Sermon du 4ème dimanche après Pâques – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, dimanche dernier je vous ai rappelé que la vertu de foi est l’un des trois liens qui nous unit en tant que membres de l’Église. Les autres liens sont la participation aux mêmes sacrements et la soumission aux pasteurs légitimes. Comme nous regarderons ce dernier lien bien après la Fête de la Pentecôte, abordons par conséquent ce matin la participation aux mêmes sacrements.

Tout d’abord il me semble nécessaire de vous rappeler que sans la réception des sacrements il est impossible de conserver longtemps l’intégrité de la foi catholique. Je vous en ai fait la remarque dimanche dernier, et je vous l’explique donc un peu plus aujourd’hui.

La foi disparaît parce que nos contemporains ne reçoivent plus les sacrements et d’une manière générale n’ont plus de pratique religieuse. Et l’on constate tout particulièrement cela chez les personnes qui vous disent croire mais ne pas pratiquer. Car que croient-elles, mes bien chers frères ? Que savent-elles des vérités de la foi, de notre sainte religion? Pratiquement rien, et encore, les notions qu’elles en ont, sont imprégnées de ce libéralisme et de ce modernisme de la secte conciliaire.

C’est donc bien parce qu’il n’y a plus de pratique religieuse que la foi disparaît chez ces personnes qui ne s’instruisent pas, qui ne se confessent pas, qui ne communient pas, qui vivent malheureusement pratiquement sans Dieu.

Dans ces conditions il est impossible de conserver longtemps l’intégrité de la foi, et c’est donc le premier point dont je voulais vous parler ce matin. Et puis le second point maintenant, c’est qu’il faut bien se rendre compte que sans sacrements nous ne pouvons que très difficilement nous rendre conformes à la sainteté de Dieu, car c’est précisément la raison pour laquelle Notre Seigneur a institué les sacrements !

Et malheureusement l’on constate même aujourd’hui des positions en contradiction avec la nécessité de recevoir les sacrements, de recevoir les grâces du bon Dieu. Car, par exemple, qu’est-ce que ce conseil, mes bien chers frères, qui émane de laïcs – qui ne connaissent donc pas ce qu’est le ministère des âmes -, qu’est-ce que ce conseil qui préconise de rester chez soi le dimanche et de réciter le rosaire, lorsqu’il existe un vrai prêtre, qui célèbre validement la sainte messe, en se préservant et en préservant les fidèles de toute union avec les hérétiques au canon de la messe, qui donne les sacrements selon les rituels valides de la sainte Eglise, qui enseigne la saine doctrine et dénonce toutes les erreurs afin que tous puissent préserver leur foi? Ce conseil va donc à l’encontre de cette nécessité de recevoir les sacrements pour se sanctifier.

C’est pourquoi avant de vous faire considérer comment les sacrements nous unissent entre nous, je voudrais vous expliquer pourquoi les sacrements sont nécessaires et comment ils agissent dans nos âmes pour nous sanctifier.

Car, mes bien chers frères, c’est pourtant simple : sans le bon Dieu l’on ne peut rien faire, l’on ne peut rien faire sans sa grâce, et il est donc impossible de se sanctifier, de faire son salut, de gagner le Ciel. Ceux qui ont cru jadis que cela était possible, étaient dans l’hérésie, dans l’hérésie du pélagianisme ou du semi pélagianisme, ou plus récemment encore, du jansénisme, hérésies qui ont bien sûr été condamnées par l’Eglise. Et le conseil auquel je viens de faire allusion, me fait bien évidemment penser par certains côtés à ces hérésies.

C’est pourquoi, il faut reprendre inlassablement la saine doctrine, et je commencerai par conséquent par vous citer Dom Guéranger qui exprime bien cette théologie sacramentelle dans son Année liturgique. Il dit que le sacrement est ce rite extérieur et sensible, que Notre Seigneur prend les éléments de la nature physique pour auxiliaires dans l’œuvre de notre justification, qu’Il les élève à l’état surnaturel, et en fait jusqu’au plus intime de nos âmes, les conducteurs fidèles et tout-puissants de sa grâce.

Et c’est donc ainsi que Notre Seigneur a assigné à chacun des sept sacrements un rite spécifique. Comme vous le savez, il y a différentes matières pour les sacrements, par exemple: l’eau pour le baptême, le pain sans levain pour la sainte Eucharistie… et ces éléments sont alors élevés à l’état surnaturel par l’intermédiaire des paroles qui constituent ce que l’on appelle la forme du sacrement.

Voyez par conséquent, comment Notre Seigneur a bien fait toute chose ! Il a déterminé ces éléments et les paroles en fonction précisément de la grâce que le sacrement doit produire. Ce qui fait qu’il y a un sacrement pour chaque forme de sa grâce. Saint Thomas d’Aquin explique fort bien cela en disant qu’«un même agent principal emploie des instruments divers pour produire différents effets, en harmonie avec l’œuvre à faire».

Les éléments matériels s’unissant alors à la grandeur spirituelle par l’efficacité des paroles prononcées par le prêtre, voilà donc le moyen par lequel Notre Seigneur produit ou augmente en nous la vie de la grâce. Voilà comment s’opère cette œuvre divine qui a pour but de nous rendre conformes à la sainteté de Dieu.

Voyez alors, la nocivité pour les âmes, de ce conseil dont je viens de vous parler, alors que le prêtre qui peut vous donner en toute sécurité ces sacrements, existe ! Et ce conseil prive très certainement plusieurs âmes des grâces qui leur permettraient de se sanctifier. Et cela me fait bien sûr penser à la responsabilité qui incombe à son auteur, car, mes bien chers frères, nous serons même jugés sur les grâces que notre prochain aurait pu obtenir et qu’il n’a pas reçues à cause de nous.

Par conséquent, c’est en comprenant comment s’opère cette œuvre divine qui a pour but de nous rendre conformes à la sainteté de Dieu, que l’on saisit cette nécessité de la réception des sacrements et que l’on comprend également les mauvais conseils.

Et puis, afin de compléter encore ce que vous devez savoir sur les sacrements, je voudrais aussi vous parler de cet autre aspect des sacrements. Vous dire que de la même manière que la vie spirituelle a une certaine ressemblance avec la vie corporelle, les sacrements nous sont alors nécessaires en ce qui concerne la vie elle-même qui comporte, soit un cheminement personnel avec son achèvement, soit un parcours et un achèvement qui sont relatifs à la vie sociale.

Cela est aussi relativement facile à comprendre, car de même qu’il y a une génération humaine, il y a une génération spirituelle; et la génération spirituelle c’est bien sûr le Baptême; maintenant si l’on regarde la croissance de l’être humain, c’est alors la Confirmation; sa nourriture? C’est bien sûr la sainte Eucharistie. Et puis comme l’homme est sujet à l’infirmité corporelle et à l’infirmité spirituelle qu’est le péché, il lui faut alors un traitement contre cette infirmité. Et ce sera d’une part le sacrement de Pénitence et d’autre part l’Extrême-Onction. Voilà donc pour ce qui concerne les cinq sacrements qui sont relatifs à l’achèvement personnel.

Quant aux deux sacrements qui sont relatifs à toute la communauté, saint Thomas d’Aquin explique que l’homme est perfectionné de deux façons: il reçoit le pouvoir de gouverner et d’exercer des fonctions publiques; dans la vie spirituelle, ce sera alors le sacrement de l’Ordre car il appartient au prêtre de diriger, de guider les âmes. Et puis il y a bien sûr la propagation de l’espèce. L’homme est alors perfectionné par le Mariage, tant dans la vie corporelle que dans la vie spirituelle pour la sanctification des époux et l’éducation des enfants.

Voilà, mes bien chers frères, cette belle harmonie voulue par le bon Dieu, cette harmonie qui est bien sûr attaquée par les hommes impies depuis plusieurs décennies, et qui ont donc réussi à faire admettre ces lois scélérates qui s’opposent à l’ordre et à cette belle harmonie établis par Dieu!

Mais il reste bien sûr que dans la volonté divine les sacrements demeurent et correspondent à toutes les étapes de la vie spirituelle. Et Dieu, pour perpétrer cette ordonnance admirable, appelle alors certains des enfants issus de ce mariage catholique, de cette union devant Dieu, pour être prêtres et ainsi de nouveau administrer les sacrements. Voilà, mes bien chers frères, le but et l’ordonnance admirable des sacrements, de ces vrais sacrements qui manifestent donc la même foi entre nous.

Dans son commentaire sur ce dimanche, Dom Guéranger fait d’ailleurs une remarque à ce sujet. Il dit : «les sacrements sont en tous lieux le signe de reconnaissance des fidèles, et la marque qui les désigne aux yeux des infidèles».

L’existence de vrais et de faux sacrements est donc aujourd’hui le signe qu’il y a d’une part la véritable Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ, et d’autre part une contre Eglise, c’est-à-dire la secte conciliaire qui éclipse la véritable Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Alors, mes bien chers frères, comprenez comment cette participation aux vrais sacrements, vous qui avez le bonheur d’en bénéficier ici, vous permet de garder les vrais principes de la foi catholique, de vous sanctifier, et nous permet d’être encore plus unis entre nous. Dom Guéranger dit qu’«au temps où le démon jouira d’une liberté presque absolue et universelle et où la plus grande tribulation sévira sur la terre, ces serviteurs fidèles, unis entre eux par les liens les plus forts protégeront le célibat en se conservant purs au milieu du siècle(…)».

Eh bien, soyons de ces serviteurs fidèles, unis entre nous par ce lien tressé en trois, par la vertu de foi, par la participation aux mêmes sacrements et par la soumission aux pasteurs lorsque ceux-ci sont légitimes, et demeurons sous la protection de la très sainte Vierge Marie que nous continuons de prier tout spécialement pendant le mois de Mai qui lui est consacré. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

Abbé Michel Marchiset

Publicités
Cet article a été publié dans Sermons. Ajoutez ce permalien à vos favoris.