité par conséquent, qui enseigne, dit l’Apôtre saint Jean à nous laisser conduire par l’obéissance. C’est la voie la plus assurée de notre salut, et c’est cette voie que Notre-Seigneur nous a tracée par son exemple, lui le bon Pasteur. Voilà, mes bien chers frères, quelques résolutions qui découlent de cet enseignement sur le bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

Et puis nous voyons aussi dans l’Evangile de ce Dimanche du bon Pasteur, que Notre Seigneur a donné le pouvoir de paître son Troupeau à Simon-Pierre comme il l’avait promis. Dom Guéranger fait cette remarque : « Notre Seigneur s’exprimait comme s’Il lui eût dit : “Je te ferai le Roi de cette Église, dont tu seras en même temps le fondement “ ».

De cette remarque, nous pouvons donc distinguer deux points de doctrine : 1/ que ce pouvoir de paître toute l’Église s’exerce effectivement selon une monarchie ; il s’agit de la monarchie pontificale, et 2/ que Pierre, et par conséquent le pape, est le fondement de l’Église. De même qu’un édifice ne peut s’élever et ne peut être stable que sur l’immobilité de sa fondation, de même l’Église toute entière est basée sur l’infaillibilité même de Pierre. Et l’infaillibilité du souverain Pontife vient de Notre Seigneur Jésus-Christ, de Dieu même qui ne peut ni se tromper ni nous tromper.

Que d’erreurs, mes bien chers frères, sur l’infaillibilité de l’Eglise en général, et sur le pape en particulier ! Des erreurs qui sont l’une des causes des différentes positions dans le monde de la tradition :

1/ les traditionalistes ralliés à la secte conciliaire –2/ la fausse majorité traditionnelle, c’est-à-dire la Fraternité sacerdotale saint Pie X et ses communautés amies – 3/ les partisans de la thèse de Cassissiacum, materialiter-formaliter – 4/ les catholiques semper idem qui tout en ayant compris les erreurs sur l’infaillibilité de l’Eglise dont sont victimes ces premiers groupes, sont dans une autre erreur, celle qui consiste à prendre des documents faillibles pour des documents infaillibles du Magistère ordinaire et universel, ce qui les conduit à considérer des opinions controversées et erronées comme des documents de l’Eglise enseignante, des documents du Magistère – 5/ Et puis encore d’autres encore, qui ne considèrent ce Magistère ordinaire et universel que comme un enseignement pontifical et qui se trompent donc de cible en critiquant ceux qui tiennent comme il se doit la saine doctrine sur l’infaillibilité de l’Eglise – 6/ et puis enfin d’autres encore qui adhèrent à cette théorie de la survivance de Paul VI. Alors ceux-ci, renvoient dos à dos tout le monde en affirmant qu’ainsi le Siège apostolique n’est pas vacant, mais font alors l’incroyable impasse sur l’infaillibilité de l’Eglise.

Car, mes bien chers frères, si Paul VI fut légitime que font-ils de cette infaillibilité de l’Eglise avec le problème de ce conciliabule Vatican II, et de la promulgation des réformes liturgiques de 1968 et 1969 ? Toutes ces considérations purement humaines ne tiennent donc pas devant la doctrine sur l’infaillibilité de l’Eglise dont on ne peut faire l’impasse !

De même que l’on ne peut pas faire l’impasse du Magistère, car c’est précisément le Magistère qui dans le Droit Canon reprend les mises en garde de Notre Seigneur à propos des mercenaires, à propos de ces loups ravisseurs déguisés en peau de brebis. C’est ce que nous voyons dans l’Evangile de ce matin. En bon Pasteur, Notre Seigneur nous met en garde.

Et puis Notre Seigneur dit également : « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui n’entre point par la porte dans le bercail des brebis, mais y monte par ailleurs, est un voleur et un larron ».

Et c’est cette mise en garde qui se retrouve dans ce document infaillible du Droit canon qu’est la Bulle Cum ex Apostolatus de Paul IV, car celle-ci stipule bien que s’il apparaissait qu’un clerc, même parvenu dans les plus hautes fonctions, ait dévié de la foi catholique et soit tombé dans quelque hérésie, avant son élévation au Souverain Pontificat, même si elle a lieu dans la concorde et avec l’assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, sans valeur, non avenue, et que son gouvernement, son administration, tout devra être tenu pour illégitime.

Aujourd’hui, nous voyons bien où conduisent toutes ces erreurs sur l’infaillibilité de l’Eglise et le refus de considérer le Droit canon. Mais c’est bien cette Bulle pontificale, malgré toutes les critiques dont elle est l’objet, qui nous dégage de l’obéissance à ces mercenaires, à ces loups ravisseurs déguisés en peau de brebis.

Ces personnages qui ont failli dans la foi avant leur élection sont illégitimes, et nous sommes donc dégagés de l’obéissance envers eux.

 Voilà ce qu’il faut retenir, et puis il est absolument nécessaire de comprendre que depuis Pie XII, ces personnages n’occupent pas le Siège apostolique ! A Rome, ils n’occupent que les lieux, car le Siège apostolique, mes bien chers frères, combien de fois faudra-t-il le souligner ?, c’est la fonction papale !

 Donc, comme le dit Léon XIII dans son Exorcisme, le Pasteur étant frappé, retiré des siens, brebis et agneaux se trouvent dispersés. Les conséquences de cette situation, nous les constatons chaque jour : ce sont toutes ces divergences d’opinions qui mènent jusqu’aux attaques personnelles les plus inattendues, car effectivement il n’y a plus cette sécurité qui réside dans le pasteur. Mais vous comprendrez alors, mes bien chers frères, que nous avons cependant tout dans l’Evangile et dans les Actes du Magistère pour tenir la juste position dans la situation actuelle.

Alors en ce dimanche, où nous venons de voir cet enseignement sur le bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, et les résolutions qui en découlent, et puis comment ce bon Pasteur nous a mis en garde contre les mercenaires qui ne sont point les pasteurs légitimes, demandons à Notre Seigneur, Pasteur suprême de nos âmes, les grâces nécessaires pour préserver dans la fidélité à Notre Seigneur et à son Eglise.

Faisons passer ces intentions par l’intercession de la très Sainte Vierge Marie, qui nous a maternellement prévenus de la situation dans laquelle nous sommes. Ainsi soit-il.

 Abbé Michel Marchiset

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