Sermon du 5ème dimanche après Pâques – abbé Marchiset

Mes bien chers frères, à quelques jours de la Fête de l’Ascension, Dom Guéranger parle une dernière fois dans ses commentaires liturgiques de la formation que Notre Seigneur ressuscité donna aux Apôtres. « Nous avons vu, dit-il, quels enseignements Jésus leur donne, comme il les prépare à devenir les docteurs du monde. C’est maintenant qu’ils peuvent lui dire : “O Maître, vous êtes véritablement sorti de Dieu“. » …

Dom Guéranger reprend ainsi les termes de saint Jean que nous venons d’entendre dans l’Evangile, et comme il s’agit de l’Incarnation de Notre Seigneur, je voudrais vous faire considérer quelques instants ce mystère.

Le catéchisme nous le résume en disant qu’il s’agit du mystère du Fils de Dieu fait homme, en prenant par l’opération du Saint-Esprit un corps et une âme semblables aux nôtres dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie.

Et pour parler de ce mystère, il faut employer des termes précis. Le cardinal Gousset, dans son ouvrage de Théologie dogmatique, dit que  « pour parler exactement du mystère de l’Incarnation et de Jésus-Christ, on doit se conformer au langage de la sainte Écriture, des Pères de l’Église, des conciles, des symboles et professions de foi rédigés ou adoptés par l’Église ». Et, en bon thomiste, il donne cette précision: « (…), sans jamais perdre de vue, dit-il, la distinction de la nature divine et de la nature humaine, tellement unies entre elles qu’il n’y a qu’une seule personne en Jésus-Christ, la Personne du Verbe, du Fils de Dieu fait homme ». Saint Thomas d’Aquin dit en effet que « la nature humaine (…) fut unie, dès le premier instant de son existence, au Verbe de Dieu dans une telle unité de personne que le Fils de Dieu fut le même être que le Fils de l’homme, et le Fils de l’homme le même être que le Fils de Dieu ».

Et puis saint Thomas précise que le Verbe de Dieu n’a pas assumé un homme, mais notre nature humaine.

Ces citations sont importantes, mes bien chers frères, car elles nous permettent, d’une part, de mieux connaître ce qu’il faut savoir sur l’Incarnation, et ainsi mieux aimer Notre Seigneur, et d’autre part, de relever les erreurs sur l’incarnation.

Car comment nos contemporains conçoivent-ils Notre Seigneur ? Il y a plus de 20 ans maintenant, une mère de famille qui venait du monde conciliaire, et mettait pour la première fois son garçon au cours de catéchisme traditionnel, y assistant elle-même, me dit après le cours: « Vous ne croyez pas que de parler de Jésus comme vous l’avez fait – je venais de parler de la sainte Trinité – des trois personnes divines, que les enfants vont croire que Jésus est Dieu ? » !

Eh bien voilà, mes bien chers frères, à quoi mènent cet enseignement et ces liturgies conciliaires. Et le langage étant le véhicule de la pensée, je pense que lorsque ce monde conciliaire parle du « Seigneur », il ne croit pas que Notre Seigneur est vraiment Dieu.

Mais, me direz-vous, comment peut-il en être autrement, puisque Joseph Ratzinger lui-même conçoit d’abord Notre Seigneur comme un homme !

En effet, dans son ouvrage Foi chrétienne hier et aujourd’hui, de 1969, réédité sans rien changer, il parle de l’homme Jésus. Et puis, je l’ai plusieurs fois rappelé, il dit que « la doctrine de la divinité de Jésus ne serait pas mise en cause, si Jésus était issu d’un mariage normal » !

Or, mes bien chers frères, admettre que Jésus puisse être issu d’un mariage normal, c’est bien une atteinte à la doctrine de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, puisque cela sous entend une distinction entre Personne divine et personne humaine. Et c’est tout simplement l’hérésie de Nestorius et de Théodore de Mopsueste qui, tous deux, soutenaient cette distinction. Comme preuve de cette conception erronée, j’avais également relevé que dans son homélie du Jeudi Saint 2011, il disait qu’il fallait « accueillir Jésus dans son être-Dieu et dans son être-Homme », alors que toute la théologie, comme nous venons de le voir, nous dit que le Fils de Dieu fut le même être que le Fils de l’homme, et le Fils de l’homme le même être que le Fils de Dieu !

La distinction qui existe en Notre Seigneur, mes bien chers frères, vous la connaissez, c’est la distinction entre la nature divine et la nature humaine, mais ce n’est pas une distinction de personnes.

Et comme le cardinal Gousset écrit fort justement que « l’on ne peut attaquer la maternité divine, qu’en attaquant la divinité de Jésus-Christ, ou l’unité de Personne en Jésus-Christ », ce qu’affirme l’abbé Joseph Ratzinger, alias Benoit XVI, est bien sûr une atteinte à la maternité divine et c’est aussi une atteinte à la virginité de la très sainte Vierge.

Et puis, si l’on analyse encore un peu plus, en concevant d’abord Notre Seigneur comme un homme, même s’il accorde à Notre Seigneur une volonté humaine qui adhère à la volonté de Dieu, Notre Seigneur ne semble pas avoir de volonté divine. La preuve en est dans les propos qu’il tient sur la Transfiguration de Notre Seigneur. Il parlait en effet de nécessité pour Jésus, de se plonger en Dieu, pour adhérer à la volonté du Père, pour être envahi par la lumière et qu’ainsi son être devienne visible.

Or, mes bien chers frères, vous le savez bien, la Transfiguration de Notre Seigneur, ce n’est pas cela ! La Transfiguration, qui est expliquée par les Pères de l’Eglise, par saint Jean Chrysostome particulièrement, consiste à ce que Notre Seigneur a montré quelques instants à Pierre, Jacques et Jean, la gloire de son union hypostatique, la gloire de l’union de sa divinité à la nature humaine. Car par un effet de sa toute puissance, cet état glorieux, il le renfermait habituellement au-dedans de Lui-même pour éviter d’éblouir tous les yeux.

Par conséquent, pour l’abbé Ratzinger, Notre Seigneur ne semble pas avoir de volonté divine et c’est pourquoi il doit alors recevoir des compléments. Tout cela devient manifeste lorsqu’il dit que Jésus est vraiment devenu prêtre à travers son sacrifice, alors que Notre Seigneur ne devient pas vraiment prêtre en accomplissant son sacrifice, il est prêtre de par son union hypostatique, et cela depuis l’Incarnation !

Voilà la conception hérétique qu’il a de Notre Seigneur, et c’est aussi l’hérésie de l’onctionnisme, hérésie qui consiste précisément à nier que le Christ soit substantiellement prêtre, de façon plénière en vertu de l’union hypostatique.

Et, mes bien chers frères, je vous le reprécise, c’est cette hérésie de l’onctionnisme qui se retrouve dans la nouvelle forme de l’épiscopat, dans le rituel de Montini-Paul VI en 1968, car ces nouvelles paroles définissent une consécration sacerdotale conférée de façon encore imparfaite à la conception virginale, et de façon plénière au baptême de Notre Seigneur, quand Jésus sera oint visiblement pour son apostolat public ! C’est totalement faux, c’est l’hérésie de l’onctionnisme.

Alors, voyez, mes bien chers frères, les conséquences de ces conceptions erronées sur la sainte Incarnation de Notre Seigneur: 1/ dans ce monde conciliaire qui ne croit pas bien que Jésus est Dieu, 2/ chez ceux que le monde croit de grands théologiens, qui ont fait croire qu’ils étaient d’Eglise, et qui n’en étaient pas, et 3/ dans la nouvelle forme de l’épiscopat de ce rituel de Montini-Paul VI qui, pour cette raison et pour d’autres encore, est invalide.

Comprenez alors, mes bien chers frères, combien il est important de garder la sainte doctrine catholique, de garder les vérités de la foi, les dogmes de la foi. Dans son commentaire aujourd’hui sur l’Épître de saint Jacques, Dom Guéranger dit bien ceci: « Saint Jacques insiste aujourd’hui sur l’obligation où nous sommes de cultiver en nous-mêmes l’attention aux vérités que nous avons une fois comprises, et de nous tenir en garde contre cet oubli coupable qui cause tant de ravages dans les âmes inconsidérées ».

Voilà donc, mes bien chers frères, la recommandation toute particulière que je vous adresse ce matin, en ces temps d’erreurs et d’oublis des vérités de notre sainte religion.

Alors en ce mois de Mai consacré à la Très Sainte Vierge Marie, continuons de recourir à sa médiation. Que Notre-Dame, nous garde de tout oubli coupable de ces vérités et des préceptes de son divin Fils. Ainsi soit-il.

Abbé Michel Marchiset

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